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Un défi d’écriture est proposé aux généalogistes pendant la seconde semaine du Mois Geneatech. A l’occasion de la Saint Valentin, il s’agit de parler d’une histoire d’amour, d’un mariage réussi ou malheureux de notre généalogie.


Parmi les mariages de mes ancêtres dans cette seconde semaine de février, il en est un dont je n’ai jamais eu l’occasion de vous parler, celui d’Antoine dit Julien Vayre et de Marthe Souberot, dont le contrat de mariage a été signé le 7 février 1711, à Limoux dans l’Aude, et qui se sont ensuite unis religieusement à l’église Saint Martin le 16 février 1711.

Pourquoi vous parler précisément de ce mariage ? Pour différentes raisons, la première dans le cadre de ce défi d’écriture étant que le mariage d’Antoine et Marthe a duré plus de 56 ans, depuis le lundi 16 février 1711 jusqu’au vendredi 28 août 1767, quand Marthe s’est éteinte, à l’âge de 76 ans, après une vie remplie pendant laquelle elle a mis au monde au moins 13 enfants.

Des noces de lapis-lazuli au 18ème siècle, je n’en ai pas tant que ça dans ma généalogie.

Infographie réalisée sur Piktochart

Mais comme l’infographie ci dessus vous le suggère, Antoine Vayre est un ancêtre remarquable de ma généalogie. Il est en effet originaire du Cantal, ce qui en fait l’ancêtre de ma branche paternelle, la branche Billard, né le plus au Nord selon mes connaissances à ce jour de mon arbre. Et selon son acte de décès, Antoine serait mort à l’âge très vénérable de 106 ans.


Voici ce que je sais sur le couple Antoine Vayre et Marthe Souberot, leurs ascendants et leurs enfants.

Marthe Souberot est née le 6 août 1691, à Alet-les-Bains, dans l’Aude. Elle est la troisième enfant dont j’ai retrouvé la trace de Barthelemy Souberot, maitre menuisier, et de son épouse Marie Blanc.

Son frère ainé, Pierre Souberot, né vers 1678 probablement, maitre menuisier comme son père, va épouser le 22 janvier 1714 à Saint-Martin-de-Villereglan, à quelques lieues de Limoux, Philippe Guiraud, 28 ans, fille de Jean Pierre Guiraud et de Bernarde Pages. Jean Pierre Guiraud et Bernarde Pages, ce sont aussi mes Sosa, génération 12, je vous avais parlé d’eux ici. Philippe est la sœur de Jeanne Guiraud, une autre des filles Guiraud, qui épouse le 12 juin 1691 à Saint-Martin-de-Villereglan, Bernard Bilhard, bourgeois d’Arques. Le petit-fils de Bernard et de Jeanne, qui est donc aussi le petit neveu de Philippe Guiraud et qui se prénomme aussi Bernard, épousera le 9 mai 1758 à Pomy, dans l’Aude, Marthe Vayre, la fille de Marthe Souberot et d’Antoine Vayre, la nièce de Pierre Souberot , et donc nièce par alliance de Philippe Guiraud. C’est bien compliqué me direz vous. Faisons un petit dessin pour nous y retrouver.

Infographie LucidChart – Cliquer pour agrandir

Pour faire simple, disons juste que cela confirme que les différentes rameaux de ma généalogie paternelle autour de Limoux appartiennent à un même milieu, celui des artisans et commerçants, et qu’on se marie à l’intérieur de son milieu.

Parlons maintenant d’Antoine Vayre.

C’est Christine, une lointaine cousine, à qui je dois ce que je sais d’Antoine Vayre. Antoine est arrivé dans la région de Limoux vers 1702, selon son contrat de mariage, qui indique en 1711 qu’il est dans la région depuis huit à neuf ans. Il est le neveu par sa mère de Jean Bergaud, prêtre du village de Pomy, à quelques lieues de Limoux. Il est probablement arrivé dans la région avec son oncle, ou peut-être l’a t’il rejoint. Les deux hommes viennent du Cantal, du village de Lacapelle-Barrès. Antoine a au moins 20 ans, quand il arrive, probablement plus, mais je n’ai pas été en mesure de retrouver son acte de naissance.

