N comme Noëlle

Temps de lecture: 6 minutes

Aucun thème précis pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, juste une promenade à la rencontre de personnes ou d’anecdotes rencontrées au cours de mes recherches


Toutes les racines paternelles de mes enfants ne sont pas étrangères à la France. Explorons aujourd’hui les terres du Morvan, pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XIV. Allons à la rencontre de Noëlle Levitte, sosa 2757, génération 12, de mes enfants.

Le Morvan, c’est une région de moyenne montagne, au coeur de la Bourgogne historique, à la limite de plusieurs départements : l’Yonne, la Côte d’or, la Nièvre, la Saône-et-Loire.

Aujourd’hui c’est plus précisément à Cussy-en-Morvan, dans l’arrondissement d’Autun, l’antique Bibracte des Gaulois, que nous allons à la rencontre des familles Levitte et André dont on retrouve la trace dans les registres les plus anciens.

Gallica – Titre :  Autun, l’antique Bibracte que Cisar, après ses conquêtes qualifia du nom de Soeur et Emule de Rome. Carte de l’arrondissement. Plan de la ville, ses antiquités et ses monuments. Cet ouvrage a été esquis sé sur place et terminé à Paris en 1834 / par Claude Moni né à Autun le 8 Février 1754 (80 ans)
Auteur : Moni, Claude (1754-18.. ; dessinateur). Cartographe

Le 5 avril 1644, à Cussy-en-Morvan donc, Jean Levitte, notaire royal, épouse dame Jeanne André, 26 ans, fille de Simon André, marchand, et de son épouse Léonarde Thibault, de la paroisse de Sommant, contigüe à celle de Cussy.

AD71 – Table des notaires

Nous sommes dans un milieu de petits notables : notaires, marchands, sergents royaux, la frange supérieure de la population dans ces provinces reculées.

Mais en Morvan la vie est rude. Les hauteurs sont couvertes de forêts, les villages s’installent en bas des pentes, les cours d’eau sont nombreux. En hiver la neige peut facilement rendre les déplacements compliqués, voire impossibles. Et partout rôdent les loups ….

Je connais pour l’instant trois enfants seulement à maitre Jean Levitte et son épouse.

  • Jean, né le 16 mai 1645, marchand, qui épouse Françoise Duvernois, et décède le 23 mai 1713
  • Edmé, né le 24 juillet 1666 à Cussy-en-Morvan, qui devient greffier consulaire dans la baronnie de Lucenay, et épouse à Autun le 17 juillet 1690 Jeanne Abor, en présence de son frère Jean, et de son beau frère Pierre Digoy
  • Noëlle – 1655-1729 – l’ancêtre de mes enfants

Il est probable qu’il y a eu d’autres grossesses peut-être non abouties, d’autres enfants que je n’ai pas encore trouvés.

Noëlle est baptisée le 15 août 1655 dans l’église de Cussy-en-Morvan. Son parrain est Noel André, notaire royal à Sommant, probablement son oncle maternel, et sa marraine est Georgette Levitte, cousine ou tante.

Eglise de Cussy-en-Morvan – Site cussy-en-morvan.fr

Il est probable que Noelle Levitte se soit mariée vers 1675 à Cussy-en-Morvan, sa paroisse, le village où son père est notaire. Malheureusement, les registres paroissiaux sont lacunaires sur quelques années à cette époque, et je n’ai pas encore eu l’occasion de chercher les actes notariés de cette branche de mon arbre. Noelle épouse Pierre Digoy, alors sergent royal du village. Pierre Digoy est le fils de l’honorable Pierre Digoy, marchand à Cussy, et de son épouse Marie Joguin. Pierre Digoy est probablement né vers 1644 à Cussy, comme ses frères et soeurs. Pourtant je ne trouve pas d’acte de baptême à son nom. Il y a bien en date du 1er août 1644 le baptême d’un petit Lazare Digoy. Le nom courant de ce petit Lazare est il Pierre?

Pendant plus de vingt ans, Noëlle va mettre au monde des enfants, peut-être neuf ou dix.

