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Aucun thème précis pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, juste une promenade à la rencontre de personnes ou d’anecdotes rencontrées au cours de mes recherches


Vous souvenez vous de Mathurin de Lafontaine, cet apothicaire du 17ème siècle dont j’ai cherché dans l’article A comme Apothicaire à connaitre la famille de l’épouse ? Faisons connaissance plus avant avec lui.

Voici sous la forme d’une carte mentale les principaux événements et périodes de sa vie tels que je les ai reconstitués.

Mathurin nait dans les années 1590-1595 en un lieu non connu. Son patronyme de naissance est Cocu, ou Coucou. Le nom de ses parents, l’existence d’une fratrie, ces éléments sont également inconnus. Quand et comment change t’il officiellement de nom, cela aussi est inconnu. Dans tous les documents concernant son métier d’apothicaire, on parle toujours de lui comme Mathurin de Lafontaine.

Pour devenir apothicaire, Mathurin doit se plier à une ordonnance royale qui régit le métier d’épicier-apothicaire datant de mai 1520, sous le règne de Charles VIII. Il y est stipulé que ceux qui se destinent à entrer dans cette profession devront faire un apprentissage de quatre années révolues, après lesquels ils seront examinés et feront un chef-d’œuvre. De plus, il doit connaître la grammaire et le latin.

Le 18 décembre 1621, à Paris, Mathurin de Lafontaine est immatriculé comme apprenti auprès de Mathurin de Moucheny qui tient boutique rue comtesse d’Artois, à proximité de la Pointe Saint Eustache.

Comme apprenti apothicaire, Mathurin de Lafontaine vit au domicile de son maitre d’apprentissage et côtoit l’épouse de son maître, Anne de Verton, et les enfants du couple, parmi lesquels Geneviève, Anne, Françoise et Louis de Moucheny. Il dort probablement sur une paillasse dans un coin de la boutique d’apothicairerie. Et il apprend et travaille, car l’examen qui l’attend est particulièrement sérieux et rigoureux.

Sans doute Mathurin a t’il eu déjà un maitre d’apprentissage précédent, puisqu’il se présente aux examens de la maitrise à l’automne 1623, deux ans seulement après son immatriculation dans le registre de l’école d’apothicaires de Paris.

Il passe tout d’abord un premer examen oral, devant les six gardes de sa corporation, trois gardes apothicaires et trois gardes épiciers, les deux docteurs en médecin délégués par la faculté et six autres maitres jurés apothicaires. Un jury composé de douze personnes, ce n’est pas rien. L’examen porte sur l’acte pharmaceutique et se déroule au petit cloitre Saint Opportune.

A partir du plan de Mathaeux Merian – 1616

Le second examen, appelé l’acte des herbes, est passé devant le même jury. Il s’agit de reconnaitre des herbes médicinales et d’expliquer leurs propriétés, et l’examen a lieu au Jardin des apothicaires, rue de l’Arbalète, sur la rive sud de la Seine. C’est là que se trouve aujourd’hui la Faculté de Pharmacie.

Il faut enfin confectionner un chef-d’oeuvre de cinq compositions, avec démonstration des drogues entrant dans chacune des compositions.

Le 20 octobre 1623, Mathurin de Lafontaine est reçu à la maitrise d’apothicairerie – et accessoirement à celle d’épicerie. Il va maintenant déposer sa marque imprimée en plomb aux maitres de la confrérie qui la gardent, avec toutes les marques des apothicaires, dans le coffre de la confrérie et prêter serment.

Mathurin doit encore quelques années de travail à son maitre d’apprentissage.

Il s’installe néanmoins avant 1634, puisque le 12 novembre 1634, il est immatriculé comme maitre d’apprentissage pour Marc de Lislefont.

En 1637, il possède et habite la maison dans laquelle il tiendra boutique sa vie durant, rue Saint Honoré, paroisse Saint Eustache, une maison pour laquelle il s’acquitte d’une taxe des boues de 9 livres tournois. Il est indiqué dans le registre des boues qu’il s’agit d’une “maison où pend pour enseigne La Souche appartenant à monsieur de Lafontaine apothicaire occupée par luy consistant en deux corps de logis boutique et cour au milieu, taxée à neuf livres”.

En septembre 1641, il est parrain de la petite Marguerite , fille de Laurent de la Hyre, peintre du roy.

