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Aucun thème précis pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, juste une promenade à la rencontre de personnes ou d’anecdotes rencontrées au cours de mes recherches


Vous souvenez vous d’Anne Crelot, dont je vous ai parlé abondamment il y a quelques jours? Peut être avez vous retenu le nom de son mari, Mathurin Goret, ingénieur hydraulique du roi.

Jusqu’à dernièrement, je n’en savais pas plus sur l’ascendance de Mathurin Goret. J’avais trouvé dans les enfants que je pensais être d’Anne et de Mathurin une Françoise Goret, épouse d’un certain François Bourdin, qui était présente lors du mariage d’Angélique Goret, fille d’Anne et de Mathurin. Sans plus de précision, je l’avais supposée être une sœur de la future épouse.

Et puis, comme je le fais régulièrement, j’ai vérifié sur Geneanet les nouvelles indexations du projet Familles Parisiennes en testant les quelques patronymes de parisiens que j’ai répertoriés. Et ce jour là, j’ai trouvé l’indexation du contrat de mariage entre Françoise Goret et François Bourdin.

Lors de ma visite suivante aux Archives Nationales, j’ai consulté le document, et découvert que Françoise Goret n’était pas la fille de Mathurin Goret, mais sa sœur, et que les parents de la future épouse étaient mentionnés dans le contrat. Françoise était la fille de Claude Goret, professeur de mathématiques et ingénieur du roi, et de Geneviève de Lafontaine, époux décédés. Et qui plus est, le contrat de mariage faisait référence à l’inventaire après décès de Geneviève de Lafontaine, la mère, survenu quelques mois plus tôt.

Un inventaire après décès, pour un généalogiste, c’est presque encore mieux qu’un contrat de mariage, puisqu’il permet à la fois de poser un regard indiscret sur les quelques possessions de notre ancêtre au jour de sa mort, et d’avoir connaissance des papiers de famille importants pour la succession.

C’est à partir de cet inventaire après décès, transcrit par Laurence Hervieu, que je vais brosser à grands traits la vie de Geneviève de Lafontaine, bourgeoise parisienne sous le règne de Louis XIII et Louis XIV.



C’est probablement dans les années 1620 que naît à Paris Geneviève de Lafontaine. Louis XIII, qui règne depuis quelques années, est alors en conflit avec sa mère, Marie de Médicis. La ville de Paris compte environ 400 000 habitants.

Son père, Mathurin de Lafontaine, est maitre apothicaire, du côté de la rue Saint-Honoré, où il habite en 1634 selon un acte notarié. Le 20 octobre 1623, il a été reçu à la maîtrise d’épicerie et à la maitrise d’apothicairerie. L’ascendance de Mathurin de Lafontaine reste pour l’instant inconnue, mais un portrait de lui a traversé les âges.

La mère de Geneviève est Geneviève de Moncheny – ou plutôt Moucheny mais c’est une autre histoire – , à qui je connais au moins trois frères et soeurs :

  • Anne de Moncheny, épouse de Simon Langlois, décède le 30 janvier 1657 à Paris, paroisse Saint-Jean-en-Grève
  • Louis de Moncheny, commis de Monsieur, frère du roi, décédé avant avril 1670
  • Françoise de Moncheny, épouse de Nicolas Chuppin, décédée le 27 mai 1662. Françoise de Moncheny est la mère des notaires parisiens Pierre Chuppin et Jean Chuppin, et la belle mère de Charles Sanfray par sa fille Geneviève Chuppin.

Geneviève de Moncheny appartient donc à une famille bourgeoise plutôt bien implantée dans le Paris de l’époque.

Mathurin de Lafontaine et son épouse ont au moins trois enfants qui vont parvenir à l’âge adulte : Geneviève, bien sûr, Anne, qui va épouser Severin Rousseau, lui aussi apothicaire, et Marc, apothicaire comme son père.

Geneviève de Lafontaine épouse Claude Goret probablement vers 1640-1645. La date est estimée à partir de la date calculée de naissance de leur fils Mathurin, vers 1646.

Claude est professeur de mathématiques et ingénieur du roi. Il semble être géographe et spécialisé dans les fortifications, puisqu’il publie en 1669 un ouvrage, réédité et complété en 1674.

Un autre de ses livres publié en 1668 est consultable à la bibliothèque du SHD.

Même si Vauban appartient en théorie à la génération suivante des ingénieurs militaires, il devient responsable des fortifications dès 1655, et il est donc probable que Claude Goret, l’époux de Geneviève de Lafontaine, a croisé Vauban, et qu’il a probablement travaillé avec lui.

Le couple vit à Paris, comme l’indique la couverture d’un des ouvrages publiés par Claude Goret, et qui indique son adresse précise

L’Autheur ruë de Grenelle prés S. Honoré devant la ruë des deux Escus

Collection privée de Jean-Marie Balliet

Le couple va avoir deux enfants qui vont lui survivre, et sont co-héritiers pour moitié chacun des biens de leur mère, survivante à son mari :

  • Mathurin Goret, qui comme son père va être ingénieur du roi, maitre mathématicien, et qui en 1702 est enseignant à l’Ecole de Marine de Toulon.
  • Françoise, présente lors de l’inventaire après décès de sa mère.

