Les filles d’Helena – 4 – Les soeurs Laventurier

Temps de lecture: 9 minutes

A l’été 2016, j’avais commencé une enquête généalogique pour retrouver les descendantes de mon ancêtre la plus éloignée dans ma branche matrilinéaire, celle qui m’a transmis de mère en fille mon ADN mitochondrial, identifié comme appartenant à l’haplogroupe H5a2. J’ai improprement nommé cette descendance les Filles d’Helena.

Retrouvez tous les épisodes précédants ici


Je continue en pointillés à travailler sur les descendantes féminines de ma lignée matrilinéaire, mes filles d’Helena comme je les ai très improprement nommées.

Voici l’état actuel de mes recherches.

Cliquez sur l’image pour la voir en format 100%

Aujourd’hui je vous propose de partir à la rencontre des trois soeurs Laventurier, nées dans la seconde moitié du 19e siècle en Gâtine.

Leur mère est Marie Louise Adelaide Parault, à la génération 6 sur mon diagramme. Elle descend à la fois de mes ancêtres Pierre Baudet, Jacquette Chalin, Laurent Chaignon, d’un Imbert dont j’ignore le prénom, et bien sûr de Marie Chaignon, la soeur de Jeanne Chaignon, toutes deux en théorie porteuses de l’haplogroupe H5a2.

Arbre matrilinéaire de Marie Louise Parault – cliquez pour voir l’image à 100%

Le 16 septembre 1865 Marie Louise Parault âgée de 19 ans épouse à Pompaire, petit village au sud de Parthenay, René Claude Laventurier, âgé de 27 ans (1).
Le couple va avoir trois filles, Marie Victorine Clarice – née le 10 septembre 1866 à la métairie de la Chevrochère à Pompaire (2); Eugénie Léonie Virginie, née elle aussi à Pompaire le 13 mai 1869 (3); et enfin Clémence Eugénie Virginie, née à Parthenay le 21 janvier 1877 (4).

A partir de la fin de l’année 1872, la famille habite à la Maladrerie, un des faubourgs de Parthenay, où le père est journalier, cultivateur, puis épicier.

Localisation des lieux de vie des soeurs Laventurier à Parthenay
Marie Victorine Clarice Laventurier

Le 27 septembre 1886, Marie Victorine, l’ainée, qui est lingère, se marie avec Louis Pigeau, jardinier, 25 ans (5). Sont témoins au mariage un oncle de l’épouse, Firmin Parault, et des amis du nouveau couple, dont un certain Aimé Jules Petit, employé de commerce, âgé de 25 ans.

Le 12 février 1888, Marie Victorine met au monde une petite fille, Marie Léonie (6). Malheureusement, Marie Victorine ne va pas survivre longtemps pour voir grandir sa fille. Le 2 septembre 1888, à quelques jours de son 22e anniversaire, elle décède dans sa maison d’habitation du faubourg Belais à Parthenay (7). Elle laisse une petite succession, de 736 francs, à son bébé, succession qui va être réglée le 11 mai 1889 à Parthenay (8).

Deux jours avant, le 9 mai 1889, Louis Pigeau se remarie, avec Marie Eléonore Bonneau (9). Quelle autre solution a un veuf avec un tout jeune bébé à cette époque ?

Marie Léonie habite toujours avec son père, sa belle-mère et ses trois demi frères et soeurs lors du recensement de 1901, à Parthenay. En revanche, j’ignore ce qui lui est ensuite arrivé. S’est elle mariée ? A t’elle eu des filles, qui auraient pu continuer la lignée maternelle ? Je ne sais pas si je retrouverai un jour sa trace.

Pour l’instant, Marie Léonie Pigeau, porteuse en théorie de l’ADN mitochondrial H5a2, tout comme moi, a disparu de mon radar généalogique.

.

