S’y retrouver dans l’organisation militaire de la Grande Guerre

Avant que vous alliez plus loin dans votre lecture, sachez que je  ne vais apporter aucune réponse, aucune méthode pour résoudre cette question dans mon article.

Je travaille depuis quelque temps sur les poilus du canton de Vouillé pendant la Grande Guerre.

Parrallèlement à l’indexation sur le site Mémoire des Hommes, j’ai entrepris de reconstituer grossièrement le parcours de ces hommes pour avoir une vision plus claire de ce qu’ils ont vécu. Qui est parti où et avec qui ? Avaient ils pas loin d’eux quelques visages connus, amis ou familiaux dans l’enfer de leur nouvelle vie quotidienne ?

Je n’avais pas bien appréhendé l’ampleur du travail que cela représente, mais ce que je fais me passionne et les heures défilent sans que je m’en aperçoive. Mon époux n’est plus sûr que je fasse vraiment de la généalogie en ce moment, mais retrouver l’histoire de vie, même partielle, d’un individu, c’est de la généalogie, n’est ce pas ….

Après quelques errements, j’ai mis au point un grand tableau Excel, encore en cours d’amélioration, pour répertorier tous les éléments concernant chaque soldat. Mes sources sont

  • l’état civil pour les actes de naissance – reconstituer les fratries touchées par la guerre est un incontournable de ce travail
  • les livres d’or des Morts pour la France du canton de Vouillé, récupérés aux Archives Nationales à Pierrefitte
  • les fiches de Morts pour la France sur le site de Mémoire des Hommes
  • les recensements militaires et leurs précieuses fiches matricules

Malheureusement, au bout de quelques jours, je me heurte à un problème dont je ne sais comment le traiter, ni même si je peux le traiter.

Il y a en effet parfois une non concordance entre l’unité indiquée sur la fiche de Mort pour la France, et celle portée sur la fiche matricule du soldat correspondant ….

Pour l’instant, j’ai eu ce cas presque uniquement pour le 125ème régiment d’infanterie, et son petit frère, le 325ème régiment d’infanterie, supposé être composé de la réserve du 125ème. Presque uniquement, parce que j’ai aussi un poilu censé être au 125ème et mort au 135ème, même matricule au corps, dixit les deux fiches …. et je n’ai encore dépouillé les affectations que sur les 15 premiers poilus de Latillé ….. au secours …..

125ème, 325ème, me direz vous, quelle importance ? Mis à part que j’aimerais comprendre, les deux régiments n’ont pas un parcours identique pendant la durée de la guerre. On ne les retrouve pas au même endroit au même moment. Voici le résumé du parcours des deux régiments tel que présenté sur l’incontournable site Chtimiste

Parcours et historique des régiments d'infanterie 1914-1918 -  source Chtimiste - http://chtimiste.com/regiments/ligne100-149.htm#_120ème_Régiment_d'Infanterie_1

Parcours et historique des régiments d’infanterie 1914-1918 – source Chtimiste -

 

Parcours et historique du 325ème RI - Chtimiste

Parcours et historique du 325ème RI – Chtimiste

Le 325ème appartient pendant toute la durée de la guerre à la 59ème division d’Infanterie, alors que le 125ème appartient à la 17ème Division d’Infanterie jusqu’en décembre 1915, puis à la 152ème Division d’Infanterie à partir de 1916.

A ce point de mon article, il est temps que je vous expose quelques uns des cas que j’ai rencontrés.

  • Jean André AUBOURG 
    • Fiche matricule : Né à Latillé le 29 novembre 1883, il appartient à la classe 1903, matricule au recensement 1199.  Il part le 14 novembre  1904 pour son service militaire au 125ème RI et il est envoyé en disponibilité le 23 septembre 1905, comme ainé de 7 enfants. Depuis septembre 1911, il habite en région parisienne. Rappelé à l’activité par décret du 1er Aout 1914, il arrive au corps – le régiment n’est pas précisé à cet endroit – le 12 août 1914. Il est tué à l’ennemi le 27 octobre 1914 à St Julien, en Belgique. Son matricule au corps, indiqué sur la fiche, est le 015604.
    • Fiche Mémoire des Hommes : Corps 125ème Régiment d’Infanterie, N° Matricule au Corps 015604, classe 1903.

Ici les informations se complètent. Seule question, Jean André fait partie de la classe 1903, il arrive au corps le 12 août, pourquoi n’est il pas affecté dans le régiment de réserve, le 325ème ? Qu’est ce qui décide de l’affectation, si ce n’est pas la classe de recensement militaire ?

