Classe 1889 – Canton de Vouillé

Lors de la guerre 1914-1918, la classe mobilisée la plus ancienne est la classe 1887. Parmi les soldats nés en 1867 et 1868 et recensés dans le canton de Vouillé, il n’y a eu heureusement aucun mort militaire des suites du conflit. 

C’est à la classe 1889 qu’appartiennent les trois Morts pour la France les plus âgés du canton de Vouillé.

C’est donc par la classe 1889 du canton de Vouillé que j’ai commencé mon dépouillement systématique, dont vous pouvez trouver le fichier sur le site.

Voici quelques éléments d’analyse tirés de ce dépouillement, qui ne se veut pas représentatif des autres cantons ruraux de France, mais me permet de mieux comprendre le monde dans lequel mes ancêtres poitevins évoluaient en aout 1914.

Elements d’Etat Civil
  • D’où sont originaires les 129 jeunes gens recensés à Vouillé en janvier 1890 ?

L’article 10 de la loi du 15 juillet 1889 sur le recensement militaire précise qui doit être recensé :

Chaque année, pour la formation de la classe, les tableaux de recensement des jeunes gens ayant atteint l’âge de 20 ans révolus dans l’année précédente et domiciliés dans l’une des communes du canton, sont dressés par les maires

Origine communale - Classe 1889

Origine communale – Classe 1889

10 jeunes hommes habitant en dehors du canton s’y font malgré tout recenser, 8 d’entre eux sont nés dans une des communes du canton . J’en déduis qu’ils sont restés domiciliés chez leurs parents, habitant le canton, et sont donc recensés au domicile de leurs parents, comme le précise la loi. Pour les deux derniers, ils sont nés et habitent en dehors du canton, mais leurs parents sont au moment du recensement officiellement domiciliés sur le canton.

  • Ernest Michel Longeault réside à la Ferrière en Parthenay, commune contigüe à celle de Chalandray, mais située dans les Deux Sèvres, et c’est aussi là qu’il est né. Mais ses parents habitent à Ayron, qui est toujours le domicile de droit d’Ernest Longeault.
  • Eugène Dupuy est né à Mirebeau, il réside à Chatellerault, mais ses parents sont domiciliés à Frozes, dans le canton de Vouillé, et c’est là qu’il est recensé.

 

  • Quelles sont les professions des jeunes recensés ?
Classe 1889 - Professions

Classe 1889 – Professions

La répartition n’est pas une surprise, Vouillé est à l’époque un canton rural dont toute l’économie repose sur l’agriculture.

Malgré tout, le niveau scolaire est plus elevé que je ne m’y attendais. On ne compte que 5 illettrés, et les deux tiers des jeunes gens savent lire, écrire, compter.

Classe 1889 - Instruction générale

Classe 1889 – Instruction générale

  • Quelle est la condition physique des jeunes appelés ?

Le tiers des appelés mesure entre 1,64 m et 1,67 m, ce qui est bien en dessous de nos standards actuels.

Classe 1889 - Taille des appelés

Classe 1889 – Taille des appelés

Le second critère, c’est bien sûr l’affectation de chacun des conscrits possibles. A Vouillé en janvier 1890, ils sont neuf à être ajournés. Six d’entre eux partiront en 1891, deux en 1892, et le neuvième mourra avant de repasser le conseil de révision de janvier 1891.

Ils sont sept à être exemptés lors du conseil de révision de janvier 1890. Comme le précise le “Traité pratique du recrutement”, “L’exemption qui n’est accordée que pour infirmités est [] une mesure définitive. En aucun cas l’homme ne saurait plus être appelé. Il est, en un mot, en dehors de la loi de recrutement“. Nous verrons au moment de l’entrée en guerre que ce postulat a vite été remis en cause et que de nombreux exemptés sont repassés devant des commissions de réformes qui les ont fréquemment jugés bons pour le service. Ceci dit, en janvier 1890 à Vouillé, ils sont donc sept à retourner directement chez eux, tout en devant s’acquitter de la taxe militaire prévue pour tout homme n’effectuant pas son service dans l’armée d’active, même pour des motifs médicaux validés par le conseil de révision. Quand on ne peut participer à la défense de la Nation en servant dans l’Armée, on participe au moins financièrement, dans la mesure de ses moyens, à son financement.
Enfin, ils sont 17 à être affectés aux services auxiliaires, car ne présentant pas les critères physiques jugés nécessaires pour servir dans l’armée d’active – taille, faiblesse – tout en n’étant pas affligé d’une infirmité justifiant l’exemption.
Sur 129 conscrits, 24 n’effectueront donc pas leur service militaire dans un régiment d’active pour des raisons physiques, soit presque 1 homme sur 6, ce qui à notre échelle occidentale actuelle est considérable.

