Quelques petites choses à savoir avant de faire un test ADN chez MyHeritage

Temps de lecture: 5 minutes

Il est revenu le temps du Concours de l’Eurovision de la Chanson, qui depuis 63 ans tous les ans envahit nos programmes de télévision, fin mai.

En 2018, c’est un chanteur de nationalité israëlienne qui a gagné, et comme c’est la tradition c’est donc Israël qui cette année organise le concours.

Pour MyHeritage, start up israëlienne dans le domaine de la généalogie, l’occasion était probablement trop belle et MyHeritage est le partenaire principal du Concours de l’Eurovision 2019.

Le public qui va regarder dans les jours à venir les différents spots publicitaires, les annonces, les retransmissions, va donc quasiment à chaque fois, plusieurs fois par jour, entendre parler de MyHeritage et de leur dernier produit phare, les kits d’analyse ADN, ceux qui – selon leur publicité – vont tout vous dire sur vos origines ethniques.

Alors, pour tous ceux qui vont se laisser tenter, j’aimerais rappeler ici quelques petites choses à bien avoir en tête avant de saisir votre numéro de carte bancaire en ligne pour commander votre kit d’analyse.

Des origines ethniques imprécises et peu fiables

Je l’ai dit et répété sur ce blog, mais si vous décidez de faire une analyse ADN pour connaitre vos origines ethniques, oubliez et faites l’économie des 75 euros environ qu’on vous demanderait.

Globalement, les algorithmes qui permettent de vous situer ici ou là sur une carte du monde ne sont que des algorithmes construits à partir d’une base de données, celle des clients déjà testés. Il est probable – très probable – qu’ils ne correspondent que très lointainement avec les recherches généalogiques traditionnelles que vous avez faites.

Et si vous vous testez chez MyHeritage, vous serez particulièrement déçus.

A ce jour, c’est en effet la société qui propose le résultat le plus éloigné d’une éventuelle réalité ethnique. Actuellement, soit leur algorithme est faux, soit leurs bases de données ne sont pas assez importantes, mais une chose est sûre, leurs résultats ne vous apporteront rien et vont même probablement vous perturber.

Origines ethniques de ma mère selon MyHeritage
Origine des ancêtres de ma mère, depuis le 17ème siècle, selon les actes

Pourtant, c’est sur ces origines ethniques inexactes et imprécises qu’ils basent toute leur publicité. C’est étrange, et à mon sens très contre-productif. Comment avoir confiance dans les résultats qu’ils proposent si l’interprétation qu’ils en donnent est fausse ?

Des outils de pointe pour la recherche de cousinages, réservés aux comptes payants

La seconde motivation possible pour acheter un kit d’analyse génétique, c’est le souhait d’en utiliser les résultats pour vous aider dans vos recherches généalogiques, pour découvrir un parent ou grand parent biologique inconnu, ou résoudre une épine généalogique. C’est à mon sens la seule raison valable et pertinente de faire un test de généalogie génétique.

Et en plus ça fonctionne.

Certes, c’est compliqué, long, frustrant, mais avec de la chance, de la méthode, et des heures de travail, on peut retrouver des cousins, et grâce à cela lever le voile sur une partie des mystères de sa famille.

MyHeritage, comme toutes les sociétés qui commercialisent ces tests, vous propose une liste de personnes qui sont en correspondance ADN avec vous.

Pour pouvoir facilement utiliser ces correspondances, vous allez devoir utiliser les outils que MyHeritage vous propose : la triangulation, les clusters, l’accès aux arbres en ligne de vos correspondants, le nouvel outil TrueLines.

Mais ce que vous allez vite découvrir, si vous n’avez pas fait attention, c’est que le test ADN à 75 euros – ou moins en cas de promotion – ne vous donne pas accès à ces outils, pourtant indispensables.

Quand vous achetez le kit, vous avez bien sûr vos origines ethniques et la liste des personnes avec qui vous êtes en correspondances. Mais si vous voulez avoir accès aux correspondances partagées – qui vous permettront de cibler plus précisément vos recherches -, aux arbres en ligne, vous allez devoir prendre un abonnement payant à l’application MyHeritage.