  • Auguste Léon BRUNET
    • Fiche matricule : Né à Latillé le 27 octobre 1885, il appartient à la classe 1905, matricule 1082. Ajourné en 1906, il part le 9 octobre 1907 pour le 77ème régiment d’infanterie. Il est envoyé en disponibilité le 25 septembre 1909. Il est rappelé à l’activité le 4 août 1914 au 125ème d’infanterie –  matricule au corps 019141 –  , qu’il quitte le 1er mars 1915 pour passer au 409ème régiment d’infanterie, nouvellement créé, matricule au corps 018067. Il est tué à l’ennemi le 23 juillet 1918.
    • Fiche Mémoire des Hommes : Corps 409ème régiment d’infanterie, matricule au corps 018067 classe 1905.

De la classe 1905, Auguste appartient à la réserve, et pourtant il semble qu’il soit affecté au 125ème, lui aussi, et non au 325ème. Son changement de régiment en mars 1915 pour le 409ème d’infanterie, que j’espérais me donner un indice, ne m’apprend rien concernant ma question de sa première affectation. L’historique du 409ème nous apprend qu’une grande partie des soldats des deux premiers bataillons, composé de soldats venants de la 9ème région militaire ( Touraine, Anjou, Poitou et Berry ) a déja vu le feu, et a dû quitter le front suite à une maladie ou une blessure. Rien dans la fiche matricule d’Auguste ne parle de blessure ….. De plus, rien ne me permet d’affirmer à ce stade qu’il était bien au 125ème RI jusqu’en février 1915.

  • Louis JOFFRION
    • Fiche matricule : Né à Latillé le 8 Juillet 1883, il porte le matricule 1127 dans la classe 1903. Bien qu’il soit indiqué qu’il mesure 1,52m, il est déclaré bon pour le service et il est incorporé le 16 Novembre 1904 au 125ème régiment d’infanterie, matricule 016103. Il passe ensuite comme soldat ordonnance à l’Ecole supérieure de Guerre, dont il obtient son congé le 12 Juillet 1907. Le 13 août 1914, il rejoint le 125ème régiment d’intanterie. Porté disparu le 25 septembre 1914 à Prosnes, son décès est fixé au 30 septembre 1914 par le Tribunal de Poitiers, en juin 1920.
    • Fiche Mémoire des Hommes : Matricule au corps 016103 – Corps : au départ, il y a le tampon du 125ème régiment d’infanterie – chouette – mais le nombre 125 est rayé et remplacé à la main par la mention “135e” …. La personne qui a fait cette correction n’est visiblement pas celle qui a rempli le bulletin de décès, la marque laissée par le stylo est clairement différente. Alors que dois je faire ? Dois je croire cette correction, sans savoir d’où elle vient ? Que dois je indexer dans Mémoire des Hommes ?
Louis Joffrion - Fiche Mémoire des Hommes

Louis Joffrion – Fiche Mémoire des Hommes

Le livre d’or de Latillé indique également le 135ème RI comme unité d’appartenance de Louis Joffrion, mais quels sont les documents utilisés par le maire pour le constituer ? S’il s’agit aussi des fiches de décès, le livre d’or ne m’apporte aucun complément d’information.

Consulter l’historique des deux régiments n’aide pas vraiment, ils sont tous les deux dans le même secteur de Baconne et Prosnes, ils y ont tous les deux des pertes mais sans que le nom des soldats tués soit repris dans le JMO ….. Il en est des officiers qui tenaient ces Journaux de marche comme de nos chers curés, certains indiquent toutes les victimes comme certains curés indiquent tous les témoins et leurs liens de parenté. D’autres ne parlent que de l’action, et des officiers tombés au combat. Pour l’instant, je reste sur ma faim, et j’indexe la fiche de mémoire des Hommes avec le 135ème RI …. Au moins, je suis cohérente avec le Livre d’or, à défaut d’indiquer une information certaine.

  • Gabriel METOIS
    • Fiche matricule : Né à Vasles le 11 avril 1884, Gabriel Métois est recensé  à Vouillé dans la classe 1904. Il habite alors avec ses parents à Latillé. Il porte le matricule 1248 de la classe 1904. Il est incorporé le 10 octobre 1905 au 125ème régiment d’artillerie, qu’il quitte le 18 septembre 1906 en raison de sa dispense comme aîné de 7 enfants. Il est rappelé le 4 août 1914 dans le 125ème régiment d’infanterie, avec le matricule au corps 016895. Il décède le 11 septembre 1914 à Nancy des suites de blessures de guerre.
    • Fiche Mémoire des Hommes : Matricule 016895 au 325ème régiment d’infanterie.

