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Les cousins du Vésinet

Ecrit par

Brigitte Billard

Publié le

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La grand-mère  maternelle de mon mari, Jeanne Dabzat, est inhumée au cimetière du Vésinet, dans l’actuel département des Yvelines, avec Marie Jeanne Jung, sa belle mère, et a priori une plaque de mémoire pour Christian Karcher, beau-frère de la première, fils de la seconde, disparu au combat en 1915.

Quand Jeanne Dabzat a été inhumée en 1983 au Vésinet, je ne faisais partie que depuis peu de temps de la famille de mon mari, et je n’en connaissais pas l’histoire. A l’époque, je n’ai pas demandé pourquoi cette concession au Vésinet, et quelle était la relation avec les Karcher. Je ne connaissais pas à l’époque les noms de Marie Jeanne Jung, de Jules Karcher son mari ou de Christian Karcher son fils, et je n’ai pas cherché à savoir si quelqu’un était déjà inhumé dans cette tombe.

Les années ont passé. Des années plus tard – trop peu d’années plus tard – Christiane est morte elle aussi, et a été inhumée au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, avec son mari, Boris et ses beaux parents, Adele et Michel. Et là, je savais pourquoi bien sûr. Dans ce cimetière de l’Essonne, les russes apatrides retrouvaient un coin de terre entre eux. Leur inhumation en ce lieu était leur dernier lien avec une terre russe perdue, et ils n’avaient aucune relation avec la commune de Sainte-Geneviève-des-Bois. Il n’y avait là aucun mystère.

Eglise notre dame de l assomption 7.jpg
Par Olivier Perrin Original téléversé par O.perrin sur Wikipedia français — Transféré de fr.wikipedia à Commons par Shizhao utilisant CommonsHelper., CC BY-SA 3.0, Lien


C’est peu après le décès de Christiane que j’ai installé Heredis sur mon ordinateur, pour commencer à mettre en relation ce que je savais de la famille de mes enfants.

J’ai trouvé un premier indice sur Le Vésinet quand les Archives de Paris ont mis en ligne les mariages après 1903. Dans l’acte de mariage de Christian Jules Karcher avec Marie Elisabeth Bachrich, le 12 janvier 1904, à la mairie du 8ème arrondissement, il était indiqué que sa mère, Marie Jeanne Jung épouse Karcher, rentière, habitait au 37 rue Jean Laurent, au Vésinet. Pourtant, lors de son décès deux ans plus tard, le 20 janvier 1906, elle était morte à son domicile, 6 cité Odot à Paris. Alors, Le Vésinet, Paris ? Mon mari se souvenait bien que sa grand mère parlait parfois de la maison du Vésinet, où elle aurait habité avec son mari, bien avant la naissance de leur seconde fille. Mais la recherche dans les recensements du Vésinet en ligne ne me donnait pas plus de renseignement, et j’ai laissé cette recherche de côté.

L’hiver dernier, j’ai eu l’occasion d’aller aux Archives des Yvelines, et j’en ai profité pour chercher des renseignements dans les matrices cadastrales du Vésinet. Depuis, toutes les matrices ont été numérisées et sont en ligne sur leur site.

J’ai rapidement trouvé un Karcher dans la liste des propriétaires, et à ma grande surprise, il s’agissait de Daniel Karcher, le grand père de mon mari, et non de Marie Jeanne Jung. C’est lui qui en 1904 était propriétaire de la villa au 37 rue Jean Laurent. Malheureusement, la période du début du 20ème siècle n’est pas dans les fonds des Archives des Yvelines, j’ai donc dû échanger quelques courriers avec le Service de publicité foncière d’Auxerre pour en savoir plus – voir en bas de l’article.