Sur le principe, j’admets que MyHeritage est une société privée, qu’elle fait de gros efforts en recherche et développement et que ces outils ont un coût.

Mais pourquoi ne pas avoir un autre modèle économique, avec un prix d’achat du kit plus élevé, comprenant l’accès à tous les outils et à la base pour une année, ou au moins 6 mois?

J’aide une cousine et une amie à travailler sur leur ascendance, elles n’ont à ce jour pas encore pris d’abonnement, et je m’arrache les cheveux à chercher la moindre information.

Si vous avez accès à tous les outils proposés par le laboratoire, il vous sera déjà difficile de résoudre vos énigmes, de trouver les ancêtres partagés. Sans les outils proposés, votre seul espoir est que votre correspondance, une fois contactée, vous réponde et qu’elle soit capable de remonter son arbre sur trois ou quatre générations. Et ca, croyez moi, c’est loin d’être gagné …..

MyHeritage, la base actuellement la plus importante pour les Européens

Pourtant, si vous êtes à la recherche d’un parent biologique, si vous voulez sérieusement retrouver une partie de votre famille, je vous conseillerai de faire un test chez MyHeritage à condition de prendre un abonnement minimum .

J’ai un abonnement payant chez MyHeritage, c’est lourd financièrement, mais cela me permet d’utiliser au mieux les correspondances que je reçois régulièrement, pour les quatre kits dont j’ai téléchargé les données chez eux.

C’est par MyHeritage que j’ai retrouvé à ce jour le plus de cousinages. J’en suis à 3 sur Ancestry, et à 5 sur MyHeritage, tout en ayant mis en ligne mes résultats chez eux depuis moins d’un an, et depuis presque 4 chez Ancestry ….

Leur base de données d’utilisateurs européens est la plus importante à ce jour, et mes origines comme celles de mon mari sont européennes.

Quant aux outils proposés, je les trouve intéressants et utiles.

Avec un abonnement payant, votre kit d’analyse chez MyHeritage devient donc utilisable et pertinent – pour votre recherche de cousinages, mais pas pour vos origines ethniques.


En Septembre prochain, j’assisterai à la conférence MyHeritageLive à Amsterdam, et comptez sur moi pour demander à nouveau aux responsables de la société présents le pourquoi de cette politique commerciale à mon sens contre-productive.

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3 commentaires sur “Quelques petites choses à savoir avant de faire un test ADN chez MyHeritage

  1. Vos résultats n’ont rien d’étrange et ce n’est pas la faute de MyHeritage (je n’ai pas d’action chez eux, j’ai fait la même chose ailleurs), c’est la génétique. Sachez que nos génomes évoluent plutôt lentement et ce n’est pas en séquençant notre ADN qu’on parviendra à revenir seulement 500-1000 ans en arrière. Quand on se fait séquencer, on séquence une mosaïque et un brassage de gènes qui n’ont pas tellement évolué depuis 2000-3000 ans. Si on regarde les données ethniques, c’est donc une image de nos ancêtres à cette époque (et pas plus tardivement). Et en quoi consiste cette image, c’est juste une corrélation avec la séquence de génomes anciens. Ces données sont très parcellaires et évoluent au fil des découvertes par les paléoanthropologues. Avec le même jeu de données, le votre, le mien, dans 10 ans, on aura un résultat plus fin. Ce n’est pas la faute à MyHeritage mais à l’état de nos connaissances.

    Le corolaire, c’est aussi que nos génomes sont comparés avec des génomes souvent plus anciens que des migrations qui prennent du sens à nos yeux. Exemple personnel, j’ai des gènes ibériques, d’europe de l’ouest et des iles britanniques. Je ne me connais pas d’ascendance ibérique ni britanniques mais en fait, mes ancêtres languedociens ont connu durant les millénaires passés des échanges (génétiques) via les migrations, le commerce entre le nord et le sud des Pyrénées. De la même manière, les territoires du nord de la France (où j’ai des origines) étaient un lieu de mixité entre les peuples vivant de part et d’autre de la Manche. Ce ne sont pas des spéculations mais c’est bien connu des archéologues et paléoanthropologues. Nous sommes pour la plupart des “hybrides” dont les génomes sont des mosaïques de variantes de gènes apparus il y a des millénaires dans diverses parties de l’Eurasie.

