S comme Scandale


Le 11 novembre 1790, devant François Charles Chevreuil, prêtre, docteur en théologie, se présentent Denis Bonaventure Pelletier de Chambure et Françoise Bérard. Ils sont venus demander une dispense du 3 au 3 pour se marier.

Dispense de consanguinité du 3 au 3 - AN Z1o-184B - 1789-1790 - Mis en ligne sur Geneanet
Dispense de consanguinité du 3 au 3 – AN Z1o-184B – 1789-1790 – Mis en ligne sur Geneanet
sont comparus Denis Bonaventure Pelletier de Chambure garçon majeur agé de vingt huit ans, bourgeois de Paris y demeurant rüe des Vieux augustins paroisse St Eustache Et françoise henriette Therese Berard bourgeoise de Paris fille majeure agée de trente un ans, demeurante rüe du petit Lyon paroisse St Sauveur

Dans l’ascendance de mes enfants, ce couple porte les numéros Sosa 172 et 173.

On commence par interroger le futur époux, qui décline son identité, puis expose le résumé de son arbre généalogique.

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Voici ma version, à jour des informations que je connais, de l’arbre ci dessus

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Dans un premier temps, j’avoue qu’avoir trouvé cette dispense me ravit, puisqu’elle confirme des informations que j’avais peu à peu grapillées, au fil des actes notariés parisiens. Aucune des nombreuses généalogies des Pelletier de Chambure sur la toile ou sur papier n’avait reconstitué cet implexe. Accordez moi ces quelques secondes d’autocongratulation, et passons à la suite.

En 1790, quand Denis et Françoise demandent une dispense pour se marier, parce qu’ils sont cousins issus de germains, leurs deux grands mères, les soeurs Marie Thérèse et Catherine Lebois Duclos, sont semble t’il  vivantes, ou du moins Marie Thérèse l’est avec certitude, puisque j’ai retrouvé son inventaire après décès qui précise la date de sa mort. Les mères des futurs époux, cousines germaines, sont également encore en vie, et habitent peut être même à Paris. On s’attend donc bien sûr à ce que les grands mères et les mères soient présentes pour témoigner de cette consanguinité – et donner leur aval au mariage à venir ….

Pourtant, ce sont quatre individus étrangers à la famille qui viennent témoigner : Louis Claude Gourdin, bourgeois de Paris, peut être doreur à l’or fin; Vincent Vignerelle, peintre, aussi doreur; Jean Godard, aussi peintre ; et enfin Hubert Jacquemain, perruquier …..

Les métiers de ces témoins m’interpellent également. En effet, Françoise Bérard est fille de chirurgien, son frère est avocat, quant à Denis Bonaventure, on est avocat au Parlement depuis quatre ou cinq générations dans sa famille. D’où sortent ces artistes amis du couple, et qui n’ont aucune relation avec la famille des époux ? Même les paroisses de résidence des différents témoins sont différentes des paroisses dans lesquels vivent les époux. De quoi donc peuvent ils témoigner ?

Dans l’acte de dispense, très détaillé, est indiquée la raison pour laquelle les futurs époux souhaitent que le mariage ait lieu.

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Enquis quelles raisons les obligent a contracter  mariage ensemble a répondu qu’ils se sont promis la foi de mariage et qu’ils se recherchent et fréquentent dans cette vue depuis plusieurs mois; poit que la comparante est enceinte des oeuvres de lui comparant, en sorte que si leur mariage n avoit pas lieu, elle seroit deshonorée, que d’ailleurs il en resulteroit du scandale

Déshonneur, scandale, il faut frapper fort pour avoir cette dispense …. Il est clair que Françoise est enceinte, et visiblement enceinte ce 11 novembre 1790, puisque leur premier fils, Alexandre Louis Claude Pelletier de Chambure, est baptisé à Saint Eustache le 20 janvier 1791, un mois après le mariage de ses parents, celebré le 20 novembre 1790. Mais scandale familial, j’en doute, ou alors Angélique, la mère du futur époux, a la mémoire courte, elle qui a épousé le père de son premier né quand il avait déjà 10 mois ….

Cette dispense, trouvée grâce à l’indexation reprise sur Geneanet des dispenses de l’officialité de Paris, ne m’a pas appris grand chose en terme de généalogie pure. En revanche, elle m’a rendue très curieuse sur le milieu dans lequel évoluaient les jeunes gens et leurs relations avec leurs parents. Il faut que je mette la main sur le contrat de mariage maintenant …. Oui, je n’aurai jamais fini …

[Denis Bonaventure Pelletier de Chambure – Sosa 172]
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3 commentaires sur “S comme Scandale

  1. Ah ah ! tous pareils finalement ! J’aime bien ces histoires qui nous rendent nos ancêtres plus humains.
    Petite remarque à propos de la transcription : je me demande s’il ne faut pas plutôt lire “joint” au lieu de “poit” ?

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