I comme Inventaire

Les inventaires après décès sont des sources passionnantes de découverte de nos ancêtres. Encore faut il pouvoir mettre la main dessus.

J’ai eu la chance en faisant des recherches par nom, un peu au hasard, dans les inventaires du Minutier Central à Paris de trouver la cote de l’inventaire après décès (1) de Anne Angélique Goret (2), veuve de François Lebois Duclos (3) dont je viens de vous parler (4).

Cet inventaire est une porte ouverte sur l’ascendance et la famille d’Anne Goret, une sorte de Graal généalogique pour moi. Le couple Anne Goret – François Lebois Duclos est le seul couple implexe actuellement trouvé dans les ancêtres de mon mari, à la onzieme génération. Couple parisien, vous comprendrez pourquoi j’attache autant d’importance à tous les renseignements que je peux trouver sur leur vie ou leur ascendance. Les actes notariés sont mes seules sources possibles ici.

L’inventaire après décès que j’ai eu entre les mains compte 18 pages, à l’écriture fine mais plutôt lisible, heureusement pour moi.

Minutier Central - MC_ET_I_433

Minutier Central – MC_ET_I_433

Cet inventaire, qui commence le 9 novembre 1747 et va se dérouler sur 4 jours, est fait à la demande des héritiers potentiels, les trois filles d’Anne Angélique, qui s’opposent sur le testament fait par leur mère le 7 septembre 1747 (5). Ce testament instituait comme sa seule héritière Angélique Madelaine Lebois Duclos, épouse de Jean Michel Quignon, marchand épicier à Paris. Les deux autres soeurs, Catherine épouse de Gratien Landes et Marie Thérèse, épouse d’Henri Devienne – les deux couples étant les ascendants directs de mon mari – n’avaient aucune part dans ce testament.

Les deux beaux frères décident donc de contester le testament et un inventaire est ordonné, qui intervient un bon mois après le décès d’Anne Angélique, survenu le 6 octobre 1747, dans la maison de la rue Férou, paroisse St Sulpice,  que loue son gendre au sieur Cornet et dont elle occupe une chambre au deuxième étage, donnant sur la cour.

Avant de commencer l’inventaire, les occupants de la maison, le couple Quignon, affirment sous serment ne rien avoir touché ni détourné de ce qui se trouvait dans la pièce. L’inventaire peut commencer, l’évaluation est faite par maitre Nicolas Gilquin de Parigny, huissier commissaire priseur, vendeur de biens au Chatelet de Paris, en présence du couple Quignon, du sieur Devienne qui est muni de la procuration que lui a donné Gratien Landes, et du notaire.

Sont tout d’abord listés les meubles de la chambre, du moins ceux appartenant à Anne Angélique : le lit, les matelas en laine, le traversin de coutil, la couverture de laine blanche de trois pieds de large, les tapisseries au mur et le tableau peint sur toile de Saint François sont listés, mais non estimés, car ils appartiennent à la fille d’Anne Angélique.

Suivent une succession d'”item” – de différents lots inventoriés pour être estimés ensemble : des chenets ; des fauteuils et chaises  rembourrés et couverts de brocatelle rayée ou de soie, une table à écrire, un portrait de femme, un christ d’ivoire sur sa croix. Je note dans cet inventaire parmi les objets et meubles que cette vieille dame a conservés avec elle, souvenirs de sa vie passée, un portrait de mademoiselle de Vallossiere, que les gendres demandent à ne pas faire estimer car il s’agit d’un portrait de famille. Ce détail n’est pas anecdotique pour moi, car j’ai retrouvé dans les répertoires des registres des actes notariés concernant la succession de mademoiselle de Vallossière – ceci étant son nom d’épouse – qui est une tante d’Anne Angélique,  et dont Anne Angélique aurait été l’unique héritière.

Après les meubles, on inventorie le linge , puis les vêtements, les robes et jupons. La garde robe, tout en n’étant pas extravagante, indique une certaine aisance : un des lots, comprenant des corsets et bonnets est évalué 140 livres, le lot des robes, jupons et coiffes de dentelle noire ou de taffetas, avec plusieurs paires de souliers, dont une en castor et une en taffetas, est  estimée 120 livres. Les matières indiquées sont plutot nobles sans être luxueuses.  Seul lot de bijoux, une paire de boucles de chaussures de femme en argent, qui va être estimée au cours du jour de l’argent, après avoir été pesée par le commissaire priseur. La succession non financière d’Anne Angélique Goret est de l’ordre de 500 livres, une bien petite succession dans le Paris bourgeois du 18ème siècle. Mais ce ne sont pas les biens matériels qui intéressent les héritiers, mais les papiers et ce qu’ils représentent.

