K comme Karcher


Daniel Karcher, le grand père de mon mari, est né le 22 février 1875 à Colmar. A sa naissance, il est donc allemand. En 1889, ses parents quittent Colmar à direction de Bâle, où ils obtiennent la citoyenneté et donc la nationalité suisse le 11 novembre 1889.

Après le décès à Bâle du père de famille, le 7 janvier 1894, la famille, c’est à dire Marie Jeanne Jung et ses deux fils, Christian Karcher et Daniel Karcher, viennent s’installer à Paris. Je ne sais pas quand exactement ils arrivent, mais en 1903, je les trouve rue de Washington,  à Paris.

Alors que Christian, le frère ainé, va demander à récupérer la nationalité française en 1908, Daniel choisit de garder sa nationalité suisse.

Daniel Karcher, vers 1920 - Collection privée
Daniel Karcher, vers 1920 – Collection privée

Vers 1910, il rencontre une jeune lingère, arrivée de Dordogne, Marguerite Marie Jeanne Dabzat. Le 30 juillet 1911, une petite Denise nait 208 faubourg St Honoré, de Marguerite Jeanne Dabzat et de père inconnu. L’enfant ne sera légitimée par son père qu’au moment de leur mariage, le 4 novembre 1920 à Paris.

Pourtant, il n’y a aucun doute, Daniel et Marguerite forment un couple.

Dans un album de photos de Marguerite, j’ai trouvé une lettre écrite par Daniel le 10 septembre 1914 depuis Folkestone, où il était parti pour affaires, à Marguerite, restée à Paris. J’ai choisi de la partager avec vous, je trouve qu’elle donne un éclairage intéressant sur la situation de la France et de Paris, vue d’Angleterre. En plus de son éclairage historique, elle ne laisse aucun doute sur l’amour du couple.

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Jeudi 10 sept 1914

Carlton House Pension

1819, The Leas, Folkestone.

Ma chère petite Guitte

Je reçois à l’instant la dépêche de Pignet qui m’informe que tu as fait l’horrible imprudence de rester à Paris. Enfin les faits t’ont donné raison pour le moment, mais tu cours encore un grand danger, au premier recul des alliés Paris sera investi. Dieu sait ce qu’il se passera car les forts ne tiendront pas contre l’artillerie de forteresse allemande.
Crois moi fais ton possible pour partir cela vaut mieux d’autant plus qu’il ne m’est pas possible de rentrer en France pour le moment.
J’ai à revoir un monsieur lundi prochain à Londres avec lequel j’espère pouvoir entrer en relation d’affaires.
Nom de nom, je t’avais pourtant bien dit de partir
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je commençais à avoir l’esprit tranquille me voilà de nouveau inquiet, pars donc, nom d’un chien qu’est ce que cela peut faire, n’écoutes pas Pignet car vous n’avez pas les nouvelles aussi récentes que nous ici; on se bat à Chateau Thierry, à Lagny, Paris est à 20 kilomètres, actuellement les Allemands reculent mais cela peut d’un jour à l’autre changer.
Enfin si tu as une notion de ce qu’il se passe, que cela aille plus mal, files au plus tôt où tu pourras et envois moi une depêche ici pour me dire où tu es, je te donnerai ensuite des instructions.
L’adresse télégraphique est
Karcher Carlton Leas Folkestone
nous avons changé de pension depuis hier.
Fais attention à ton argent, pour le moment je ne puis en avoir, Londres étant dans la même situation financière que Paris mais d’ici quelques temps cela pourrait s’arranger un peu mieux.
Mon cher petit friquet, fais attention je te supplie, pas d’imprudence ta vie est en jeu, sans toi je ne peux vivre, bien tendres baisers du plus profond de mon coeur
Ton D. Karcher

 

Les renseignements de Daniel sont plutôt exacts. Les Allemands ont avancé sur Paris jusqu’au 6 septembre, ils sont arrivés à proximité de Meaux et la capitale a été pendant quelques jours en danger d’être envahie.

En 1926, le couple va avoir une seconde fille, ma belle mère. Daniel Karcher va mourir deux ans plus tard, à Paris, le 13 février 1928.

En mai 1940, Jeanne Marguerite vit seule à Paris avec sa fille Christiane, qui se prépare à faire les Beaux Arts. Toutes deux vivent plutôt confortablement des rentes que leur a laissé Daniel à sa mort. Jeanne s’est elle souvenue de cette lettre, qu’elle gardait précieusement, puisque c’est à ce jour la seule lettre que j’ai trouvée du couple? Dès le début de la débacle, elle quitte Paris en direction de la Bretagne, à La Bouillie, à côté d’Erquy, où la famille avait l’habitude d’aller en villégiature depuis longtemps. Qu’est il arrivé à l’argent que Daniel avait laissé ? Les années de guerre en sont venues vite à bout, et Christiane a renoncé à la peinture pour faire de la comptabilité et nourrir sa mère.

Mais là encore, si elle n’avait pas travaillé comme aide comptable dans l’entreprise où Boris Snejkovsky était chef comptable, leurs chemins ne se seraient jamais croisés, et mes enfants ne seraient pas là ….

[Daniel Karcher – Sosa 10]
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