Eugénie Léonie Virginie Laventurier

Le 30 août 1890, Eugénie, la seconde fille de Marie Louise Parault et René Claude Laventurier,  épouse à Parthenay Aimé Jules Petit, qui avait été témoin au mariage de sa soeur ainée. (10). Lors du recensement du printemps 1891, le jeune couple vit avec les parents et la jeune soeur de l’épouse dans une des maisons du quartier de la Grande Maladrerie à Parthenay (11).

Le 12 avril 1892, René Claude Laventurier, le père d’Eugénie et de Clémence, meurt à son domicile, à l’âge de 52 ans. Il laisse à ses deux filles une succession de 2 360 francs, petit pécule non négligeable. Est ce grâce à cet argent que le jeune couple va pouvoir s’installer dans ses murs ?

A l’été 1893, Eugénie et Aimé sont installés dans une maison du faubourg Marchioux, et Aimé exerce la profession de boulanger. Pourtant il est malade et incapable de se déplacer quand leur fils, Raoul Jules Claude, vient au monde le 25 juillet 1893 (12). C’est la sage femme, la veuve Chastang, qui déclare la naissance du bébé.

AD_79 – Naissances Parthenay 1889-1893 – acte 95 vue 199/216

Que se passe t’il pendant les quelques années suivantes ? Il est difficile d’en avoir une idée, puisque le recensement de 1896 de Parthenay n’a pas été conservé. En novembre 1897, la fiche matricule d’Aimé indique qu’il est maintenant domicilié rue du Sepulcre à Parthenay. C’est faubourg Sepulcre qu’habite aussi à cette époque sa belle mère, Marie Louise Pairault. Le jeune père de famille a t’il des problèmes de santé qui l’ont contraint à revenir vivre auprès de sa belle-mère ? Que lui arrive t’il pour que le 27 juillet 1898, il soit interné à l’asile d’aliénés La Providence, à l’hôpital de Niort (13) ?

Que de questions dont on ne connait pas les réponses …

Le 27 octobre 1899, Marie Louise, la mère, meurt à son domicile. Elle ne laisse aucune succession. (14)(15) Ses deux filles, Eugénie, 30 ans, responsable d’un enfant de 6 ans et dont le mari est toujours interné à Niort, et Clémence, 22 ans, sont désormais seules.

Un an plus tard, Aimé Petit décède à l’hospice d’aliénés de Niort.

Au printemps suivant, lors du recensement de 1901, les deux soeurs et le petit garçon habitent rue de la Saunerie, à Parthenay. Clémence est couturière, Eugénie est domestique chez Paul Coutant, rentier et photographe amateur à Parthenay, qui habite rue du Pont Neuf (16).

Que se passe t’il en cette année 1901? Qui rencontre t’elle ? En octobre 1901, enceinte, elle monte à Paris, où elle accouche le 6 octobre 1901 d’un garçon, Roger, déclaré de père inconnu (17). Elle le reconnait le 31 octobre 1901, mais le 14 mai 1902, elle le confie au dépôt de l’hospice des Enfants Assistés de Paris, où son dossier porte le numéro 152975. Il n’y a aucun vrai renseignement dans le dossier d’abandon, mais la mère a signé, sous le nom de Léonie Laventurier. Roger passera toute sa vie sans revoir sa mère, il se mariera en 1922, aura un fils et mourra en juillet 1948 à Paris, probablement sans savoir grand chose sur ses origines. (18)

Eugénie Léonie reste à Paris, où il semble qu’elle se soit installée.

Et en 1902, elle se retrouve à nouveau enceinte, à nouveau d’un enfant que son père ne reconnait pas.

Le 28 mai 1903, elle met au monde à l’hôpital du boulevard Port Royal, qu’on connait maintenant sous le nom de maternité de Port Royal, un fils à qui elle va donner le nom de Georges et qu’elle abandonne le 8 juin 1903. (19)(20). Cette fois ci, le dossier d’abandon est un peu plus complet, on y lit qu’Eugénie Léonie est à Paris depuis 3 ans, qu’elle est logée “en service”, ce qui signifie qu’elle est domestique dans une maison. Elle ne sollicite pas de secours, et place son enfant en vue d’abandon. Et une nouvelle fois, elle signe et part sans se retourner.