L’ainé semble être Dimanche Digoy, né probablement au cours d’une des années où les registres font défaut.

Arrêtons nous un instant sur les prénoms courants de cette région du Morvan à l’époque. Bien sûr on trouve à foison les Jean, Jeanne, Marie et Pierre fréquents dans le reste de la France. Mais un des prénoms qu’on trouve dans toutes les familles morvandelles de mon arbre, c’est le prénom mixte de Dominique, conjugué sous différentes formes : Dimanche, Mangeot, Mangeotte, à partir de l’origine latine Domenicus du prénom.

C’est ainsi que le fils aîné de Noëlle est probablement un petit Dimanche, ou Dominique. Il est parrain le 29 octobre 1685 de sa petite sœur Françoise, et signe l’acte. Mais est il vraiment le fils de Noëlle? Sa signature semble bien assurée pour un petit garçon d’une dizaine d’années. Pierre Digoy, son père, pourrait il avoir déjà été marié une première fois, avoir eu un ou plusieurs enfants – ceux dont je ne trouve pas l’acte de baptême – puis après son veuvage épousé la jeune Noëlle et avoir aussi avec elle une descendance ? Les années lacunaires des registres de Cussy-en-Morvan autorisent à envisager cette hypothèse.

Actuellement, je n’ai aucun moyen d’en savoir plus, donc je continue à rester sur l’hypothèse que Noëlle Levitte est bien la mère de tous les enfants de Pierre Digoy, en attendant de trouver des actes notariés qui pourraient m’en dire plus.

Le second enfant de Noëlle est probablement Reine Digoy, qui pourrait être née le 11 janvier 1678 selon des relevés du CGSL auxquels je n’ai pas encore pu avoir accès. Reine épouse Jean Maratrey, marchand, puis huissier de Cussy-en-Morvan. Ensemble, ils ont au moins 7 enfants. Noëlle, la grand mère, est la marraine de deux d’entre eux, Jean en 1695, puis un autre Jean en 1702. Reine décède le 7 septembre 1728, presque un an avant sa mère.

Vers 1679 nait Dominique Digoy, l’ancêtre de mes enfants, pour lequel je n’ai pas d’acte de baptême. Dominique et Dimanche, que j’ai évoqué juste avant, pourraient ils être la même personne ? Tous deux savent signer, mais les signatures sont légèrement différentes, quoiqu’à des dates très éloignées.

Alors qu’il semble pourtant l’aîné des fils de Pierre Digoy, Dominique ne reste pas vivre à Cussy. Dès 1700 on le retrouve à Saulieu, où il achète une charge de contrôleur au grenier à sel. En 1701, il se marie à Arnay-le-Duc avec Claude Boyer. Ensemble ils vont avoir sept enfants au moins. Il meurt le 19 avril 1743 à Saulieu.

Dimanche, Reine et Dominique sont les trois – probablement plutôt deux – enfants dont je n’ai pas retrouvé les actes de baptêmes. Après eux vont naître encore sept enfants, qui sont eux clairement identifiés comme les enfants de maitre Pierre Digoy et dame Noëlle Levitte.

Le 1er décembre 1680 est baptisé un petit Michel. Il se marie une première fois à Autun, le 21 octobre 1705, avec Marie Bazin, puis en septembre 1711 à Cussy avec Claude Chofflet. Certains actes laissent penser qu’il est procureur au présidial d’Autun, conseiller du roi, et notaire royal à Autun, mais je n’ai pas encore pu vérifier ces informations. Je ne connais encore ni sa descendance, ni les lieu et date de son décès. Il ne figure pas non plus dans la table des notaires d’Autun en ligne aux archives départementales de la Saône et Loire.

Vient ensuite Pierrette Digoy, baptisée le 23 octobre 1683 à Cussy. Son parrain est son grand père Pierre Digoy, sa marraine sa tante paternelle Pierrette Digoy. Elle est marraine de sa nièce Pierrette Maratrey, en 1698. Qu’advient il d’elle ensuite, je l’ignore encore.