    En ce qui concerne le cousinage, c’est une autre affaire, ce qui importe là n’est pas seulement l’origine des gènes mais la structure de cette mosaïque génomique. Trouver un résultat parlant pour chacun d’entre nous dépend malheureusement du jeu de données contemporaines. Du fait de l’illégalité du séquençage en France, il est illusoire de trouver quoique ce soit d’opérationnel durant ces tests. Il n’y a de l’espoir que si une partie de vos ancêtres (ou de vos cousins lointains mais pas trop) ont un lien avec les USA. C’est le cas par exemple de tout ceux qui sont issus de la diaspora polonaise des années 20 : il y a eu beaucoup de polonais qui ont immigré en France mais il y en a eu beaucoup aux USA. Mais il faut garder espoir. J’ai pu repérer dernièrement un généalogiste partageant quelques centimorgans avec moi et qui ne peuvent provenir que d’ancêtres français et non polonais. Pour répondre à Pierre BOITON, effectivement, quand on ne partage que quelques centimorgans, ça n’a pas grand intérêt mais certains sur le net ont pu se servir de ça pour discerner de quelle branche tel cousin présumé provient.

    Sachez que normalement, on peut récupérer le jeu de données brutes de notre séquençage et le soumettre à d’autres plateformes de partage de données et multiplier les chances de trouver des cousins éloignés et/ou d’affiner le panorama ancestral. Ces corrélations seront immanquablement amenées à s’améliorer.

    1. Bonjour et merci pour cette réponse précise.

      Ce ne sont pas mes résultats qui me gênent, c’est le fait que MyHeritage fasse son marketing sur un produit qui est encore en devenir, et que les clients qui viennent chez eux posent ensuite d’innombrables questions – toujours les mêmes – parce qu’on leur a vendu un produit dont ils ne vont pas comprendre les résultats.

      Je suis cliente de MyHeritage, et comme je le dis à la fin, je trouve que leurs outils sont particulièrement pratiques, et quand on a des origines européennes on trouve pus facilement des cousinages via leur base de données que via celles de leurs concurrents américains.

      J’ai pensé que comme ils vont probablement vendre beaucoup de kits à des néophytes durant la semaine à venir, un petit rappel de ce que le kit pourra leur donner ou pas n’est pas inutile.

      J’ai encore du mal à partager mes données sur Gedmatch, donc je n’en suis pas encore à le proposer à mes amies que j’aide dans leurs recherches. Je vais essayer d’approfondir la question.
      En tout cas, merci encore de ce commentaire
      Brigitte

  2. Bravo pour cette communication qui va au-delà de My Heritage pour ce qui concerne les origines ethniques. C’est du pipeau au moins pour les régions qui ne sont pas suffisamment représentées dans leurs bases. J’ai l’impression que les entreprises “américaines” ont surfé sur une très forte demande des afro-américains qui sont à mon sens surreprésentés dans les bases par rapport à leur part dans la population américaine. De même, pour l’immigration européenne, il est vraisemblable qu’il est plus intéressant d’avoir des ancêtres anglo-saxons, germaniques, italiens que des ancêtres français.

    Restent donc une seule valeur sûre, les cousinages génétiques. Je lis sur divers blogs des valeurs minimales exprimées en centiMorgan en dessous desquelles la recherche d’un cousinage est impossible en raison de l’absence de sources. A quoi bon communiquer ces cousinages trop lointains? Ces résultats techniquement inexploitables ne sont qu’un argument marketing!

    Pour ma part, je reste sur ma position “non acheteur” d’une analyse ADN ou plutôt “non donneur” de mes gènes pour des raisons légales et éthiques. Par contre, je comprends les personnes ayant des ancêtres suffisamment proches nés sous X, abandonnés, nés naturels. Ce n’est pas le cas de mes enfants. Et si, comme cela est statistiquement possible, un de leurs ancêtres était finalement le voisin, le facteur ou un bel étranger de passage, je ne le saurais jamais et je me passerai volontiers de la résolution de ce problème.

    Merci encore de vos informations.

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