Y comme Y-DNA

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Une analyse génétique à but généalogique, est-ce vraiment de la généalogie ? En fait, ça sert à quoi dans le cadre d’une généalogie ?

J’entends très souvent cette remarque, et je dois dire que je l’ai longtemps partagée. L’analyse génétique permet principalement de visualiser à quelle époque du peuplement de la planète on peut faire remonter notre lignée paternelle et notre lignée maternelle, ce qui est bien loin de la généalogie.

Et pourtant, l’année dernière, j’ai constaté que dans certains cas, si on a de la chance, l’analyse génétique à but généalogique peut nous en apprendre plus sur nos ancêtres proches.

Au tout début de mon aventure, en 2015, j’ai fait tester – avec son accord total bien sûr – l’ADN de mon frère, à partir des trois tests disponibles chez FamilyTreeDNA : lignée paternelle Y, lignée maternelle Mt, ADN autosomal.

Les résultats de l’analyse de l’ADN Y nous ont indiqué une appartenance de ma lignée paternelle biologique à l’haplogroupe J2.

FamilyTreeDNA – Migration des haplogroupes J1 et J2

En 2016, j’ai profité de ma présence à RootsTech pour faire un test autosomal chez AncestryDNA, qui ne commercialise pas ses tests en France, et un autre chez FamilyTreeDNA.

Le résultat du test de FTDna a confirmé un élément de “généalogie” au sens large, en me disant que dans leur base ils avaient une personne testée qui était forcément mon frère. Ca tombe bien, c’était bien mon frère, et même si je n’en ai jamais douté un instant, la biologie confirmait l’état civil.

Mais c’est le résultat du test d’Ancestry qui peut prétendre au qualificatif d’élement généalogique à part entière.

Ancestry m’annonçait un cousinage au 3e ou 4e degré, avec une personne qui avait mis une partie de son arbre en ligne et dont l’arrière grand père portait le patronyme Billard, tout comme mon frère et moi. Bingo …. Cette jeune femme était ma cousine, certes, mais cela va un peu plus loin.

Pour simplifier cette démonstration, je vous propose de la suivre en images.

Voici tout d’abord l’arbre généalogique simplifié de la famille à partir des actes d’état civil.

Seconde étape, voici la représentation dans l’arbre simplifié de qui a passé un test, et lequel.

Les test autosomaux que j’ai passés chez FTDna et Ancestry m’ont donné des régions d’origine équivalentes. Le test que j’ai passé chez FTDna a permis, par comparaison avec le test autosomal passé par mon frère, de déterminer que nous avons les mêmes parents biologiques. En conséquence, les résultats des tests Y et Mt de mon frère s’appliquent à mes origines. Ma lignée paternelle appartient à l’haplogroupe J2, ma lignée maternelle appartient à l’haplogroupe H5a2. Je le sais sans avoir eu à passer ces tests, simplement parce que nos tests autosomaux nous donnent une origine biologique parentale commune.

Passons à un peu plus compliqué.

Ma jeune cousine et moi-même avons une correspondance dans notre ADN autosomal, c’est à dire dans les 22 autres paires de chromosomes qui composent notre génome, à côté du chromosome sexuel.

Notre seul point commun au niveau de l’état civil, ce sont nos ancêtres communs, à elle et moi, au niveau de Michel Firmin Billard et de son épouse Marie Thérézine Moustelon. Le morceau d’ADN infinitésimal qui nous relie, elle et moi, vient soit de Michel Firmin, soit de Marie Thérézine, et nous a été transmis au cours des générations par nos parents. Je suis de la même génération que la mère de ma jeune cousine, il y a eu autant de générations entre elle et le couple de ses arrières arrières grands parents et entre moi et les mêmes arrières arrières grands parents. Pour que sa fille soit porteuse de ce petit bout d’ADN, cela signifie que sa maman, Corinne, possède le même fragment d’Adn, et probablement de la même taille que celui que je possède aussi. Nous ne sommes pas seulement elle et moi des individus lambda à la même génération sur des branches descendantes d’un même arbre, mais malgré notre cousinage un peu éloigné, nous possédons toutes les deux l’exact même petit bout de patrimoine génétique, que nous avons toutes les deux reçues de nos pères sur trois générations. C’est bête, je sais, mais ça me fait quelque chose …

Ceci dit, il m’est impossible de savoir à ce stade des analyses si ce fragment d’ADN provient de Michel Firmin BILLARD ou de son épouse Marie Thérézine MOUSTELON. Je ne sais pas non plus sur quel gêne il se trouve, puisque Ancestry ne communique pas la position des morceaux d’ADN communs, contrairement à FTDna. Je ne sais pas non plus si ma jeune cousine et mon frère partagent ce fragment d’ADN, puisque mon frère a été testé chez FTDna et pas chez Ancestry.