Le service militaire

Commençons par étudier ce tableau récapitulatif, qui indique quelle année et pour combien de temps les différents conscrits sont partis.

Classe 1889 - Année de départ et durée du service

Classe 1889 – Année de départ et durée du service

On retrouve dans les départs de 1891 et 1892 les ajournés de janvier 1890. Ils ne vont effectuer qu’un à deux ans maximum de service militaire.

En 1888 et 1889 partent 8 engagés volontaires. L’un d’entre eux sera réformé dès la première année de son service, les autres effectueront la totalité de leur temps d’engagement, et seront affectés respectivement aux classes 1887 et 1888, ce qui aura un impact sur leur temps de présence à l’armée en 1914-1918.

En novembre 1890, c’est le départ pour la plus grande partie des jeunes conscrits, 86 d’entre eux. Parmi eux, ils sont deux à s’être engagé avant le départ. L’un d’entre eux peu de temps après son arrivée au corps sera réformé. L’autre, classé dans la colonne NC de l’année 1890, va se rengager après ses trois années d’activité, puis déserter …. Je vous raconterai plus en détail ce que j’ai trouvé sur lui, car Charles Viméon, mort pour la France, mérite qu’on parle de lui au delà d’une simple donnée statistique. 27 des conscrits partis en 1890 bénéficient d’une dispense et reviennent donc dans leur foyer avant septembre 1893, date à laquelle tous leurs camarades sont libérés.

Si on résume la situation, 102 jeunes hommes nés en 1869 ont eu une expérience et une instruction militaire, entre un et trois ans.

Au niveau des affectations dans les unités, nos jeunes conscrits sont principalement envoyés à Saint Maixent – 114ème régiment d’infanterie – et Poitiers – 125ème régiment d’infanterie – mais ces deux régiments ne recoivent que la moitié des jeunes appelés. Certains d’entre eux partent en Algérie ou en Indochine et reviennent avec la mention d’une campagne sur leur fiche matricule. Quel voyage étonnant à cette époque pour un jeune paysan du Poitou.

Classe 1889 - Affectation par unité

Classe 1889 – Affectation par unité

1914-1918 – Retour sous les drapeaux

En Aout 1914, nos conscrits de la classe 1889 survivants ont 44 ans révolus, la plupart sont mariés et pères de famille. Depuis octobre 1909 ils sont passés dans la réserve de l’armée territoriale et la fin théorique de leurs obligations militaires est prévue pour le 1er octobre 1916.

Ils sont encore 115 à être vivants. 14 d’entre eux vont voir leur situation de réformé confirmée lors des conseils de révision de début de guerre, et n’effectueront aucun service.

Classe 1889 - Appel sous les drapeaux 1914-1918

Classe 1889 – Appel sous les drapeaux 1914-1918

Ils sont 9 à occuper un poste soit aux chemins de fer, soit à la poste ou aux télégraphes. Ils vont être mobilisés dans leur poste de travail actuel, vital pour l’organisation des armées. Il nous reste donc 1 militaire de carrière, servant dans la gendarmerie, qui effectuera la guerre dans son unité, et 90 hommes qui vont avoir des parcours différents de plus ou moins longue durée.

Les premiers à être appelés, du 4 au 9 aout 1914, vont être affectés à la conduite des animaux, pour le regroupement ou le ferrage des chevaux réquisitionnés. Mais c’est principalement en 1915 qu’ils vont quitter leurs foyers, en grande majorité pour être affectés quelques semaines à la garde des voies de communication.

En Février 1917, ils profitent de la circulaire du 12 janvier 1917 pour retourner dans leurs foyers et être affectés, sous le contrôle d’inspecteurs militaires, aux travaux agricoles, parce qu’il faut continuer à nourrir la France. Ils seront tous démobilisés au plus tard le 10 décembre 1918, soit 26 mois après la fin théorique de leurs obligations militaires.

Ils sont 50 à avoir fait un passage au GVC, pour certains ce sera la seule affectation, d’autres en enchaineront plusieurs, avec souvent passage par le 68ème RIT et fin du parcours avant retour à la vie civile par la 9ème section de commis de Tours.

Le tableau ci dessous permet de voir la diversité des affectations de nos 90 appelés jusqu’à leur retour à la vie civile. Rappelez vous que certains ont plusieurs affectations, et donc le total des affectations est forcément bien supérieur au total des appelés.

Classe 1889 - Affectation 1914-1918

Classe 1889 – Affectation 1914-1918

Pour finir l’évocation de cette classe 1889, rappelons le souvenir des trois hommes recensés à Vouillé en janvier 1890 et morts pour la France.

