M comme Marâtre

Temps de lecture: 5 minutes

Pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, je vous emmène à la rencontre de 26 des ancêtres féminines de mes enfants, à travers l’Europe et à travers les siècles, au gré de mes envies.


C’est l’histoire d’une illusion et d’une déception.

C’est l’histoire de la confrontation entre les sources et les informations trouvées sur internet.

C’est l’histoire de la recherche que j’ai faite sur Susanna de Molijn, une habitante des Provinces Unies, née à Londres en 1597, dont j’ai cru pendant quelques courtes semaines qu’elle était l’ancêtre de mes enfants.


Tout a commencé avec la recherche de la famille Patijn, les ancêtres hollandais de mes enfants.

Sur Geneanet, j’avais trouvé un arbre plutôt complet, établi par un utilisateur néerlandais. Je l’avais contacté, et il m’avait gentiment donné des liens vers les publications en ligne des premiers numéros de Nederlands Patriciaat, où était indiquée la généalogie des Patijn.

Au-delà des Patijn, il y avait également des informations sur certaines branches féminines, que j’avais alors également reportées dans mon arbre, pour les vérifier un jour, plus tard, quand j’en aurais l’occasion.

Ne me jetez pas la pierre, quand on travaille sur des généalogies hors de France, sans accès facile aux registres et avec la barrière de la langue, tout élément est un indice, même si parfois il s’avère faux. Et tout ce que je n’ai pas sourcé avec un acte dans mon logiciel n’est pour moi qu’un indice, qu’une hypothèse.

C’est ainsi j’avais saisi que la grand mère de Dorothea van der Schalke, habitante de Haarlem, était une certaine Susanna de Molijn, baptisée en 1597 à Londres. Habituellement, je n’aurais pas retenu cette information, mais Londres pour une ancêtre hollandaise c’était un peu bizarre …. et mon cerveau a conservé cette information.

Début septembre 2019, à l’occasion d’un sejour généalogique à Amsterdam et Haarlem, j’ai profité de mon passage pour aller visiter le musée Frank Hals d’Haarlem. Frank Hals est un peintre de l’âge d’or hollandais, et ses portraits sont remarquables. Une des salles de ce musée, particulièrement plaisant, proposait un graphique indiquant les liens entre les peintres de l’âge d’or hollandais. Et là, sur ce graphique, se trouvait le nom d’un certain Pieter de Moljin, né à Londres en 1595 …..

What ???

Un peu plus loin, un des tableaux de Frank Hals mettait en scène la garde de la ville et parmi les hommes représentés se trouvait un certain Hendrick van der Schalke.

What again ?????

Mon M était trouvé, M comme Moljin, il allait falloir juste que j’en sache un peu plus.

Susan et Pieter de Molijn sont bien frère et soeur, a priori sans autre fratrie. Leurs parents Pieter de Molijn, originaire de Gand, et Lynken van den Bossche, originaire de Bruxelles, se sont mariés à Londres, dans l’église réformée hollandaise Austin Friars, le 23 juin 1594. Lynken était veuve d’un certain Anthonis van der Meulen, avec lequel elle avait eu un enfant.

Comme nombre de Hollandais ayant fui les persécutions espagnoles dans les Flandres, les parents de Pieter et Susan appartenaient à la religion réformée, et travaillaient dans le commerce du textile.

Deux enfants naissent à Londres, et sont baptisés dans l’église hollandaise réformée. Pieter, le 5 avril 1595, puis Susanna, le 4 septembre 1597.

On retrouve facilement des informations sur Pieter de Molijn, le fils, le peintre, qui s’est fait un nom de son vivant.

Pieter quitte Londres vers 1615-1616 et entre à la Guilde de Saint Luc de Haarlem en 1616. Des guildes de Saint-Luc, patron des peintres, il y en a dans les villes européennes depuis le XIVe siècle. Ce sont des confréries d’artistes, particulièrement de peintres et graveurs. Frans Hals est membre de celle d’Haarlem depuis 1610. Quand Pieter arrive à Haarlem en 1616, il a environ 20 ans et va donc probablement perfectionner son art avec les plus grands peintres de l’époque. En 1618, il part même à Rome jusqu’à 1621 environ, date à laquelle il revient se fixer définitivement à Haarlem.

