Sur les traces de Gratien Landes

Sur ma liste virtuelle de résolutions pour 2013 figure en bonne place la visite régulière des Archives, sur la région parisienne et en province.

J’avais  pris rendez vous cette semaine au Service Historique de la Défense, avec une liste de cinq cotes soigneusement choisies lors d’une première visite en décembre. Je me permettrai juste une remarque : j’ai trouvé la salle assez peu remplie … ce qui est surprenant puisque l’attente pour avoir une place est apparemment de trois semaines. Peut être avais je choisi un jour calme sans le savoir.

Au programme de la journée, j’avais deux dossiers de pension, un registre de contrôle des troupes pour le 9ème hussards, et deux cartons sur des archives administratives militaires pour la période du règne de Louis XV.

Je suis depuis presque un an maintenant à la recherche d’informations datées sur Gratien Landes, dont la fille Marie Angélique a épousé en 1758 Hugues Pelletier de Chambure. Ma belle mère descend de cette union, et donc du sieur Gratien Landes, qui a vécu sous Louis XV à Paris …. Paris, le cauchemar des généalogistes, avec ses archives brûlées pendant la Commune.

Avant d’aller au SHD, voilà ce que j’avais retrouvé sur Gratien Landes :

  • Le jour du mariage de sa fille Marie Angélique le 24 août 1758 à Saulieu – Côte d’Or – , il était décédé. De son vivant, il était chirurgien royal major de l’armée en Flandre et il habitait Paris, paroisse St Eustache.
Extrait de l'acte de mariage de Hugues Pelletier de Chambure et Marie Angélique Landes

Extrait de l’acte de mariage de Hugues Pelletier de Chambure et Marie Angélique Landes

 

” … et de marie angélique fille agée d’environ vingt ans de défunt [.] gratien landes chirurgien royal major de l armée en flandre rue st honoré paroisse de st eustache à paris et de demoiselle lebois duclos ….” (1)

  • Marie Angélique avait “fauté” et le premier enfant du couple est né le 28 juin 1757 à Tonnerre ( Yonne ). Il semblerait que Gratien Landes soit vivant lors de la naissance de son petit fils. L’acte précise qu’il est maître chirurgien juré.
Extrait de l'acte de naissance de Pierre Hugues Pelletier de Chambure

Extrait de l’acte de naissance de Pierre Hugues Pelletier de Chambure

 

” enfans qu’elle nous a déclaré estre fils de marie angelique Lande fille du sieur grassien Landes maitre chirurgien juré demeurant à paris Rue Coquillierie paroisse Saint Eustache et dame Catherine Le Bois du Clos ses père et mère en légitime mariage” (2)

J’ai trouvé un autre enfant du couple Gratien Landes et Catherine Le Bois, Pierre Landes, mort à Dijon en 1805, avocat et pamphlétiste, mais il ne m’a rien permis d’apprendre de plus sur son père.

En résumé, je savais – ou je pensais savoir – que Gratien Landes était mort à un moment quelconque entre juin 1757 et août 1758, qu’il habitait Paris paroisse Ste Eustache et qu’il avait exercé  les fonctions de chirurgien dans l’armée.

Lors de ma recherche de cotes au SHD en décembre, j’avais tout d’abord cherché dans la série GR Ya concernant les Médecins, Chirurgiens, apothicaires et contrôleurs des hopitaux, en espérant trouver un providentiel dossier individuel. Malheureusement, il n’y a dans l’instrument de recherche aucun dossier au nom de Landes. En consultant tout l’instrument de recherches, également disponible sur internet j’avais décidé de commencer mon enquête par deux cartons :

* GR Ya 128 : Hôpitaux aux armées : mémoires, inventions de médicaments, … états de chirurgiens, ….. 1728-1786

* GR Ya 452 : Décès dans les hôpitaux militaires, dont armée de Flandre 1748

 

C’est dans le carton GR Ya 128, au milieu d’un grand nombre de documents passionnants confirmant que la France a un grand passé administratif – je ne sais pas si c’est un défaut ou une qualité, mais c’est un fait – que j’ai trouvé un indice, un seul, qui probablement va me permettre d’avancer. Le carton concerne principalement la mise en place de l’armée de Soubise, qui à partir de la fin 1757 va être engagée dans la guerre de 7 ans.