  • Charles Delavault, né à Benassay le 3 novembre 1869, mort à Montferrand le 30 aout 1915 de typhoïde.
  • Charles Viméon, né à Latillé le 12 septembre 1869, mort à Souain le 19 septembre 1915, au 6ème régiment du génie, en allant poser une mine dans un tunnel. Pour les faits ayant entrainé sa mort, il a reçu une citation à l’ordre de la division.
  • Jacques Théophile Bigot, né à Ayron le 12 janvier 1869, affecté aux GVC, mort le 22 novembre 1915 à Culmont dans la Haute Marne, dans l’éboulement du tunnel ferroviaire qu’il surveillait.

Si je réussis à mener à bien le projet insensé sur lequel je travaille, j’aurai l’occasion de vous reparler d’eux.

Rendez vous le mois prochain – peut être – pour dresser le portrait de la classe 1890 de Vouillé.

 

Sources et liens
AD86 – Poitiers Registres matricules 1889 – Fiches 997-1493
Gallica – Loi du 15 juillet 1889. Traité pratique du recrutement et de l’administration de l’armée française… par A. Andréani,…
Le parcours du combattant de la guerre 14-18 – Synthèse des informations
Le parcours du combattant de la guerre 14-18 – Détachés agricoles
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Comments

  1. Leti92 says

    Quel travail ! Et dire que les collègues le font à l’échelle nationale ! Mais on leur reproche à mettre 2 ans !
    Non seulement je suis admirative, mais en plus tu sais à quel point ce canton me concerne. Comment t’aider pour d’autres communes du canton ?

  2. says

    Bonjour,
    Génial (comme toujours), un projet de folie. Belle analyse.
    Point départ : naissance donc 1869 donc tu as le lieu de naissance et les parents
    Recensement à vingt ans : 1889
    Puis parcours 1914-1918 : fiche matricule.

    Je vois que tu réalises des dépouillements sur le canton de Vouillé.
    Je vois que tu as dépouillé les registres matricules de la classe 1889 pour identifier les natifs de ce canton, déjà c’est un travail extraordinaire pour trier les jeunes de cette région militaire.
    Imagines que tu croises cela avec le recensement de population de 1910-1911, cela te rajoute un point intermédiaire avant la guerre.
    Pour les garnisons, pour connaitre leur position, je travaille avec les annuaires de l’armée Française : http://gallica.bnf.fr/searchInPeriodique?spe=annuaire+arm%C3%A9e+fran%C3%A7aise&arkPress=cb32695910j%2Fdate&lang=FR
    Gallica en possède quelques uns. C’est totalement indigeste, cela concerne les officiers, leurs positions à une date donnée et leur ancienneté dans le grade et la composition des officiers dans les garnisons.
    Par exemple pour l’annuaire de 1884, on peut voir : page 478, 7e bataillon de Forteresse est positionné à Langres.
    Page V et VI de l’annuaire de 1884, il y a la table des matières, tu trouveras les régiments manquants.
    J’ai pris l’annuaire de 1884 qui me semblait le + proche par rapport à la classe 1889, le suivant disponible est celui de 1895.
    Cordialement et encore bravo
    Frédéric

    • Brigitte says

      bonsoir Frédéric

      Merci du renseignement
      Je commence doucement à mieux me repérer dans toute cette organisation qui m’était bien étrangère, c’est fou ce qu’on apprend en faisant ce genre de dépouillement
      Je n’ai malheureusement pas les recensements de 1906 et 1911, qui ne sont pas en ligne.

      Si je vais au printemps aux archives de Poitiers, cela fera partie de mes recherches, j’aimerais boucler mon analyse avec les recensements

      Mon projet est fou, déjà un village c’est monstrueux, alors un petit canton …. mais pour l’instant, ca me passionne vraiment

      Encore merci
      Amicalement
      Brigitte

      • says

        il reste à savoir comment valoriser, exploiter et partager votre travail de recherche ?
        a titre d’exemple, sur un autre arbre généanet : http://www.geneanet.org/profil/scola/Frederic-Touze
        j’ai envoyé les photos du monument aux morts de ma commune de référence : Crosmières,
        puis je tente de relier les soldats à 3 structures internes de mon arbre, mon arbre ascendant, ma recherche sur mon patronyme sur le secteur, et les mariages sur les branches collatérales.
        puis avec la liste des noms que vous rentrez dans la page monument dans généanet, vous faites un lien entre votre arbre et les soldats avec la case publication et votre arbre : http://www.geneanet.org/gallery/popup-server.php?action=linked_docs&id=152979&rubrique=monuments&anchor=other-trees#other-trees

        Ceci dit, cela peut être réalisé à la fin, puisque vous saisissez vos recherches sur un logiciel.

        mais j’ai peut etre une vision trop généalogiste en cherchant à faire croiser vos dépouillements sur ce secteur, le travail sur le recensement militaire et votre arbre dans un même ensemble.

        Frédéric

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