Le 26 mai 1624, il épouse à Haarlem Mayken Geraerts, avec laquelle il va avoir plusieurs enfants, dont Anthony de Molijn ( 1635-1702) et Pieter de Molijn le jeune (1637-1701), peintres tous les deux.

Pieter Molijn and Jan van Goyen 'Landscape with Cottage and Figures'

Il meurt le 23 mars 1661 à Haarlem et il est inhumé dans la Groote Kerk.

Malheureusement, ces éléments biographiques ne nous donnent pas beaucoup d’informations sur Susanna, ou sur leurs parents. Que ce soit dans l’acte de mariage de Pieter ou dans les actes de baptêmes de ses enfants, il n’est fait mention ni des parents de Pieter, ni de Susanna. Sont-ils restés à Londres quand Pieter est parti pour Haarlem ? Les parents sont ils morts à Londres ? Les registres de sépultures de la Dutch Reformed Church d’Austin Friars ne répertorient les actes qu’à partir de 1670 …

La piste du frère ne me permettant plus d’avancer, je reprends les informations que j’ai déjà vérifiées sur l’ascendance de la famille Patijn – à partir de Nederlands Patriciaat 1918 – et je les compare avec ce que je trouve sur Geneanet.

Nederlands Patriciaat Annee 1918

Dorothea van der Schalke épouse le 8 janvier 1674 à Haarlem Andries Patijn.

NL-HlmNHA_2142_55_306 

Elle a été baptisée à Haarlem le 19 décembre 1651, elle est la fille de Cornelis Hendrick Van der Schalke et de Elisabeth van Wijckenburg. La marraine est peut-être Susanna de Molijn, sans certitude néanmoins


NL-HlmNHA_2142_14_342

Je passe maintenant aux informations trouvées sur Geneanet.

Les parents de Dorothea se sont mariés le 13 septembre 1650 à Haarlem. Malheureusement, les registres en ligne de Haarlem sont des registres de publication de bans, et ils ne sont pas filiatifs.

NL-HlmNHA_2142_52_225 – 

Cornelis a été baptisé à Haarlem le 17 février 1627. Je trouve bien un acte qui semble correspondre, mais où le patronyme du père n’est pas indiqué.

NL-HlmNHA_2142_8_065

Le père serait Hendrick Cornelis, et la mère Mayke Mattheusdr. Ce n’est certes pas la mère que j’espérais lire dans l’acte.

Parrallèlement, le mariage d’Hendrick van der Schalke avec Susanna de Molijn est indiqué comme ayant eu lieu le 6 octobre 1637 à Haarlem, un mariage que je retrouve effectivement en ligne.

Noord-Holland-Archief – NL-HlmNHA_2142_50_410

Un mariage en 1637 et un fils né en 1627 ? Un acte de baptême où la mère n’est pas Susanna de Molijn …. Vous la voyez s’effacer doucement de l’ascendance de mes enfants, Susanna de Moljin, sœur du peintre ? ….

L’acte de mariage précise également que le nouveau marié est veuf, alors que la nouvelle mariée est célibataire.

En vérifiant une nouvelle fois les informations mises en ligne concernant Hendrick van der Schalke, je vois qu’il s’est marié trois fois :

  • le 11 novembre 1625 avec Maycke Mattheusdr
  • le 5 décembre 1634 avec Heijitje Bardoel
  • le 6 octobre 1637 avec Susanna de Molijn

Cette fois ci, il n’y a plus de doute. La mère de Cornelis Hendrick van der Schalke est bien Maycke Mattheusdr. Non, Susanna de Molijn née à Londres en 1597 n’est pas une ancêtre de mes enfants. Elle n’est que la marâtre, c’est à dire la belle-mère, de leur Sosa 2794, génération 12.

Allez, ce n’est pas si mal en fait ….

Sources et liens

Print Friendly, PDF & Email

2 commentaires sur “M comme Marâtre

  1. Effectivement ce n’est pas si mal. Toutes tes recherches t’ont permis également de comprendre la structure familiale de Hendrick van der Schalke. Et puis cela valait bien un voyage aux Pays-Bas 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.