J comme Junquières

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Pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, je vous emmène sur les terres ancestrales de ma mère, dans le village de Latillé en Poitou.


Si d’aventure vos pas vous mènent dans le cimetière de Latillé, vous remarquerez forcément un monument funéraire différent des tombes pour la plupart humbles et modestes du vieux cimetière. Ce petit mausolée, qui a la forme d’un catafalque, est la tombe de Charles Gaston de Junquières, un homme au parcours très différent de celui des paysans poitevins qui l’entourent.

Photo publiée sur Geneanet – Opération Sauvons nos tombes

L’épitaphe inscrit sur la pierre tombale brosse à grands traits une vie qui a éveillé ma curiosité.

Ici repose Charles Gaston de JUNQUIERES ancien
officier au 1er regiment de Hussards né à Paris le 4 Xbre
1837 fils de Charles Amédée de JUNQUIERES et de
Marguerite Henriette Guillaume de SELIGNY décédé
à la Raudière le 10 février 1901
Saint-Cyr 1861 Algérie 1863/67 Sedan 1870

Charles Gaston de Junquières vient au monde à Paris, au domicile de ses parents, Charles Amédée de Junquières, 31 ans, et Marguerite Henriette Guillaume de Seligny, 22 ans. Quelques mois plus tard, le 7 juin 1838, le bébé est baptisé en l’église de la Madeleine, à Paris.

Le 29 octobre 1838, Marguerite Henriette, la jeune mère de Charles, âgée de 23 ans, décède. Charles n’a pas encore un an et est orphelin de mère.

Charles Amédée, le père, se remarie 18 mois plus tard, le 23 mars 1840, avec Anne Mélanie Guillaume de Séligny, la soeur de sa première épouse décédée. Ensemble, ils vont avoir deux fils, Charles Henri de Junquières, né à Paris en 1842, et Maurice Amédée de Junquières, né à Paris en 1852. Les de Junquières sont les propriétaires du château de Fontenelle, à Chanteloup-les-Vignes, en Seine-et-Marne. C’est là que vont vivre et mourir Charles Amédée, son épouse Anne Mélanie, et leurs deux fils. Mais je n’y trouve pas de traces de Charles Gaston, l’ainé des de Junquières.

En 1861, Charles Gaston entre à l’Ecole Militaire de Saint-Cyr, située à l’époque en région parisienne. Il appartient à la  promotion 1861-1863, dite promotion du Mexique

Officier de cavalerie, il rejoint à sa sortie de l’école le 1er régiment de hussards, et participe de 1863 à 1867 aux opérations de pacification et colonisation en Algérie. Est ce là qu’il rencontre Eugénie Camille Massue, orpheline de père et mère, ou bien en France ? Je l’ignore encore. La jeune femme, âgée de 35 ans, met au monde en septembre 1867 à Auch, dans le Gers, une fille, Henriette Marie, que Charles Gaston reconnait plus tard.

Début 1870, alors que Charles Gaston est toujours lieutenant au 1er régiment de hussards, le couple habite à Paris, au 5 rue Singer. Le 3 janvier, il vient déclarer la naissance de jumeaux, Charles Camille René et Camille Marie Fernand. 

Mais Charles est toujours officier de  cavalerie, et quand le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, Charles Gaston avec son régiment du 1er hussards, participe aux batailles. Il est à Sedan, le 1er septembre 1870, quand l’armée de Napoléon III est lourdement défaite par les troupes prussiennes.

Charles quitte l’armée, il est maintenant « propriétaire » et habite à Neuilly, rue Borghèse, quand le 17 mai 1873 Eugénie et lui se présentent à la mairie de Neuilly pour s’y marier. C’est l’occasion de légitimer leurs trois enfants.

Je retrouve le couple des années plus tard, en 1896 à Vernon, dans l’Eure. Ils y habitent encore quand le 2 mars 1897, Eugénie Camille Massue, séparée de biens de son époux Charles Gaston de Junquières, acquiert auprès de Marie Aimée Marguerite Faucher et son époux Paul Maulion un bien à Latillé pour 32 000 francs. Sans voir l’acte du notaire, difficile d’avoir une certitude, mais il semble que cela corresponde à l’achat du château de la Raudière, à Latillé.

C’est donc a priori Eugénie qui possède le chateau de la Raudière, où son mari va mourir le 10 février 1901. Sa déclaration de succession mentionne qu’il ne laisse pas d’actif, une mention qui m’avait interpellée et m’interpelle toujours. Pourquoi Charles Gaston, le fils ainé de Charles Amédée de Junquières, le seul fils de Marguerite Henriette Guillaume de Seligny, qui tous deux avaient semble t’il une certaine aisance, ne laisse t’il rien à son décès? Fut il deshérité ? Eugénie était-elle une héritière quand Charles l’a rencontrée – et lui a fait trois enfants hors mariage, en plein second empire, quand ce genre de situation n’était pas socialement bien perçue ?

J’ai listé au cours des quelques recherches que j’ai faites un certain nombre d’actes : les contrats de mariage à Paris de Charles Gaston avec Eugénie, puis en 1909 de leur fille Henriette; le contrat d’achat du chateau de la Raudière. Je vais me procurer ces documents pour essayer d’y trouver de nouvelles informations. Il faudrait aussi que je trouve les fiches matricules de ses deux fils, qui me donneraient une indication sur l’endroit où la famille, ou au moins les parents, habitaient en 1890. Pour l’instant, je sais qu’elles ne sont archivées ni à Paris, ni dans l’Eure …. et elles ne sont pas non plus sur le Grand Mémorial. Enfin, il y a probablement au SHD un dossier d’officier qui pourrait aussi m’en apprendre plus.

Charles Gaston de Junquières n’est certes pas de ma famille, il n’a finalement vécu que moins de 5 ans à Latillé, même si la famille de sa fille et de l’un de ses fils y est souvent présente jusqu’à la guerre. Mais il a forcément croisé mes arrières grands parents, au moins à l’église le dimanche, et son tombeau dans le cimetière me donne envie d’en savoir encore plus sur lui. 

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