Le 26 septembre 1757, on s’occupe de recruter les chirurgiens qui accompagneront l’armée, dite Armée de Soubise. On cherche à pourvoir une seconde place de chirurgien aide major, et on hésite entre deux possibilités. (3)

Mémoire en date du 26 septembre 1757 - SHD GR Ya 128

Mémoire en date du 26 septembre 1757 – SHD GR Ya 128

 

” Si M. Morand prend le sieur Jacquesson, il ne restera plus à remplir qu’une place de chirurgien aide major et pour cela il pourra choisir
Le sieur Bietsch [...]
ou le sieur Landes qui a servi en qualité d’aide major pendant la dernière guerre où il a été chargé en chef à Bruxelles d’un hôpital
rue Coquillière vis à vis l’hotel de Soissons chez un confiseur”

Détail du plan de Turgot - L'hotel de Soissons et la rue Coquillière

Détail du plan de Turgot – L’hotel de Soissons et la rue Coquillière

 

Gratien Landes avait donc bien été chirurgien aide major au cours de la guerre de succession d’Autriche entre 1740 et 1748. C’est la guerre que les historiens qualifient parfois de Guerre en dentelles, celle où à la bataille de Fontenoy les Anglais et les Français firent assaut d’amabilités – “Messieurs les Français, tirez les premiers” – avant de faire donner l’artillerie.

Malheureusement, la suite donnée au mémoire nous apprend que le sieur Gratien Landes ne pourra rejoindre l’armée, puisqu’il est mort. Reconnaissons que c’est un cas de force majeure. (3)

landes_2

 

Grace à ces deux mémoires, conservés dans les Archives du Ministère de la Guerre depuis 1757, je peux désormais préciser la date présumée du décès de Gratien Landes, entre juin 1757 et septembre 1757. Une visite aux Archives Nationales s’impose pour trouver l’inventaire après décès : j’ai une adresse et une période relativement courte, la recherche devrait être possible. Je vais également essayer les Archives de Paris, peut être trouverai je des traces de l’inhumation dans les registres paroissiaux de St eustache, s’ils ont échappés aux flammes.

J’ai également appris que Gratien Landes a dirigé l’hôpital militaire de Bruxelles pendant la guerre de succession d’Autriche et je peux sûrement trouver plus d’information sur cette période. En épluchant à nouveau les inventaires en ligne du SHD, j’ai trouvé quelques autres cartons qui méritent mon attention lors de ma prochaine visite à Vincennes.

Quant aux autres cotes que j’ai consultées, elles m’ont aussi apporté une brassée d’informations, et c’est avec plaisir que je vais renouveler l’expérience dès que possible.

 

 

Sources et Liens

(1) Etat civil de la Côte d’Or – Registres paroissiaux Saulieu 1758-1775 – FRAD021_584_MI31R006 -

(2) Archives de l’Yonne – Registres paroissiaux Notre Dame de Tonnerre – FRAD089_5MI0934_003_0440

(3) Service Historique de la Défense – GR Ya 128

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Comments

  1. Dominique Chadal says

    Lorsque j’avais visité le SHD, on nous avait expliqué que le délai de trois semaines était le temps nécessaire pour rapatrier les cartons d’archives qui ne sont pas tous stockés sur le site de Vincennes, me semble-t-il.

  2. histoire.de.Bouhet says

    Bonjour,

    je vous conseille vivement d’aller jeter un oeil aux Archives de Paris. Par chance, les registres paroissiaux de St Eustache avaient été recopiés : les actes BMS de 1530 à 1792 sont imprimés en volumes et disponibles librement dans la salle de lecture des archives. De plus, ils ont aussi un très gros fichier nominal permettant l’accès à des documents anciens concernant les principales familles parisiennes (not les archives du Châtelet).

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