Georges va rapidement être envoyé dans l’Allier, toutes les notes de son dossier sont élogieuses. Il se marie en 1924, il a au moins un enfant, et meurt à 68 ans dans l’Allier. Il n’a probablement jamais su qu’il avait deux frères.

Le dossier d’abandon de Georges est la dernière trace directe que j’ai retrouvée à ce jour d’Eugénie. A priori je ne retrouve plus d’autre enfant, je n’ai pas trouvé de mariage ou de décès à son nom dans les tables de la ville de Paris.

Paris Faubourg Montmartre vers 1910
Paris Faubourg Montmartre ~1910 -Blog Les photos de Daniel

En 1913, Raoul Jules Claude Petit, le seul fils légitime d’Eugénie Léonie, passe à Paris devant le conseil de révision. (21) Sa fiche matricule indique qu’il habite avec sa mère à Paris, au 24 rue du faubourg Montmartre. Raoul part au service militaire le 25 novembre 1913, il est caporal au 160e régiment d’infanterie quand il est porté disparu au soir du 8 juillet 1916, à Hardecourt-aux-Bois.

Voici le récit que fait l’historique du 160e RI de cette journée du 8 juillet.

Le 8 juillet, le régiment doit enlever le village de Hardecourt. La pluie tombe toujours et nos hommes continuent à se débattre péniblement dans la boue gluante. Les fusils peuvent à peine servir dans leur manchon glaiseux.
A 9 heures et demie on se décolle et on se rue en avant. Il faut souvent arracher ses jambes du sol perfide. Mais avec une admirable énergie, le bataillon Beurier (3e) atteint la lisière sud du village. Le bataillon Schilizzi (2e) est pris, dès le départ, sous le feu des mitrailleuses du bois Sabot. En dépit des pertes, la 8e compagnie, commandée par l’adjudant Agnus, et la compagnie Boucher (7e) continuent la progression, bousculant et capturant des groupes ennemis, en forçant d’autres à la retraite. L’infanterie ennemie n’attend pas longtemps pour réagir; elle contre-attaque notre ligne la plus avancée, tenue par la compagnie Piot (10e). Un corps à corps d’une extrême violence s’engage ; au bout de quelques instants, il est impossible de se servir de ses armes engluées ; des deux côtés on se battra à coups de crosse et à coups de pelle. L’ennemi, très supérieur en nombre, nous fait céder un peu de terrain, mais tout à coup tombe sous les feux des mitrailleuses de la compagnie Féron (C. M. 2) ; il se disperse et reflue vers ses lignes de départ.
Néanmoins, le bombardement ennemi devient intense et les mitrailleuses du bois Sabot sont toujours aux aguets. La prudence recommande d’attendre la nuit pour continuer l’avance. Toute la nuit nos unités manœuvrent avec sang-froid et habileté, s’installent judicieusement. Le bataillon Schilizzi, notamment, atteint son objectif et l’organise sans perdre un homme. Le régiment a donc accompli de bout en bout sa mission avec un allant merveilleux ; cette bataille, ou chaque pas, chaque mouvement était un effort, donne à la victoire un caractère plus glorieux encore.

Selon sa fiche de Mort pour la France trouvée sur Mémoire des Hommes, c’est le 8 septembre 1921 que son décès est officialisé par le tribunal de la Seine.

Son acte de décès, transcrit le 6 octobre 1921 dans les registres du 9e arrondissement de Paris, n’apporte aucune précision sur le sort de sa mère, puisqu’il y est dit “fils légitime de Aimé Jules Petit et de Eugénie Léonie Virginie Laventurier, célibataire.” (22)

Qu’est il arrivé à Eugénie Léonie ? Comment cette vie tourmentée et tragique s’est elle terminée? Pour l’instant, cela reste une énigme pour moi. A t’elle eu une fille dans des conditions moins dramatiques, une fille à qui elle aurait transmis cette infime fibre d’Adn appartenant à l’haplogroupe H5a2?