Le 17 octobre 1896, Daniel Karcher achète la villa du 37 rue Jean Laurent au Vésinet. Il la revend le 27 mars 1913. Il l’a donc détenue pendant 17 ans, la possédait encore quand la première fille,  qu’il a eu avec Jeanne Dabzat, est née, et pendant ces 17 ans, il ne figure, ni lui, ni sa mère sur le recensement du Vésinet. Pourtant mon mari se souvient que sa grand mère disait avoir habiter au Vésinet, dans une  » … propriété consistant en un principal corps de bâtiment élevé sur caves, d’un rez de chaussée, d’un premier étage et d’un second étage lambrissé couvert en tuiles, véranda au dessus du perron d’entrée, jardin devant et derrière, au fond du jardin écurie remise avec grenier au-dessus, poulailler et cabinet d’aisances, réservoir, le tout clos de murs et grille d’une contenance de onze cent soixante dix sept mètres trente centièmes environ… » selon l’acte notarié d’achat.

Ont ils réussi le coup de maître d’être absent lors de chaque recensement ? Avouez que c’est étrangePourquoi être propriétaire de cette villa pour ne pas l’habiter? Servait elle uniquement de résidence secondaire, pour aller passer le week end à la campagne? Le Vésinet était une destination courue à la Belle Epoque …

J’avais laissé cette découverte et les questions qui en découlaient une nouvelle fois de côté.


Dernièrement, j’ai repris la généalogie de Marie Jeanne Jung pour essayer d’identifier les portraits que contient l’album photos conservé dans la famille. J’ai entrepris de retrouver jusqu’à la fin du 19ème siècle les cousins de Marie Jeanne et la famille de son époux, Jules Karcher.

En faisant une recherche un peu large sur Google, sur les familles Rousset et Catrix, cousins germains de Marie Jeanne, j’ai trouvé l’information suivante :

Jeanne Rousset est la cousine germaine de Marie Jeanne Jung, la fille de Philippe Rousset et de Marie Fanny Pelletier de Chambure. Et voici que je la retrouve là avec sa famille, et qu’ils sont morts et inhumés tous les trois au Vésinet. Mais depuis combien de temps y habitaient ils donc?

Retour dans les recensements du Vésinet, bien sûr, à la recherche d’Edouard Catrix, que je trouve sur le recensement de 1881, daté par le maire du Vésinet au 15 janvier 1882.

Il est là, à la page 59/100, ménage 502, âgé de 32 ans, avec son épouse Jeanne Rousset, 29 ans, et leur fille Marie Louise Rousset, 5 ans. La famille habite au 4 avenue des Pages.

Et là, juste en dessous sur la même page, l’agent recenseur a inscrit le ménage 503, la famille qui habite au 6 avenue des Pages. Quelle surprise, ce ménage est aussi de la famille de Marie Jeanne Jung épouse Karcher – et de Jeanne Rousset, puisqu’il s’agit de Jeanne Pelletier de Chambure, veuve Pellis, et de ses parents, Auguste Alfred Pelletier de Chambure et Henriette Marie Fanny Pelletier de Chambure.

Arbre descendant de Alexandre Pelletier de Chambure et Louise Arnoldine Donker van der Hoff
Cliquez sur l’image

Résumons nous, Jeanne Rousset est la cousine germaine – par leurs mères respectives – de Jeanne Pelletier de Chambure et de Marie Jeanne Jung. Avouez que voir ces trois cousines, nées dans des régions assez différentes, habiter toutes trois dans cette même ville nouvelle à l’époque est surprenant.

J’ai donc continué mon enquête en remontant dans les recensements, qui commencent en 1876 au Vésinet. Avant, c’est simple, la commune n’existe pas …

En 1876, je trouve au 6 avenue des Pages Oscar Pellis, 44 ans, son épouse Jeanne, 30 ans, et les parents de Jeanne.

Il semble qu’ils soient les premiers de la famille à être venus habiter au Vésinet.

J’ai bien sûr demandé en ligne les actes de décès de la famille Catrix, et quand j’ai lu l’acte de décès de Marie Louise Catrix, j’ai découvert que son décès avait été déclaré par son cousin germain – si je vous jure, je ne plaisante pas – Jacques Antoine Rousset, le fils de Jules Rousset, frère ainé de Marie Jeanne.

