S comme Sépulture


Durant tout le mois de juin 2017, dans le cadre du Challenge AZ, je vous raconte la vie des ancêtres de mon arrière-grand-père Jean Joseph Billard.


Tout au bout d’une des lignées ascendantes de Marie Thérézine Moustelon se trouve Thomas Mirabel, mon aïeul à la 12e génération. 

Mirabel est un patronyme qui fleure bon le sud de la France. Et c’est plus plaisant à mon oreille que Bellevue, un patronyme ou un toponyme qui a exactement la même signification : belle vue.

J’ai à ce stade de mes recherches cinq Mirabel dans ma lignée paternelle, tous ayant vécu avant 1750, tous dans l’ascendance de Pierre André Moustelon, tous vivants à Roquebrun aux 17e et 18e siècles.

Arbre généalogique de Pierre André Moustelon indiquant ses ancêtres Mirabel

Je sais encore peu de choses sur Thomas Mirabel, que je viens récemment de raccrocher à la chaîne sans fin de mes ancêtres. Mais le peu que j’ai trouvé sur lui dans les registres pour l’instant m’a laissée perplexe.

Il semble que son acte de sépulture se trouve dans les registres de Roquebrun 1651-1678. Le registre numérisé est un peu abîmé, mais dans l’arbre de ma lointainte cousine Lysiane Sabatier, qui a fait un très gros travail à partir des registres conservés à la mairie de Roquebrun, l’acte en question concerne bien la sépulture d’un certain Thomas Mirabel. Et comme les Thomas Mirabel ne sont pas légion dans le petit village de Roquebrun avant 1700, il est hautement probable qu’il s’agisse bien de l’acte de sépulture de mon aïeul.

Capture d'écran de l'image 128/150 du registre BMS Roquebrun 1651-1678 aux archives de l'Hérault
BMS Roquebrun 1651-1678 – vue 128/150
L’an mil six cent septante six et le dix huitieme jour du mois de fevrier _
[_s] Mirabel aagé de soixante ans ou environ ayant esté confessé communié et
extreme onction le jour d’auparavant par nous soussissigné Baillot prestre
[de] Roquebrun et le dix neufiesme a este enterré sans l’assistance d’aucun prestre
au cimetiere de St andré Interdit Enregistré par moy Baillot prestre
[_] Allibert fils pierre Noguier et Pierre Cot

Cet acte de quelques lignes me laisse perplexe. Apparemment l’enterrement s’est passé sans que le prêtre soit présent, mais avec trois témoins représentatifs de la communauté. Les patronymes de deux d’entre eux, Noguier et Cot, font d’ailleurs partie de mon ascendance à Roquebrun au début du 18e siècle, sans que je sache pour l’instant s’ils me sont apparentés ou non, et surtout sans que je sache s’il y a un lien autre que social entre les quatre hommes.

Dans un premier temps, je me suis demandé si Thomas était peut-être protestant. Après tout, à quelques kilomètres plus au nord, dans les causses, la religion réformée est très présente, et Thomas Mirabel pourrait venir des montagnes. Le patronyme Mirabel est très présent en Ardèche, dans la Drôme, alors pourquoi pas ?

Mais cette hypothèse ne tient pas longtemps la route : messire Baillot, le prêtre de Roquebrun, précise que Thomas Mirabel a été entendu en confession, qu’il a communié et reçu l’extrême onction le 18 février 1676. La révocation de l’édit de Nantes n’intervient que plus tard, en 1685, et les dragonnades ne commencent dans le Languedoc que vers 1682. Si Thomas est protestant, sa vie quotidienne pourrait être un peu compliquée, mais resterait possible. Rien ne l’obligerait donc à recourir aux rites catholiques pour se mettre en paix avec son créateur. Donc Thomas Mirabel n’est apparemment pas protestant.

Alors pourquoi le prêtre, messire Baillot, qui lui a prodigué les derniers sacrements, n’accompagne t’il pas le convoi ? Et pourquoi ce mot “Interdit” juste derrière le nom du cimetière ?

Et si c’était le cimetière de Saint André qui était interdit ?

C’est en tout cas ce qu’il faut comprendre quand on lit les actes de la page suivante sur le registre.

Capture d'écran de la vue 128/150 du registre BMS de Roquebrun aux archives de l'Hérault
BMS Roquebrun 1651-1678 – vue 128/150

L’acte qui suit celui correspondant à la sépulture de Thomas Mirabel est l’acte de sépulture d’une petite fille de 4 ans, Marie Tastavin, inhumée le 28 février 1676, elle aussi au cimetière de Saint André par permission obtenue de monseigneur de Biscaras, évêque de Béziers, qui a demandé la suspension jusqu’à Paques des inhumations dans le cimetière de Saint André, dans un premier temps, avec si je comprends bien ce qui est écrit une interdiction définitive.

Et pour que les choses soient claires en haut de la page, le bailli de Roquebrun, messire Villebrun – aussi un nom que je rencontre souvent dans mon arbre – a écrit la mention “interdit le cimetière de st andré”.