Mais ce que me dit cette correspondance, c’est que depuis Jean-Joseph Billard jusqu’à moi, et depuis Paul Billard jusqu’à son arrière petite fille Corinne, la lignée biologique et la lignée légale, celle que l’on suit avec l’état civil, se recoupent parfaitement.

Je m’explique.

Nous descendons ma cousine Corinne et moi au niveau de l’état civil du même couple d’ancêtres par nos pères, tous deux fils “naturels et légitimes” du couple Michel Firmin Billard – Marie Thérézine Moustelon. Pour que nous partagions toutes les deux le même bout d’ADN, il faut que nous l’ayons reçue chacune de la chaine de nos père-grand-père-arrière-grand-père. Sur ces trois générations, le résultat des analyses ADN confirme donc que la lignée biologique est bien la même que la lignée de l’état civil. Je descends forcément de Jean Joseph Billard, et non à un moment d’un écart de conduite d’une de mes aîeules, et c’est la même chose pour Corinne, qui descend forcément de Paul Billard.

Mais peut on aller plus loin ? On est sûr biologiquement que Paul et Jean-Joseph sont au moins demi-frère, puisqu’ils ont forcément reçu d’un de leur parent un petit morceau d’Adn identique, qu’ils ont ensuite retransmis à leur descendance. Mais d’où vient ce morceau d’Adn ? de Michel Firmin ou de Marie Thérézine ? Avec les analyses que nous avons faites, il est impossible de le savoir. Même si un des frères de Corinne faisait une analyse Y-Dna qui indique qu’il appartient à l’haplogroupe J2, cela n’indiquerait pas que notre petit morceau d’Adn commun vient bien de Michel Firmin Billard. Pour en avoir la certitude, il faudrait qu’une correspondance identique existe entre ma jeune cousine ou moi et un descendant quelconque du frère de Michel Firmin Billard, Jean-François Billard.

Je sais, c’est compliqué ….

Seulement, voilà, il n’y a pas que la génétique dans la vie, il y a aussi l’environnement social, la culture et l’éducation.

Marie Thérézine Moustelon pourrait elle avoir eu ses deux fils de deux pères différents sans que je le sache à la lecture des actes ? Oui, très certainement, si mon aïeule avait fauté, sauf à quitter le domicile conjugal pour fuir avec son amant, les enfants “illégitimes” qu’elle aurait eus auraient probablement été reconnus par son mari. C’était la loi, le mari est le père légal des enfants que sa femme met au monde, sauf à prouver le contraire. Certes, si un homme à la fin du 19e siècle se mettait en tête de prouver l’adultère de son épouse pour se débarasser d’elle, cela lui était particulièrement facile.

Disons qu’en l’occurence, je n’ai aucun indice à ce sujet dans les documents que j’ai trouvés.

Allons plus loin, Marie Thérézine, si elle en avait eu l’inclination, aurait elle pu avoir des aventures extra-conjugales sans se faire prendre ?

Quand Marie-Thérézine s’est mariée, elle avait 22 ans, son époux en avait 28. Le couple s’est installé au moulin de Tourouzelle, dans la maison des parents de Marie Thérézine, qui ont continué à y vivre, ainsi que la grand mère maternelle de Marie Thérézine, Marianne Frances. Quand les trois premiers enfants du couple sont nés, en 1866, 1868 et 1873, Marie Thérézine vivait donc dans un tout petit village de moins de 1000 habitants, dans une maison bourgeoise à la fin du second empire, à une période où la place des femmes était très codifiée, avec la présence constante à ses côtés, la chaperonnant constamment, de sa mère et de sa grand-mère. Ajoutez à cela que son mari et son père travaillaient sur place, en gérant la minoterie situé à moins de 50 mètres de la maison, et je pense que comme moi, vous jugerez peu probable, voir quasiment impossible, que Paul et Jean Joseph Billard ne soient pas biologiquement les fils de Michel Firmin.

A ce niveau, je ne peux pas avoir de certitude, et surtout pas biologiquement, mais à partir de toute cette démonstration, je pense que Michel Firmin Billard appartient lui aussi à l’haplogroupe J2.

Quant à savoir si l’ADN que je partage avec Corinne vient de Michel Firmin ou de Marie Thérézine, pour l’instant, ca reste un mystère que la biologie ne sait pas résoudre.


Alors, ce n’est toujours pas de la généalogie pour vous ?