A partir de 1684, maitre Pierre Digoy, l’époux et père de famille, devient notaire du lieu de Cussy-en-Morvan. Sur sa fiche aux archives départementales de Saône-et-Loire, on voit que les répertoires le concernant remonteraient en 1670 … Alors, depuis quand Pierre Digoy est il notaire royal ? Ce n’est effectivement qu’à partir de 1684 qu’il est qualifié de ce titre dans les actes concernant sa famille.

Le 29 octobre 1685, c’est au tour de Françoise Digoy d’être baptisée. Son parrain est le jeune Dimanche Digoy. Elle sera à son tour marraine de Jacquette Digoy, sa plus jeune soeur, en 1698.

Vient ensuite le 25 octobre 1688 le baptême de Jean Digoy, qui épouse en 1721 Jeanne Morot, en présence de ses frères Dominique Digoy, notaire à Saulieu et René Digoy, notaire à Cussy. Est aussi présente au mariage Claude Chofflet, épouse de Michel Digoy, troisième frère, et notaire à Autun.

Le 14 octobre 1691, c’est René Digoy qui est baptisé à son tour. Il a pour parrain son frère Michel, 11 ans, et pour marraine sa soeur Reine, qui va se marier le mois suivant. Il est étonnant de constater que Pierre Digoy et son épouse Noelle Levitte choisissent aussi souvent les parains et maraines de leurs derniers nés parmi les frères et soeurs plus âgés. Ce n’est pas un schéma que je rencontre fréquemment. Quand la famille est peu nombreuse, il est fréquent que les parents s’adressent à des amis ou des personnes du même rang qu’eux pour être parrain ou marraine de leur enfant. Ce n’est clairement pas le cas dans la famille de Pierre Digoy, sans que je puisse en deviner la raison. René se marie en 1718. Il va être notaire royal de Cussy, succédant à son père Pierre. Pourquoi les frères ainés, Dominique, Michel et Jean n’ont ils pas succédé à leur père, laissant la voie libre à leur frère le plus jeune ?

Le 18 juin 1695, Noelle Levitte, qui a désormais 40 ans, met au monde au nouvelle fille, au terme de ce qui est au moins sa neuvième grossesse. La petite Jeanne est baptisée le même jour.

Trois ans plus tard, le 15 juillet 1698, Noelle met au monde sa dernière fille, Jacquette.

Noelle a eu 9 – ou 10 enfants – en probablement 22 ans de mariage. Ses dernières grossesses, elle les a vécues en même temps que sa fille Reine. Si cette situation est inhabituelle pour nous, elle était moins rare à l’époque où les femmes ne maîtrisaient que très peu leur fertilité.

Pierre Digoy meurt à Cussy-en-Morvan le 21 septembre 1719. Il a environ 75 ans. Sa femme Noëlle a 64 ans à l’époque.

Vers la fin de sa vie, il semble qu’elle soit partie vivre chez un de ses enfants, à Autun, probablement chez Jeanne Digoy, mariée à Jean Gaudry. Elle meurt en août 1729, à Autun, et est inhumée le 11 août 1729 dans l’église Saint-Jean-de-la-Grotte, en présence de son gendre.

AD71 – BMS Autun St Jean de la Grotte 1726-1730

Fille de notaire royal, soeur de notaire royal, elle a épousé un homme qui lui aussi a obtenu une charge de notaire royal et l’a tenue pendant 33 ans. Elle a été la mère de trois notaires royaux, dans trois villes morvandelles différentes.

Et pourtant je n’ai à ce jour pas le moindre acte notarié concernant sa famille. Une lacune que je vais essayer de combler dans les prochains mois.

Sources et liens

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3 commentaires sur “N comme Noëlle

  1. ” …Pierre Digoy et son épouse Noelle Levitte choisissent aussi souvent les parrains et marraines de leurs derniers nés parmi les frères et soeurs plus âgés.”

    Au Québec, c’est une pratique courante dans les grandes familles. Par exemple, mon parrain Guy Lemieux (1er enfant de mes grands-parents maternels) est également le parrain de ma mère (dixième enfant de mes grands-parents maternels)!!!

    Être parrain à 11 ans comme Michel Digoy est assez unique!!!

    Bonne journée!

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