Au moins, j’ai un début de réponse, Thomas Mirabel n’a pas eu de prêtre accompagnant son convoi, parce qu’il a été inhumé dans un cimetière où les inhumations étaient suspendues. Ce n’est donc pas lié à sa personne, mais au lieu.

Bien sûr, la question suivante, c’est pourquoi donc a t’on interdit les inhumations dans ce cimetière ? 

En remontant les actes du registre dans le temps, j’ai constaté que le dernier enterrement dans le cimetière Saint-André avec la présence d’un prêtre date de février 1675. Le premier acte de sépulture qui mentionne une interdiction est daté du 17 avril 1675, quand Simon Lignon, petit bonhomme de 4 ans, fils de Pierre Lignon et Jeanne Michelle/Miquel est porté en terre au “cimetière de st andré quoy qu’interdit à béziers _ apvril 1675”, sans plus d’explication. J’ai eu beau feuilleté le registre, je ne trouve rien qui explique cette interdiction.

Le cimetière est interdit, certes, mais les inhumations s’y poursuivent, toujours sans l’assistance d’un prêtre, et à chaque acte, messire Baillot rappelle que le cimetière est interdit. Certaines familles font enterrer leurs morts ailleurs, dans les cimetières des paroisses proches, mais la plupart des inhumations ont lieu dans le cimetière Saint André jusqu’au 9 mars 1677, soit plus d’un an après.

Ce jour là, le 9 mars 1677, François Sabatier, un bébé de quatre mois, est enterré dans le tout nouveau cimetière de Saint Jean, à Roquebrun.

Capture d'écran de la vue 137/150 du registre des BMS Roquebrun aux archives de l'Hérault
BMS Roquebrun 1651-1678 vue 137/150
L’an mil six cent septante sept et le neuvieme jour du mois de mars est décédé
François Sabatier aagé de quatre mois, fils d’Henry Sabatier tisseran et de anne
Cavvalier mariés et le dixieme a esté enterré dans le cimetiere de St Jean
proche des murs de Roquebrun beny par nous le 3 mars de la présente année 1677
par commission de monseigneur Jean armand de Biscaras evesque de Beziers
presents messire andré Palhoz prieur de Roqueboun, Pierre Cavvatier prieur
de St Nazaire Antoine __ nostre secondaire maitre andre Moustalon et Jean
Cot consuls _ _ _ accompagnés de toute la paroisse qui
ont assisté processionnellement à la dite ceremonie que nous avions fait avec les
cérémonies prescrites par l’Eglise
===
C’est le premier mort qui a été enterré dans le cimetierre
de Saint Jean auparavant, on portait tous les morts au 
cimetière de Saint André 1677 9 mars François Sabatier âgé de 4 mois

Les registres ne précisent pas pourquoi il a fallu changer de cimetière, ni surtout pourquoi le cimetière a été interdit pendant quasiment deux ans avant qu’on consacre à nouveau un terrain aux morts de la paroisse, alors même que le prêtre a indiqué dans le registre, à la fin de 1675 que les paroissiens ont acheté la piece où l’on a fait le nouveau cimetière.

Aperçu généalogique
Branche Billard
Nom: Thomas Mirabel
Parents: inconnus
Epouse: Catherine Aribat
Lien de parenté: mon aïeul paternel à la 12e génération
  1. Thomas Mirabel
  2. Elisabeth Mirabel
  3. François Pastre
  4. Marie Anne Pastre
  5. Marie Anne Cambon
  6. Pierre André Moustelon
  7. Paul Moustelon
  8. Marie Thérézine Moustelon
  9. Jean Joseph Billard
  10. Gaston Billard
  11. Gaston Billard
  12. moi
Sources, liens et remerciements

 

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2 commentaires sur “S comme Sépulture

  1. Le motif d’interdiction le plus souvent rencontré est l’absence ou la dégradation de la cloture qui doit entourer le cimetière et le risque que les animaux (essentiellement les porcs) ne fouillent les sépultures… Mais cela ne dure que peu de temps, les habitants se débrouillant pour trouver les fonds pour faire les travaux.

    Le motif d’interdiction doit être tout autre puisque la communauté a dû acheter un autre emplacement. La communauté n’était peut être pas propriétaire du lieu où se trouvait l’ancien cimetière et son véritable propriétaire avait peut être demandé, faute d’accord, à l’évêque l’interdit du cimetière.

    Il aurait pu s’agir d’un sacrilège commis dans le cimetière mais une belle cérémonie d’expiation aurait suffi pour redonner son caractère sacré à cet emplacement…

    Les archives de l’évêché peuvent avoir gardé les traces de cet interdit que sa durée, le transfèrement du cimetière, rendent bien particulier.

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire

      J’espère encore trouver une mention dans le registre, à dafaut de pouvoir prochainement aller aux archives de l’éveché

      L’idée du cimetière qui n’appartient pas à la paroisse me plait bien, il faudrait que je vérifie avec le compoix de 1658, je n’y avais pas pensé

      Encore merci
      Brigitte

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