Ce premier jour 9 novembre 1747, à six heures sonnées, on interrompt l’inventaire pour la nuit. Tout le monde signe. Le même rituel va se renouveler pendant quatre jours : début de l’inventaire à deux heures de relevée, fin de l’inventaire à six heures sonnées, interruption le samedi, dimanche et lundi.

Le 10 novembre, on reprend donc l’inventaire à deux heures de relevée et on s’attaque aux papiers financiers et de famille que détient Anne Angélique Goret. Les héritiers demandent au notaire de procéder au recolement des titres et papiers trouvés, c’est à dire à la vérification de l’inventaire dressé de ces papiers. L’opération va prendre plusieurs jours – et 14 pages de l’inventaire, ce qui vous indique bien la quantité d’informations plus ou moins utiles que je suis en train de récupérer dans cette liasse notariée.

Quels sont donc les renseignements les plus importants pour mes recherches généalogiques dans cet inventaire ?

  • La grosse de l’inventaire après décès de dame Geneviève Crelot, veuve de Jean de Valossière secrétaire du conseil du commerce, fait à Paris  le 29 décembre 1730, à la requête de dame Anne Crelot, veuve du sieur Mathurin Goret, bourgeois de Paris, seule et unique héritière. Ladite Geneviève Crelot est semble t’il la même personne que la demoiselle de Vallossière dont Anne Goret détient le portrait, un portrait de famille. J’ai retrouvé la cote de cet acte, qui figure en bonne place dans ma liste pour ma prochaine visite au Minutier Central.
  • L’expédition en parchemin d’un contrat de mariage desdits sieurs et demoiselle de Vallossière à Paris le 3 avril 1696
  • La grosse en parchemin du contrat de mariage de François Lebois Duclos et Anne Angélique Goret passé devant maitre Goudin à Paris le 21 décembre 1707
  • L’expédition du testament de madame de Valossière reçu par maitre Preuvre notaire à Paris le vingt deux septembre 1730
  • L’expédition en papier du testament d’Anne Crelot, veuve de Mathurin Goret, à Paris le 7 juin 1727
  • L’expédition de l’extrait mortuaire de François Lebois Duclos, dont je vous ai parlé précédemment (4)
  • Deux documents insinués au Chatelet en 1731 par lesquels Anne Angélique Goret renonce au nom de ses enfants mineurs à la succession de leur père.
  • La grosse d’une sentence du Chatelet du 4 juin 1720 par laquelle Anne Angelique est désignée tutrice de ses enfants mineurs

De nombreux autres documents sont mentionnés : quittances, relevés de comptes, justificatifs de dépenses et recettes, comptes rendus établis par François Lebois Duclos, et un nombre assez important de lettres de changes et de rentes, qui de ce que je comprends font l’objet de l’opposition entre les enfants d’Anne Angélique. Je vais devoir approfondir, mais il apparait dans un premier temps à la lecture de cet inventaire qu’Anne Angélique, suite à un testament et à plusieurs renonciations, a hérité de l’usufruit des biens de Geneviève de Vallosière, pendant que ses enfants, mineures au moment de la succession, héritaient de la nue propriété. Anne Angélique habitant chez une de ses filles, les époux des deux autres ont demandé la vérification de tous les documents “comptables” et financiers d’Anne Angélique – le récolement de ces documents – pour s’assurer qu’ils ont bien connaissance de toutes les rentes.

Quand j’ai mis la main sur la cote de cet inventaire, j’espérais trouver quelques renseignements familiaux, mais je ne m’attendais pas à retrouver autant de documents à rechercher et étudier, ni à tomber sur une histoire d’héritage aussi complexe et passionnante. Cette recherche va m’occuper un bon moment, et il est probable que je vous en reparle ici régulièrement.

Sources et liens
(1) Minutier Central de Paris – AN_MC_ET_I_433
(2) Geneanet – Anne Angélique Goret
(3) Geneanet – François Lebois Duclos
(5) Minutier Central de Paris – AN_MC_ET_CIX_560
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Comments

  1. Marine Pommereau says

    Bon courage Brigitte ! Tu as la un mine d’informations qui va bien t’occuper !
    On attend le résultat de tes trouvailles !

  2. says

    Effectivement Brigitte, que d’informations passionnantes dans cet inventaire et surtout la liste des papiers de famille ! Quel document en tout cas : 18 pages et quatre jours nécessaires !
    Bonne suite de recherches!

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