Si vous parlez anglais et voulez aller plus loin et comprendre quoi faire de vos résultats, ce qu’ils peuvent nous indiquer, je vous recommande les videos de Maurice Gleeson sur Youtube

 

 

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6 commentaires sur “Y comme Y-DNA

  1. Merci pour une très bonne analyse de votre recherche par ADN. Vous est-il possible de remonter une génération pour Marie Thérésine MOUSTELON? Si oui, vous pourriez peut-être trouver un cousin ou une cousine dans la descendance d’un de ses frères ou sœurs qui pourrait tester pour vous afin de vous aider à déterminer si votre ADN en commun avec votre cousine vient de votre ancêtre. C’est ce que suggère Blaine Bettinger dans son “Guide to DNA Testing and Genetic Genealogy”.

    1. bonjour Annicke
      Malheureusement, Marie Thérésine est la seule enfant survivante, pas de frère, pas de soeur. Je peux éventuellement remonter sa lignée Y et sa lignée MT, mais pour l’autosomal, si je remonte une génération, il ne restera plus grand chose à comparer avec ma cousine ou moi 🙁 La piste la plus plausible serait du côté de la descendance du neveu de firmin billard, mais je n’ai pas réussi à franchir le 20è siècle pour eux
      Enfin, pour l’instant
      En tout cas, merci

  2. Personnellement, j’espère que les tests ADN resteront de l’autorité du Juge! Jouer avec les recherches ADN et découvrir que Papa n’est pas son père me parait désastreux sur le plan psychologique! Chaque fois que je prétends cela, on me répond que tout le monde a le droit de connaître son père biologique. Certes mais pas au détour d’un test ADN qui avait quand même pour objet de connaître son haplogroupe! Je m’imagine faisant le test ADN en compagnie d’un de mes cousins au cinquième degré comme dans votre exemple et lorsque nous recevons les résultats, nous découvrons que nous ne sommes pas parents… Dans quelle branche y-a-t-il une “bouture de canapé”, comme l’écrivait Hervé Bazin dans “Vipère au poing”? Franchement, je n’aime pas les tests ADN!

    1. Je comprends votre position, et quand on m’en parle, j’insiste toujours sur le risque potentiel de tomber sur un secret de famille qu’on ne tient pas à connaitre. Cela fait partie des choses auxquelles il faut réfléchir avant de se lancer.
      J’avoue que je ne sais pas comment je réagirais si je tombais sur un demi frère ou un demi oncle quelque part, mais j’y ai beaucoup réfléchi avant, et j’ai fait les tests en connaissance de cause

      1. Les sociétés qui font le commerce des tests ne parlent pas du tout de ce petit problème ; la pétition publiée ces derniers jours en France n’évoque pas cette difficulté (tout au plus, elle évoque l’ADN prédictif de maladies) mais insiste sur le chiffre d’affaires qui est réalisé à l’étranger au lieu d’être réalisé en France… Je trouve ce dernier argument particulièrement pitoyable. Tous les clients potentiels des tests ADN font ils la réflexion que vous avez faites? Sont-ils tous prêts à apprendre un secret de famille de cette manière?
        Aux généalogistes conscients peut être d’attirer l’attention de leurs collègues moins conscients chaque fois qu’ils en ont l’occasion.
        Bon challenge AZ 2018

        Pierre BOITON

        1. Vous avez raison, c’est pourquoi quand on me pose des questions sur les tests ADN – alors même que je n’ai aucune autorité scientifique, j’ai juste fait des tests, j’ai essayé de comprendre comment ca fonctionne, et j’ai écrit sur le sujet – j’insiste toujours sur quelques points : Est-on prêt à confier à des inconnus le résumé de son existence biologique sans savoir quelle pourra en être l’utilisation plus tard ? A titre personnel, je ne crois pas que ce soit plus dangereux que la NSA qui nous écoute et les lois qui restreignent nos libertés, mais se poser la question est indispensable Est on prêt à découvrir une vérité troublante ou choquante sur soi et sur sa famille ? Le risque n’est pas énorme, mais il existe. Que fera t’on si on découvre un secret de famille, comment réagira t’on ? Est-on prêt à être très déçu, après avoir dépensé quand meme beaucoup d’argent, à recevoir un résultat où on ne va globalement pas comprendre grand chose, sauf à accepter ensuite de passer beaucoup de temps à essayer d’en apprendre plus via les forums, les videos en ligne, ou les livres, tous souvent en anglais ? Il est important de se poser ces trois questions serieusement avant de franchir le pas. Vous avez raison, j’essaierai de revenir la dessus dans un article d’ici la fin de l’année Er merci pour vos commentaires Brigitte S

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