Alors, 125ème ou 325ème ? Le JMO du 325è détaille les listes des morts et blessés, je n’y ai pas trouvé le nom de Métois, ou plutôt j’en ai trouvé plusieurs, les prénoms ne sont pas indiqués sur les listes, et Métois est un nom plutôt courant en Poitou. Sans indication de la date des blessures, difficile d’en savoir plus. Si je considère que l’information corrigée là aussi sur la fiche de décès, 325ème RI, est la bonne, pourquoi le matricule au corps est il celui indiqué comme au 125ème RI ? En fait, toute la question est de comprendre comment le régiment s’est scindé en régiment premier – 125ème – et régiment de réserve – 325ème – début août 1914 à Poitiers.

  •  Jean François MOUMEAU
    • Fiche matricule : Né à Lavausseau le 21 novembre 1880, Jean François Moumeau appartient à la classe 1900, il a le matricule 1052. Ajourné en 1901 pour faiblesse, il part le 16 novembre 1902 pour le 114ème régiment d’infanterie. Il est réformé en juin 1904 pour affection cardiaque et renvoyé dans ses foyers. Reconnu à nouveau apte dès 1905, il accomplit les deux périodes d’exercice requises en 1908 et 1911. Le 11 août 1914, il est incorporé au 125ème RI sous le matricule au corps 011499. Il est porté disparu à Prosnes le 20 septembre 1914.
    • Fiche Mémoire des Hommes : Matricule 011499 au 125ème RI, ni rature, ni modification.

Cette fois ci, aucune incohérence entre les sources, à ceci près que Jean François Moumeau est actuellement sur Latillé le poilu le plus âgé mort pour la France à avoir été incorporé au 125ème RI. Il a 4 ans de plus que Gabriel Métois, qui lui est au 325ème. Alors l’affectation se fait elle à partir du numéro matricule pour tous les hommes qui appartiennent à l’armée de réserve ?

J’aimerais trouver une explication claire et officielle, mais pour l’instant je tourne un peu en rond.

Sans explication claire, je vais continuer à travailler sur mon fichier et sur l’indexation Mémoire des Hommes du canton de Voillé, peut être vais je finir par trouver une logique dans la répartition entre le 125ème et le 325ème de ligne. Peut être aussi l’un des lecteurs de ce blog, bien plus qualifié que moi, saura m’orienter vers le document ou la source qui me permettra de répondre à toutes mes questions.

Sources et liens

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Comments

  1. says

    Bonjour,

    Votre problème vient du fait que les 125e et 325e RI étaient gérés par un même dépôt, celui du 125e. Il est donc très fréquent que le passage du 125e au 325e ne soit pas indiqué dans la fiche matricule. Et cela se retrouve aussi dans des erreurs dans les fiches MDH. Seule une vérification avec l’historique, ou mieux, le JMO du régiment permet d’avoir un peu plus de certitudes : quel était le régiment sur les lieux où l’homme a été tué , celui d’active ou celui de réserve ? Mais cela ne suffit pas toujours, vous l’avez déjà constaté.
    Il arrive qu’il soit fait mention des “CS” ou “CD” ou de “à l’intérieur” ou “aux armées” avec des dates dans les fiches matricules. Ces informations sont extrêmement importantes pour bien comprendre le parcours des mobilisés. Hélas, ces données sont souvent omises pour les soldats morts pour la France, ces informations n’étant à la base qu’utilisées pour les pensions.

    Pour y voir un peu plus clair concernant l’affectation des hommes à la mobilisation, je vous invite à lire cet article.
    http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/JMO/JMO_026.html

    Là encore, si l’affectation au régiment d’active ou au régiment de réserve était fonction de la classe de l’homme, il y avait de nombreuses exceptions et des variations d’un régiment à l’autre. Ce qui compte aussi, c’est la date d’envoi au front. Rapidement, les dépôts envoyèrent des troupes d’un âge bien plus élevé que prévu pour renforcer les régiment de réserve mais aussi d’active.
    http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E406Loi5aout14.html

    Bonnes recherches.