Je me suis rendue aux archives des Yvelines, pour en savoir plus sur les propriétés des différents cousins, et consulter les recensements postérieurs à 1911, accessibles sur les postes informatiques en salle de lecture.

Lors du recensement de 1936, Jacques André Rousset, fils de Jules Rousset et de Mathilde Joly de Bresillon, habite au 26 rue Horace Vernet, avec sa mère et sa jeune épouse. Je le trouve toujours à la même adresse en 1946, cette fois sa mère n’est plus là, mais un fils, Jacques, est né en 1938.

Pour que les choses soient plus visuelles, sur l’image de l’arbre que j’ai intégré plus haut, j’ai utilisé trois codes couleur.

Sont en jaune les cases des personnes qui ont habité un temps au Vésinet, mais n’y sont pas enterrés :

  • Oscar Pellis ( 1832-1881 )
  • Jeanne Pelletier de Chambure, son épouse (1846-?)
  • Auguste Alfred Pelletier de Chambure, son beau-père (1800-1889)
  • Henriette Marie Fanny Pelletier de Chambure, sa belle-mère, tante maternelle de Marie Jeanne Jung, de Jules Rousset et de Jeanne Rousset (1817-1896)
  • Jacques André Rousset, petit neveu d’Henriette Marie Fanny Pelletier de Chambure (1889-?)
  • Jeanne Leclerc, épouse de Jacques André Rousset (1907_2007)

Sont en vert clair les cases des personnes qui ont vécu au Vésinet et y sont inhumés :

  • Marie Jeanne Jung, nièce d’Henriette Marie Fanny Pelletier de Chambure (1842-1906)
  • Jeanne Rousset, sa cousine germaine , nièce d’Henriette Marie Fanny Pelletier de Chambure ( 1852-1924)
  • Edouard Catrix, son mari (1850-1928)
  • Marie Louise Catrix, leur fille (1876-1952)

Sont enfin en mauve clair les cases des personnes pour lesquels je n’ai pas de preuve matérielle qu’ils ont vécu au Vésinet, mais qui y ont probablement séjourné, et qui y sont inhumés :

  • Jeanne Dabzat, la bru de Marie Jeanne Jung (1888-1985)
  • Christian Karcher, le fils de Marie Jeanne Jung ( 1872-1915), dont le corps ne repose pas dans le caveau familial, puisqu’il a été porté disparu dans les combats de Souchez.

Reconnaissez avec moi que la présence de tous ces cousins dans cette petite ville de banlieue ouest est pour le moins étonnante. Je n’ai fait qu’effleurer pour l’instant cette découverte, j’ai l’intention d’en savoir plus sur les propriétés achetées et revendues, ce qui me permettra de découvrir la création de cette ville nouvelle et peut être d’en apprendre plus sur les grands parents de mon mari.

Au programme des prochaines semaines, donc, le retour aux archives des Yvelines, et une visite au cimetière et à la mairie du Vésinet.

[Marie_Jeanne_Jung_Sosa_21]


Addendum : Pourquoi contacter le SFF d’Auxerre pour des transactions au Vésinet ?

Les archives concernant le bureau d’enregistrement de Saint-Germain-en-Laye, dont dépend Le Vésinet, ne sont pas archivées aux archives des Yvelines pour la période 1901-1955, mais à la Conservation des Hypothèques, archives d’Auxerre, 1er bureau – 8 rue des Moreaux – 89010 AUXERRE CEDEX.

N’ayant pas trouvé aux archives de relevé des transactions effectuées par Daniel Karcher au Vésinet, j’ai donc dans un premier temps demandé à Auxerre le relevé des formalités le concernant pour le service de publicité foncière de Versailles II – formulaire n°3230-SD sur le site impots.gouv.fr , puis une fois leur réponse obtenue, la copie des documents, qui dans son cas étaient répertoriés dans le volume 565, case 7007 et correspondaient à la vente de la villa – formulaire 3231-SD.

Ce cheminement est spécifique à la recherche – lieu/date – que j’ai faite, et n’est en aucun cas transposable dans un autre service d’archives. Tout dépend de ce qui est ou non archivé sur place.


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