Pour l’instant, Eugénie Léonie Virginie Laventurier, porteuse en théorie de l’ADN mitochondrial H5a2, tout comme moi, a disparu de mon radar généalogique.
Clémence Eugénie Virginie Laventurier

Nous avions laissé la dernière des trois filles de Marie Louise Parault, Clémence Eugénie Virginie, habitant en 1901 avec sa soeur et son neveu à Parthenay.

Je la retrouve le 26 mai 1917, lors de son mariage à Paris, dans le 13ème arrondissement, avec Jean Assariotis, citoyen de nationalité grecque, né en Crète, tailleur d’habits, âgé de 26 ans, alors qu’elle en a elle-même 40. Elle est couturière, et vit comme son nouvel époux rue René Panhard dans le 13ème. Rien dans son acte de mariage ne fait référence à une soeur présente ou vivante. (23)

En juin 1947 Jean Assariotis obtient la nationalité française.

Le 26 février 1965, Clémence Eugénie Virginie Laventurier décède au 47 boulevard de l’Hopital, dans le 13è arrondissement, donc probablement à l’hôpital de la Salpétrière. Elle a 88 ans, et n’a jamais eu apparemment d’enfant. (24)

C’est avec elle que se tourne la page de l’histoire des soeurs Laventurier, aux destins difficiles. Evoquer leurs vies ne m’a pas été facile, mais elles méritaient toutes les trois qu’on se souvienne d’elles le temps de la lecture de ce billet un peu long.

 

Sources et liens
  1. AD79 – Mariages Pompaire 1836-1872 – vue 122/151
  2. AD79 – Naissances Pompaire 1836-1872 – acte 9 vue 135/169
  3. AD79 – Naissances Pompaire 1836-1872 – acte 8 vue 150/169
  4. AD79 – Naissances Parthenay 1873-1878 – acte 9 vue 153/221son d
  5. AD79 – Mariages Parthenay 1882-1890 – acte 43 vue 110/228
  6. AD79 – Naissances Parthenay 1884-1888 – acte 20 vue 185/233
  7. AD79 – Décès Parthenay 1883-1890 – acte 112 vue 216/310
  8. AD79 – Table des successions et absences Parthenay 1885-1897 – vue 107/189 ligne 65
  9. AD79 – Mariages Parthenay 1882-1890 – acte 12 vue 185/228
  10. AD79 – Mariages Parthenay 1882-1890 – acte 29 vue 215/228
  11. AD79 – Recensement Parthenay 1891 – vue 195/209
  12. AD79 – Naissances Parthenay 1889-1893 – acte 95 vue 199/216
  13. AD86 – Registre Matricule Chatellerault 1880 – matricule 551 – vue 51/457
  14. AD79 – Décès Parthenay 1898-1903 – acte 127 vue 75/239
  15. AD79 – Table des successions et absences Parthenay 1898-1914 – vue 140/198
  16. AD79 – Recensement Parthenay 1901 – vue 32/219
  17. AM Paris – Naissances 1901 14è arrondissement acte 8576
  18. AM Paris – Enfants assistés de la Seine – Dossier 152975
  19. AM Paris – Naissances 1903 14è arrondissement
  20. AM Paris – Enfants assistés de la Seine – Dossier 158328
  21. AM Paris – Registres matricules 1913  Seine 6e bureau – cote D4R1 – Fiche matricule 818
  22. AM Paris – Décès 1921 9e arrondissement – acte 1357
  23. AM Paris – Mariages 1917 13e arrondissement – acte 458
  24. AM Paris – Décès 1965 13e arrondissement – acte 856

 

 

Print Friendly, PDF & Email

2 commentaires sur “Les filles d’Helena – 4 – Les soeurs Laventurier

    1. oui oui, à cause de l’haplogroupe, et vous avez raison, il faut que j’ajoute les liens vers les autres articles , suis je bête 🙂 Je fais ca de suite, ca sera plus clair pour tout le monde.
      Merci pour votre commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.