  2. says

    Bonjour Brigitte,

    belle recherche, effectivement assez complexe. Je prépare une modeste exposition avec les élèves concernant le parcours de 20 soldats pour les commérations du centenaire.
    A cette occasion, j’ai découvert grâce à la mairie de la commune du lycée, il existe une autre source :
    les militaires envoyaient un courrier, ou un télégramme aux mairies avec le texte suivant :
    “J’ai l’honneur de voir prier de vouloir bien avec tous les ménagements nécessaires en la circonstance prévenir la famille du décès du soldat …..je vous serai très obligé de présenter à la famille les condoléances de Monsieur le Ministre de la Guerre…” l’autre intérêt de ce document, est l’identité du régiment l’émetteur de ce courrier, et parfois l’adresse de la famille, ainsi pour Joffrion Louis, vous connaitrez le dernier régiment d’appartenance.
    pour les régiments, lors de la mobilisation d’aout 1914, les soldats réservistes complétaient souvent les régiments d’actives jusqu’à… ce que le régiment d’active le 125e RI soit complet, les autres réservistes intégraient ensuite la réserve du régiment d’active le 325e R.I. (pareil bien sur pour les autres régiments)
    puis la guerre avançant et les pertes augmentant, dans l’urgence de la situation: Ne pas céder sur le front, les soldats étaient reversés dans différents régiments… ce dont la fiche matricule devrait en théorie nous aider.
    cordialement
    Frédéric

    • Brigitte says

      Merci Frédéric
      En fait tout n’est pas indiqué toujours clairement sur la fiche matricule, ca dépend un peu de qui tient le crayon, comme partout … Pour les documents en mairie, j’essaie déjà de mettre la main sur les décisions municipales concernant la construction du monument aux morts, mais sans etre sur place, c’est complexe.
      Mais je ne renonce pas

  3. CROHAS says

    Bonjour.
    J’avais d’abord pour ambition de retrouver les soldats de tout un canton (Olliergues – 63) aussi bien ceux qui sont Morts pour la France que ceux qui sont revenus, mais je me limite à une seule commune de ce canton tant la tache est plus complexe que je ne le pensais. Je part des recensements de 1911, 1921, 1926. J’ai également fait le choix de travailler d’abord avec les archives : état-civil, Registres Matricules, fiches Mémoire des Hommes, fiche de Sépultures de Guerre, je joins progressivement des documents familiaux en fonction des possibilités.
    Avez vous utilisé :
    http://www.memorial-genweb.org/~memorial2/
    – les historiques de régiment que l’on trouve sur différents sites.
    Cordialement.

    Jean-François CROHAS.

    • Brigitte says

      bonjour et merci du commentaire
      J’utilise bien sur Memorial Genweb, d’ailleurs j’essaie de voir comment le travail que je fais peut leur servir. Tant qu’à faire :)
      Je ne suis pas encore sure de l’étendue de ce que je vais faire, c’est tellement énorme que je me fais peur. Mais au moins je vais indexer sur Mémoire des Hommes toutes les fiches de Mort pour la France du canton, c’est une chose sure. En plus c’est un petit canton, ca simplifie un peu les choses.
      Après, si je dois me limiter, j’essaierai quand meme de faire un travail approfondi sur mon triangle d’or à moi, Chalandray, Latillé, Ayron ….
      En tout cas, la plongée dans cette période est passionnante, sur tous les plans et aussi longtemps que j’apprends je suis contente

  4. says

    Bonjour
    un avis extérieur…
    Le problème est le même que sur la plupart des actes, n’y aurait-il pas une erreur sur un élément qui ne cadre pas avec le reste.
    Une partie du travail est de préciser l’incertitude et d’expliquer pourquoi l’on fait un choix.
    Je laisserais Gabriel Metois au 125e régiment d’infanterie, parce que sur sa fiche mémoire des hommes il me semble que le 3 de 325 est corrigé par un 1 pluis gras et que sur la droite de la fiche apparaît un tampon 125.
    De plus décédé à l’hôpital la confusion est encore plus facile.

    Pour Louis Joffrion effectivement tout porte à croire qu’il est du 125 mais pourquoi cette correction en 135? As tu regardé là les JMO du 135 à cette période ?

    Concernant les réservistes, je te donne un avis, non vérifié.
    Une fois leur service terminé les hommes étaient versés
    d’abord dans l’armée de réserve, ils étaient rappelables en cas de conflit
    ensuite dans des régiments territoriaux et rappelables mais en restant à l’intérieur en cas de conflit
    enfin rayé des cadres

    Je ne pense pas qu’il y ait de lieu entre réserviste et affectation dans un régiment de réserve.

    Ce sont d’abord ceux qui étaient en service ou qui l’avaient fini depuis peu qui étaient appelés puis chacun était affecté selon les compétences relevés dans son dossier.

    Au debut de la guerre il semble que les soldats étaient enrégimentés par région, après un peu moins.

    Bon courage pour la suite, BRAVO

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