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Philomène Blanco – 1869-1944 – 2 – Mère et grand-mère

Ecrit par

Brigitte Billard

Publié le

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Dans l’article précédent, je vous ai raconté comment Philomène Blanco a épousé Jean Joseph Billard, a eu cinq enfants avec lui, dont un seul, mon grand père Gaston Michel Billard, a survécu, puis a été abandonnée par son mari et a dû demander un secours de route pour pouvoir rejoindre sa famille en Algérie.

Philomène et le petit Gaston, mon grand-père, quittent donc l’Hérault, la métropole, pour gagner Alger, puis Bourbaki où les attend Louis Blanco, le frère de Philomène. Un frère dont je ne connais pas encore grand chose, n’ayant encore à ce jour trouvé ni son acte de mariage, ni son acte de décès, ni sa fiche matricule. En revanche, je dispose des lettres qu’il a écrite à Philomène pour lui conseiller de quitter l’Hérault, et de venir vivre avec lui. J’y apprends qu’il est en instance de divorce, et dans Gallica j’en découvre un peu plus sur ce divorce et le nom de l’épouse.

Dans les lettres de Louis, je trouve aussi l’adresse à Alger de leur soeur Vincente. Je ne connais pas de Vincente dans l’arbre de Philomène, mais l’adresse indique qu’il s’agit de madame veuve Ségovia, et qu’elle habite à Mustapha. J’en déduis qu’il doit s’agir de la soeur que je connais sous le prénom de Virginie Blanco, épouse d’un certain Joseph Sogovia … Virginie/Vincente, que je réussis enfin à pister à partir de ce nom de Segovia, devenu ensuite Segobia. Quand une des filles de Virginie met au monde en 1910 une fille, Louis Blanco est là comme témoin de la naissance, il habite désormais Alger.

J’imagine que Philomène aussi est revenue vivre à Alger, où habitent donc son frère, Louis, et au moins une de ses soeurs, Virginie. C’est à Alger, probablement vers 1908-1909, qu’une photographie de Gaston est prise, et envoyée à ses grands parents paternels, Michel Firmin Billard et Marie Thérézine Moustelon, qui habitent à Lyon depuis 1907.

Gaston Michel Billard – Algers vers 1908

Au printemps 1914, Jean Joseph, qui vit avec Caroline Paulin, sa maitresse toujours non divorcée en la déclarant comme son épouse dans le recensement de 1911, décide de divorcer de Philomène. Il la fait donc revenir à Béziers, avec bagages et enfant. Mais les démarches ne se passent pas comme Jean Joseph l’aurait voulu, et le divorce ne lui est pas accordé. En revanche, Philomène obtient la garde totale de leur fils. Et voilà à nouveau Philomène coincée en France, sans moyen de subsistance, et avec un petit garçon de 9 ans avec elle. Elle veut retourner à Alger, dans sa famille, et demande donc à nouveau au préfet de la faire rapatrier. En attendant, elle vit chez monsieur Thibaud, conservateur des hypothèques à Béziers. Certes Jean Joseph l’a fait revenir, mais sans se soucier davantage d’elle et de leur fils, puisqu’il n’a pas eu gain de cause. Cette fois ci, c’est auprès de Joséphine Blanco, sa soeur, lingère à Mustapha, 8 rue Trollier, que Philomène veut repartir. Je ne peux à ce jour pas encore identifier cette Joséphine Blanco, dont l’adresse n’est pas celle de Virginie/Vincente  ….

Sur la fiche de renseignements, Philomène indique clairement qu’elle retourne définitivement en Algérie, je pense que dans son esprit s’en est fini des séjours en métropole. Le 15 septembre 1914, alors que le pays a basculé dans la guerre, Gaston et Philomène reprennent le bateau pour Alger, munis d’un passeport et d’un passage gratuit.

La suite de l’histoire est encore très floue, plus floue encore que ce que j’ai déjà pu vous conter.

Une fois encore, probablement à la fin de la guerre, Philomène revient en France avec Gaston. J’imagine que Jean Joseph veut à nouveau obtenir le divorce, mais cette fois ci c’est à Lyon que Philomène s’installe, chez sa belle-mère Marie Thérézine Moustelon, au 27 rue du Boeuf.

En octobre 1919, Philomène y déclare le décès du petit Robert Clérice, le fils de 8 ans de Cécile Billard, la plus jeune soeur de Jean-Joseph. Cécile, son mari Léon Clérice, et leurs trois enfants ont vécu quelque temps à Alger, où la dernière enfant du couple est née en 1912. Les deux belles soeurs ont elles fait plus ample connaissance à ce moment de leur vie ? Cécile a t’elle plaidé la cause de sa malheureuse belle soeur, et du petit fils, auprès de ses parents ? Que de questions sans réponse pour l’instant …

A Lyon, il y a du monde dans l’appartement du 27 rue du Boeuf. Michel Firmin Billard est mort en novembre 1917, certes, et je ne sais qui habitait là avec les grands parents pendant la guerre. Le fait est qu’en octobre 1919, en plus de la grand-mère, Marie Thérézine Moustelon, il y a sa belle-fille Philomène et son petit fils Gaston, sa fille Cécile, séparée elle aussi de son mari, avec ses deux filles Odette et Edmée, et Elise, la soeur ainée, l’ainée de la fratrie Billard.