Geneviève de Lafontaine décède le 14 avril 1702, dans une maison de la rue Saint-Sauveur à Paris, appartenant au sieur Forcadel, et qui est en fait le domicile de sa fille Françoise, fille majeure jouissant de ses droits, et encore célibataire au moment du décès de sa mère.

L’inventaire après décès est effectué à partir du samedi 20 mai 1702, par Antoine de la Fosse, notaire au Chatelet. Mathurin, le fils ainé, est représenté par Charles Delacour, conseiller du roi, alors que son épouse Anne Crelot habite toujours Paris. Mais les époux sont séparés de biens depuis longtemps et il semble que Mathurin a préféré donner procuration à une personne n’appartenant pas à sa famille.

Genevièvè est venue s’installer chez sa fille le 1er avril 1700 et lui verse une pension de 150 livres par an, qu’elle paie trimestriellement. Les quittances des versements sont inventoriées. Il est probable que Geneviève est venue s’installer chez sa fille après le décès de Claude Goret, son mari.

Elle n’a apporté que peu de choses avec elle, qui se trouvent dans une chambre au premier étage donnant sur la rue Saint-Sauveur : quelques ustensiles en cuivre – chaufferette, fontaine à eau -, de la literie et un peu de linge de maison, une armoire, une commode, deux chaises, qui meublent la chambre qu’elle occupe, et quelques tableaux représentant des scènes de piété et des ports de mer.

Ses vêtements ne sont pas de première jeunesse – on ne change pas de garde-robe chaque année – mais semblent avoir été de qualité : jupon de soie d’or, manteau de brocard, corsets couverts de soie, manchon de queues de martre.

C’est comme souvent la liste des papiers inventoriés qui est la plus intéressante.

On y lit que dans le contrat de mariage entre leur fils Mathurin Goret et Anne Crelot, daté du 22 avril 1675, Claude Goret et Geneviève de Lafontaine ont convenu de loger et nourrir leur vie durant le jeune couple et leurs enfants à venir, sans pouvoir leur demander de pension. Quand ils n’ont plus fait face à leurs obligations – sans qu’on en connaisse la raison – Claude et Geneviève ont cédé au jeune couple une somme de 1058 livres provenant d’un héritage à recevoir par Geneviève sur la succession de son père dans un procès qu’il avait à son décès avec la princesse de Carignan, et qu’il a gagné semble t’il en 1657. La formulation de l’inventaire est compliquée, et il n’est pas évident de savoir si l’argent a été versé …

A son décès, Geneviève de Lafontaine est propriétaire de la moitié d’une maison située rue Comtesse d’Artois, à Paris, attenant l’hostellerie du Paon, ayant pour enseigne l’image Saint Eustache. La maison est louée à un certain Charles Cruchet, boulanger à Paris, pour 800 livres de loyer par an. Geneviève détenait cette maison en indivision avec Louis La Mouche et Marie Margueritte Legay, veuve de Mathieu de Courcelle, qui en détenaient un quart chacun. L’inventaire ne dit pas quelle est la relation entre ces trois personnes. L’actuel emplacement de la rue Comtesse d’Artois est une partie de la rue Montorgueil, à proximité de l’église Saint Eustache.

Il y a quelques mois, je ne connaissais pas les beaux-parents d’Anne Crelot, une ancêtre de mes enfants sur laquelle je travaille depuis des années. Et là, en trouvant l’inventaire après décès de Geneviève de Lafontaine, la belle-mère d’Anne – j’ai remonté deux générations supplémentaires dans l’arbre de mes enfants, et j’ai encore un peu plus élargi le réseau de relations et alliances de cette branche parisienne au 17è et 18è siècle.

Et pour la petite histoire, il n’y a apparemment pas de lien de parenté entre Mathurin de la Fontaine, l’apothicaire parisien, et Jean de la Fontaine, le célèbre fabuliste. On ne peut pas tout avoir …

Sources et liens

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9 commentaires


  1. Une recherche passionnante, qui montre une fois de plus que les actes notariés sont une mine d’informations et que les sources permettant de mieux connaitre nos ancêtres sont multiples (une adresse exacte, un portrait !). Bravo et bonne continuation

    1. Author

      Merci
      Et oui les actes notariés sont une ressource incontournable dans nos recherches, meme s’il est long et compliqué de les trouver. Mais quel plaisir à chaque nouvelle découverte
      Brigitte

  2. Un acte et tout s’éclaire ! L’histoire de cette famille parisienne est passionnante ! En tout cas, c’est une chance de retrouver autant d’information pour le 17e siècle (dont un portrait de Mathurin Lafontaine!)

    1. Author

      des portraits, j’en ai deux de plus 🙂 je reparlerai de tout ça en 2020, mais cette recherche est passionnante. Merci pour le commentaire et merci de ta fidélité

  3. Voici un article qui me rappelle certains échanges sur Twitter… Quelle patience il faut pour remonter une généalogie parisienne !

    1. Author

      et quel plaisir quand on découvre une génération de plus 🙂
      Merci de la fidélité

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