Atelierdelahyre.jpg
Atelier du peintre par Entourage de Laurent de La Hyre —

Il est indiqué que Mathurin de Lafontaine est l’apothicaire de monsieur de Longeville, que je n’ai pas pu encore identifier.

Le 14 novembre 1641, il assiste à une réunion concernant la tutelle des orphelins Pierre et Françios de Moucheny, en tant que cousin germain. En fait, il est l’époux de Geneviève de Moucheny, cousine germaine des jeunes garçons, ce qui implique qu’il a donc épousé la jeune femme auparavant. Il a alors plus de 40 ans, probablement autour de 45 ans.

Au cours des années 1649-1650-1651, il assure la fonction de garde apothicaire. Les gardes apothicaires ont été instaurés par Charles le Bel en 1322, quand il a été fait obligation aux épiciers-apothicaires de se servir de poids et balances. La fonction première des gardes apothicaires est d’assurer le contrôle des balances utilisées chez les membres de leur corporation, mais aussi chez les autres marchands de Paris. Vient ensuite la visite d’inspection qui est faite deux fois par an dans chaque officine , par un groupe constitué de médecins et de gardes apothicaires. Les gardes apothicaires veillent aussi à mettre en place des règlements s’appliquant à leur profession, et à les faire appliquer. Et ils font également partie du jury qui fait passer les examens de maîtrise aux nouveaux venus de la profession.

C’est donc une fonction de premier plan qu’occupe Mathurin de Lafontaine pendant ces trois années, fonction qui explique pourquoi son portrait fait partie des portraits présentés dans la salle des actes de la Faculté de pharmacie.

Le costume qu’il porte sur le tableau, et qui est assez semblable à celui porté par les autres apothicaires de l’époque sur leurs portraits, est d’une grande rigueur : robe sombre, grand col blanc très simple, calotte noire sur la tête, à l’image du sérieux de la profession.

Mathurin de Lafontaine et son épouse Geneviève de Moucheny ont trois enfants qui arrivent à l’âge adulte : Geneviève, l’ancêtre de mes enfants, Anne, qui épouse un apothicaire, Séverin Rousseau, et Marc. Seul Marc est encore mineur au moment du décès de son père, le 29 février 1668, dans sa maison de la rue Saint Honoré. Lors d’une réunion concernant la tutelle du jeune Marc, le 23 avril 1668, le tuteur de Marc, son beau frère Séverin Rousseau, prend conseil auprès de Claude Goret, autre beau frère car époux de Geneviève Delafontaine. Les deux soeurs sont donc mariées avant le décès de leur père en 1668, et donc probablement nées entre 1641 et 1648. Marc lui est probablement né vers 1651.

Le jour de l’inhumation de Mathurin de Lafontaine, probablement le 1er mars 1668, six torches de cire jaune, aux armes de la confrérie, et payées par elle, accompagnent la cérémonie et le convoi, comme l’avait décidé l’assemblée les gardes de la Compagnie le 3 août 1629. Demeurant rue Saint-Honoré, paroissien de Saint-Eustache, il est très probable que le corps de Mathurin de Lafontaine est ensuite inhumé au cimetière des Saints-Innocents, le cimetière qui dessert tout le centre de Paris.

En 1780, ce cimetière fut vidé de ses corps et ossements, qui furent transférés dans les catacombes de Paris. C’est là désormais que doivent reposer les restes de Mathurin de Lafontaine, garde apothicaire à Paris sous Louis XIII, Sosa 11066 de mes enfants.

Aperçu généalogique
Branche Karcher
Nom: Mathurin de Lafontaine
Parents: inconnus
Epouse: Geneviève de Moucheny
Lien de parenté: Aïeul de mon mari à la 13ème génération
  1. Mathurin de Lafontaine
  2. Geneviève Delafontaine
  3. Mathurin Goret
  4. Anne-Angélique Goret
  5. Marie Thérèse Lebois Duclos et Catherine Lebois Duclos
  6. Thérèse Devienne et Marie Angélique Landes
  7. Françoise Berard et Denis Bonaventure Pelletier de Chambure
  8. Alexandre Pelletier de Chambure
  9. Louise Arnoldine Pelletier de Chambure
  10. Marie Jeanne Jung
  11. Daniel Karcher
  12. Christiane Karcher
  13. mon mari

Sources et liens

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