Pendant ce temps, la procédure de divorce a suivi son cours, et le divorce entre Jean Joseph Billard et Philomène Blanco est enfin prononcé par le tribunal de Béziers le 22 décembre 1919, aux torts du mari.

Mais Philomène et Gaston ne reprennent pourtant pas le chemin de l’Algérie, et restent à Lyon, avec Marie Thérézine Moustelon.

Presque toute la famille Billard vit en fait à Lyon lors du recensement de 1921, sauf Jean Joseph.

Source Geoportail

Sur la carte de Lyon ci-dessus, le repère rouge correspond à la rue du Boeuf, où habitent ensemble Marie Thérézine Moustelon, 77 ans; Elise Marie Billard, 54 ans; Cécile Billard, 34 ans, séparée de son mari Léon Clerice – ils vont divorcer le 5 décembre 1921;  Philomène Blanco, 51 ans, divorcée depuis le 22 décembre 1919 de Jean-Joseph Billard; Gaston Billard, 15 ans; Odette Clerice, 13 ans ; Edmée Solange Clerice, 8 ans; et un certain Marcel Vincent, 26 ans, qui loue une chambre dans l’appartement.

Le repère bleu correspond au 7 place Benoit Crepu, où habitent Adèle Billard, 42 ans, son mari Pierre Laussel, 40 ans, et leurs deux fils Paul Firmin Laussel, 13 ans et Henri Antoine Laussel, 10 ans.

Enfin le repère vert correspond au 142 rue Pierre Corneille, où habite Paul Billard, 52 ans, avec sa femme Marguerite Cadas– dénommée Mathilde sur le recensement, son 3ème prénom à l’état civil – 53 ans, et leur fille Paule, 17 ans. Seul leur fils, Georges, 21 ans, n’est pas présent, il effectue son service militaire au sein du 56e régiment d’artillerie de campagne, mais sa fiche matricule suggère qu’il est bien domicilié à Lyon.

A partir de décembre 1922, Georges Billard habite à Béziers, au 42 rue Port Notre Dame, une adresse où je retrouve aussi lors du recensement 1926 la mère et la soeur de Paul, mais aussi Philomène Blanco. Les deux femmes ont elles quitté ensemble Lyon fin 1922, avec leurs enfants, les trois cousins germains : Georges, Paule et Gaston ? Pourquoi seraient elles parties ? Leur belle mère va encore vivre jusqu’en 1929 à Lyon, et Gaston ne va pas être convoqué pour le service militaire avant décembre 1925. Alors pourquoi partir ? Pourquoi quitter ce qui ressemble à une famille ? Quelles disputes, quelles incompréhensions ont à nouveau déchiré cette famille, qui de ce que j’en ai découvert n’a pas traversé le 20e siècle dans l’unité et la sérénité ?

Le 15 novembre 1924, à Béziers, Gaston Billard, mon grand-père, s’engage en devancement d’appel au titre du 54e régiment d’artillerie .

AD34 – Recensement Beziers 1926 – vue 114/1006

Pendant ce temps, Philomène, sa mère, vit au 42 rue du Pont Notre Dame, à côté de Paule Cadas, et en compagnie d’une Juliette Blanco, née à Tenes en  1906, qui serait sa fille et dont je n’arrive pas à savoir l’identité exacte. Une chose est sûre, cette Juliette n’est pas sa fille, puisque Philomène n’a quitté Béziers qu’en septembre 1907. Alors ? Je pense qu’il pourrait s’agir de la fille de Louis Blanco, donc de sa nièce, même si en avoir la certitude s’annonce compliqué.

Le 7 mai 1926, Gaston est libéré du service militaire, où il avait obtenu le grade de maréchal des logis, et dix huit mois plus tard, Philomène et lui retournent en Algérie. Encore une fois, pourquoi ont ils fait ce choix ? Gaston à ce stade de sa vie a passé à peu près autant de temps en métropole, à Lyon et Béziers, qu’en Algérie. En métropole, il a une famille paternelle qui pourrait l’aider, peut-être, un père, un demi-frère, un cousin germain qui va monter sa société et avoir une réussite professionnelle certaine. En Algérie, je ne suis pas sûre de ce qui les attend.

Et pourtant, ils repartent à Alger et s’installent provisoirement chez Virginie, au 162 rue de Lyon.

Gaston va devenir employé de banque. Quand il se marie, le 19 novembre 1929, avec Marcelle Risse, il habite au 3 boulevard Beaurepaire avec Philomène, qui toute sa vie continuera à vivre avec lui et sa famille.