C’est dans la maison du père de la future épouse, qui n’a que 19 ans, qu’on se réunit le 7 février 1711 à Limoux, en présence de maitre Romette, notaire. Sont présents les parents de la future épouse, ses deux frères ainés, et Jean Bergaud, l’oncle d’Antoine, seule personne de la famille de l’époux à être avec lui.


Mariage
Baille Soubereau
L an mille sept cens onze et le septiesme jour du mois
de fevrier a Limoux apres midy regnant tres chretien
prince Louis par la grace de dieu Roy de france et de
navarre par devant nous notaire Royal dudit Limoux et temoins
bas nommes furent presant le sieur antoine baille dit
julien fils legitime et nature de feu leonard baille
et de marie bergaud de la parroisse de la Capelle
dioceze de saint flour en auvergne demeurant depuis huit a
neuf ans au lieu de pomy dioceze de narbonne assisté et conseillé
de messire Jean Bergaut pretre et recteur dudit lieu de pomy son
oncle maternel d’une part et Marthe Soubereau fille
legitime et naturelle de barthelemy Soubereau marchand menuisier
de la presente ville et de marie blanc maries assistée et
conseillée de ses dits pere et mere d’autre lesquelles parties de
leur gré et pure volonté _ du mariage entre ledit sieur antoine baille et ladite marthe soubereau ont fait et arreté a l honneur et gloire de dieu les pactes et conventions suivants scavoir que ledit mariage sera accomply et solemnizé en face de notre sainte mère esglise catholique apostolique et romaine a la premiere requete de l une ou l autre des parties a peine de tous deppens domages et que pour le suport des charges
dudit mariage ledit barthelemy soubereau et ladite marie
blanc sa fame ont donné et constitué en dot a ladite marthe
soubereau leur fille la somme de quatre cent livres scavoir
la dite blanc sa mere la somme de cent livres et ledit soubereau
son pere celle de trois cent livres de son chef avec une robbe
complete de mignonet une bague d or deux douzaine
_ un cabinet a deux corps et un bois de lit le tout en
bois noyer payable ladite somme de quatre cens livre scavoir
deux cent livres la veille des nopces avec les susdit
cas dotteaux et les deux cent libres restant dans un an
prochain a compter du jour des nopces sans interet
en venant lesquelles sommes ledit sieur baille fiance
sera tenu de les reconoistre avec les dit casdotteaux qui ont
esté evalués a cent livres a proportion qu’il les recevra
sur tout et chacun ses biens pris et a venir avec l augmant
et tiercemant suivant la coustume de Limoux et pays du
razet pour y estre le tout reconnu sur _ et par expres
sur les biens qui luy seront donnés cy apres le cas y
escheat moyennant quoy la future espouse renonce
a tous ses autres droits paternel et maternel sauf
ceux de future succession et en faveur et contamplation
dudit mariage ledit messire jean berdaut recteur dudit pomy
a donné et donne audit sieur baille futur espous son neveu
acceptant et tres humblement remerciant par donnation
entre vif et irrevaquable la meterie appelle galiebou
qu il jouit et possede au terroir dudit lieu avec les terres
qui en depandent pour par ledit futur espoux en jouir
et disposer apres son deceds +° a ses plaisir et volonte
s obligeant ledit sieur bergaud de rendre logeable ladite
meterie et de la liquider de toutes hypoteques et du
capital de la rente qu’elle fait avant la fin de ses jours
et outre ce de nourrir et entretenir lesdits futurs espoux
et la famille qu’il plaira à dieu leur donner pandant sa vie
ou jusques a ce qu’ils ne pourront pas vivre en comun
ou qu’ils voudroent se separer de louy estant ladite meterie
de valeur de huit cent livres et en consideration dudit
mariage ledit fiancé a donne et donne à la fiancée
toutes les robbes bagues et joyaux qu’elle aura pendant
ledit mariage pour en disposer à sa volonté en cas de
preeceds et pour l observation de ci dessus les dits
parties chacun comme et conforme ont obligées
soubmis leurs biens present et a venir aux rigueurs de justice
fait et recité dans la maison dudit soubereau presents
pierre et raymont soubereau frères de la fiancée, messire
jean vayssere pretre et recteur de saint benoist du lieu
guilhaume Reuvel consul de la presente ville et Jacques
Joseph Ramet maitre orloger et serrurier de ladite ville
qui ont signé avec parties sauf la fiancée et ladite blanc
sa mere qui ont dit ne scavoir et sur _ ledit Jean
bergaut a promis de donner à son nepveu un _ de l etofe
qu il voudra et ledit fiancé une robbe à la fiancée de l’estoffe
aussi qu’il voudra puis les susnommes signe comme dessus