En septembre 1930, Philomène est grand-mère une première fois, d’un petit Gaston ( comme son père ) Charles ( comme son oncle maternel ) Michel ( comme son arrière grand père paternel ), mon père. A ce moment là, la famille habite au 16 rue Broussais, au second étage. Il est probable que la famille a déménagé là peu de temps après le mariage, même si le changement d’adresse officiel n’est fait sur la fiche matricule de Gaston qu’en décembre 1935. En avril 1932 nait un second petit garçon, Roland Emile Léon. Philomène est toujours là et s’occupe de la famille de son fils, elle est toujours présente pour ses petits enfants.

Papa racontait qu’ils allaient se promener avec mémé Philomène jusqu’à Notre Dame d’Afrique. Les garçons restaient à jouer dans les jardins, pendant que Philomène allait rendre visite à sa soeur, qui était religieuse. Qui était cette soeur ? Etait-ce cette soeur jumelle, Lazarine Baptistine Marie Blanco, dont je n’ai découvert que récemment l’existence ? Encore un mystère à percer dans la vie de Philomène.

Image illustrative de l'article Basilique Notre-Dame d'Afrique
Par Alger-Notre-Dame-D’Afrique.jpg: Ludovic Courtès
derivative work: Rabanus Flavus — Ce fichier est dérivé de   Alger-Notre-Dame-D’Afrique.jpg: , CC BY-SA 3.0, Lien

Deux fois avant 1939, Gaston, son épouse et ses deux fils traversent la Méditerrannée pour aller passer des vacances à Béziers, chez le grand père Jean Joseph. Les souvenirs de mon père parlaient d’une grande villa, d’une vie facile, d’une épouse, d’une petite fille de leur âge qui leur faisait des blagues pas toujours agréables. Pendant ce temps, Philomène restait à Alger. Je n’ai pas encore pu confirmer les souvenirs de papa  à partir de ce que je sais pour l’instant de la vie de mon arrière grand père à Béziers. Je sais seulement que Caroline est morte en 1934, et qu’il est donc peu probable que papa ait pu la rencontrer ou du moins qu’il ait vraiment des souvenirs d’elle. La petite fille pourrait être la petite Claudine Billard, la fille ainée de Georges Billard, le fils que Jean Joseph et Caroline ont eu. Claudine est née en 1927 et est donc à peu près de la génération des deux petits garçons.  Quant au reste, aussi longtemps que je n’arriverai pas à trouver des cousins issus de ce Georges, qui je l’espère pourraient connaitre une partie de l’histoire familiale et avoir des photographies, je crains d’en rester là.

En Septembre 1939, la guerre éclate mais elle n’atteint vraiment Alger que le 8 novembre 1942 au moment du débarquement en Algérie.

Quelques semaines plus tard, ma grand-mère, Marcelle Risse, met au monde une petite fille, Georgette Mauricette Muguette Billard, ma tante, le 1er janvier 1943.

A Alger, un nouveau régime est en place, qui ne répond plus au régime de Vichy, et qui mobilise pour participer avec les Alliés à la libération de l’Italie. Mon grand-père, pourtant père de 3 enfants, âgé de 37 ans, est rappelé à l’activité au 3è régiment de zouaves le 15 juillet 1943. Il quitte Alger pour participer à la campagne d’Italie. Il ne reviendra au 16 rue Broussais que le 19 novembre 1944. Il laisse sa femme, Marcelle, 35 ans, ses fils de 13 ans et 11 ans, et sa toute petite fille qui n’a pas encore 1 an, sous la garde de sa mère, Philomène, 74 ans.

Philomène ne reverra jamais son fils, à qui elle a consacré toute sa vie. Elle meurt dans l’appartement du 16 rue Broussais, le 16 avril 1944, à l’âge de 75 ans. C’est mon père, l’homme de la famille, du haut de ses 13 ans et demi, qui conduit le deuil pour cette grand-mère qui avait toujours fait partie de sa vie. Un souvenir qui l’a marqué et qu’il évoquait parfois, rarement ……


Mettre en forme ce que je sais de Philomène a été compliqué, tant sur le plan émotionnel que sur celui des recherches.

Il y a encore cinq ans, je ne savais de Philomène que les maigres souvenirs que papa avait partagés. Au bout de ces cinq ans de recherches, je n’ai toujours aucune photographie d’elle. Je ne sais pas quand sa mère est morte, je ne connais pas vraiment ses frères et soeurs, et Philomène, mémé Philomène, reste encore un mystère pour moi.

[Philomène_Blanco_Sosa_25]


3 réponses à “Philomène Blanco – 1869-1944 – 2 – Mère et grand-mère”

  1. A te lire, on ne sait plus si on lit un article, une enquête ou un roman. C’est passionnant. Malgré les données manquantes, la vie de Philomène se précise un peu grâce à tes recherches.
    Espérons que le mystère s’éclaircisse !

    1. Brigitte

      Merci beaucoup pour tes commentaires, c’est vraiment gentil. J’espère continuer à trouver des renseignements, je n’ai pas dit mon dernier mot

  2. Sacrée enquête, qui n’est pas certes pas terminée, mais qui montre une excellence dans la recherche !

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