La première chose qui me frappe dans cet acte, c’est que le marié y est constamment nommé “Baille” et non Vayre, tout comme son père, nommé ici Léonard Baille. Pourtant messire Bergaud, l’oncle de l’époux, doit bien connaitre le patronyme de son neveu – et de l’homme qu’a épousé sa soeur… Je n’ai pas encore trouvé la raison de ce mystère.

Antoine est constamment dit “Julien”, et c’est d’ailleurs ainsi qu’il signe à cette époque. Pas Vayre, pas Baille, mais Julien …

La mariée reçoit 400 livres de dot, dont 100 livres de sa mère, plus quelques meubles et des éléments de trousseau. Le marié reçoit de son oncle la métairie de Galiébou, estimée à 800 livres, sur la commune de Pomy.

Archives de l’Aude – 3E 2271

Neuf jours plus tard, les futurs époux sont unis par Jean Bergaud, autorisé pour l’occasion à officier et à marier son neveu.

L’acte, qui n’a pas été écrit par Jean Bergaud, indique qu’Antoine s’appelerait Julien, et se trompe sur le nom de la mère de l’époux.

nup antoine Julien et marthe Soubereau
L’an mil sept cens onze et le seizieme jour du mois de fevrier apres la
publication de deux annonces avec dispense de monseigneur l’archeveque de la
troisième, faite dans cette parroisse et à pomi de ce dioceze et avoir observé
les autres formalités en tel cas requises ay conjoint en mariage le sieur antoine
Julien fils de feu leonard et de marie pons d’une part et marthe
Soubereau fille a barthelemi et à marie blanc de cette parroisse d’autre
et n’ayant pas trouvé aucun empechement canonique ni civil leur ay
donné la bénédiction nuptiale es présence de Joseph romette maitre serrurier
barthelemi Soubereau, pierre Soubereau, et françois rigal curé de pomi signés avec moy qui
consentement de mr _ curé de limous ay fait le présent mariage

Je ne sais bien sûr rien de la vie de couple d’Antoine et de Marthe.

Rien d’autre que ce que me disent les nombreux enfants qu’ils vont avoir : la jeune femme est féconde, et pendant une vingtaine d’années, elle met au monde régulièrement des enfants. Des enfants qui naissent à Pomy et qui tous s’appellent Vayre, et non Baille, ou Julien, , comme si ces noms utilisés pour le contrat de mariage n’avaient court qu’à Limoux.

Il ne semble plus y avoir de naissance dans le couple après 1733. C’est au tour des enfants d’avoir eux aussi des enfants.

Les années passent, et Antoine et Marthe sont toujours présents.

Ce n’est que le 28 aout 1767, alors qu’en février, Antoine et elle ont franchi la barre des 56 ans de mariage, que Marthe meurt. Elle a 76 ans, mais son acte de décès évoque un âge de 85 ans. Et Antoine, lui, est toujours vivant.

Il survit encore quatre ans à sa femme. Dans son acte de décès, le curé dit qu’Antoine avait 106 ans. Cela me semble beaucoup. S’il avait une vingtaine d’années en 1702, quand il est arrivé à Pomy, j’estime qu’il a au moins quatre vingt dix ans. Ce qui, vous en conviendrez, est un âge des plus respectables. Antoine est probablement la personne la plus vieille du village au moment de son décès, et l’âge indiqué par le curé n’est peut-être qu’une façon de souligner cette longévité exceptionnelle.

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Un commentaire

  1. En voilà une belle utilisation des infographies pour suivre le récit et la carte de France c’est chouette pour visualiser la distance entre 2 départements.

    Quand à l’âge des époux, même recalculé, ça reste impressionnant pour l’époque mais il semble que c’était une famille de bonne constitution physique car a priori, je n’ai vu qu’un décès en bas-âge parmi leurs enfants ce qui est une autre forme de record.

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