Jean Quintard, soldat de Napoleon

Lors de ma dernière visite au Service Historique de la Défense, j’avais réservé les registres de contrôle des troupes du 54ème régiment d’infanterie légère autour des années 1806. J’étais à la recherche de Louis Peroche, dont j’avais l’hiver dernier trouvé la transcription d’un extrait mortuaire rédigé à Spandau – près de Berlin – dans le registre des décès de Latillé – près de Poitiers dans la Vienne. Il y a des Peroche à Latillé dans ma famille maternelle, et j’espérais trouver la connection entre ce soldat napoléonien, mort le 14 septembre 1807 loin des champs familiaux, et mes ancêtres. J’avais interrogé maman, qui se souvenait avoir entendu sa grand mère parler d’un oncle soldat de Napoléon, et de son sabre qui était gardé dans la famille. Je me demandais comment le sabre d’un soldat mort à l’autre bout de l’Europe pouvait avoir rejoint le Poitou profond. La seule façon de le savoir, c’était de trouver par le registre de contrôle des troupes qui était ce Louis Peroche.

J’ai commencé par lire la page d’historique du régiment, au début du registre, qui m’indiquait qu’en 1806 et 1807  le recrutement du régiment venait entre autres des départements de la Vienne, du Jura, de la Saône et Loire, de l’Ariège et de la Sambre et Meuse, département bien exotique de nos jours. C’est ce genre de mention qui replace tout de suite dans le contexte historique.

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Grâce au répertoire de fin de registre – que les dieux bénissent les inventeurs de répertoires et les curés et fonctionnaires à travers les siècles qui ont rédigé lesdits répertoires alphabétiques – j’ai rapidement trouvé mon Louis, et j’ai jeté un coup d’oeil rapide à l’index, à la recherche d’un patronyme qui me parlerait … Qui ne tente rien ….

Il y avait là un Jean Quintard, matricule 3363 au corps, fils de René Quintard et Jeanne Pouzet, né à Benassay le 21/3/1786.

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Un petit coup d’oeil à Heredis dans la salle d’archives : j’ai dans ma base un Jean Quintard, né le 23 mars 1786 à Benassay, de René Quintard – mon Sosa 248 – et de son épouse Louise Pouzet. Le Jean de ma base s’est marié à Benassay le 24 octobre 1815 à 29 ans. Il est mort, de sa belle mort, dans son lit, le 9 août 1861, à Latillé. A partir des données trouvées dans les registres, rien ne permet de penser qu’il a fait les guerres napoléonniennes. Pourtant la ressemblance est importante. Les quelques petites différences entre mes données et le registre méritaient une vérification avant que je m’approprie ce Jean Quintard.

De retour à la maison, j’ai donc recherché sur les registres des Baptêmes, Mariages et Décès de Benassay pour l’année 1786 s’il y ‘avait d’autres naissances de Jean Quintard en mars 1786. Avec les ancêtres prolifiques et sans grande originalité dans les prénoms donnés aux enfants que j’ai de ce coté de mon arbre, tout était possible. Mais ce n’est pas le cas, il n’y a au début 1786 pas d’autre naissance de Jean Quintard hormis celle du fils de René et Louise, né et baptisé le 23 mars 1786. Il n’y a pas non plus à Benassay de couple René Quintard et Jeanne Pouzet à cette époque. Je suis convaincue qu’il y a eu sur le registre de contrôle des troupes une erreur de transcription. Il est possible que cette erreur vienne directement du registre tenu au canton au moment de la conscription. Je vérifierai ce point quand j’irai aux archives départementales de la Vienne.

Quoiqu’il en soit, c’est bien le  Jean Quintard portant le matricule 3363 dans le 54ème régiment d’infanterie de ligne cet oncle qui avait fait les guerres de Napoléon et avait rapporté son sabre et  dont mon arrière grand mère parlait à ses petits enfants. Encore une légende familiale qui se confirme.

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Bizarrement, cette découverte me touche. Je me souviens très bien de mon arrière grand mère, qui m’a appris à lire quand j’avais à peine plus de deux ans. Elle n’a pas connu ce grand oncle, mort huit ans avant sa naissance, mais les deux frères – son grand père et son grand oncle – semblent avoir été proches si on en croit les actes familiaux des années suivantes. François est témoin sur un grand nombre des actes concernant la famille de Jean, qui est témoin pour les actes concernant celle de François. Le soldat a t’il raconté ses voyages le soir à la veillée ? Pour que la petite nièce s’en souvienne et en parle à sa descendance, le personnage et son histoire ont forcément marqué la famille.

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Mon enquête sur Jean ne fait que commencer, elle n’était pas vraiment prévue, mais le personnage m’intéresse. Faire pendant 8 ans partie de l’armée de Napoléon, et revenir ensuite dans son village natal pour y reprendre la charrue, quel parcours. Il faut que j’en sache plus. Son livret indique qu’il a fait les campagnes de 1807,1808,1809, 1810 et 1811. Mais rien pour 1812, il a donc évité la campagne de Russie, ce qui explique peut être qu’il ait survécu. Et par qui a t’il été fait prisonnier en 1814? A t’il eu la médaille de Ste Hélène qu’il avait le droit de demander ? Et si oui, le sabre et la médaille sont ils encore quelque part, chez un de mes très lointains cousins ? que de questions ….

Mais ceci est une autre histoire, et  je vous dirai avec mon lointain cousin Jean Pierre Foucault,  lui aussi cousin de Jean Quintard, que pour aujourd’hui ceci mon dernier mot.

 

 

Sources et liens

  • Registres de contrôle des troupes du 54ème régiment d’infanterie de ligne – SHD – GR 21 Yc 450 – 451
  • Dossier matricule de Jean Quintard, n° 3363 6 SHD – gr 21 yC 451
  • Archives de la Vienne – Benassay BMS 1786-1791

 

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Comments

  1. Brigitte says

    Petit ajout avant que je me fasse huer par les historiens : Jean Quintard a été fait prisonnier le 15 mars 1814, soit à la bataille de Reims pendant la campagne de France, qui aboutit à l’abdication de Napoleon et à son départ pour l’île d’Elbe ….

  2. Brigitte says

    merci Benoit
    Vincennes, c’est passionnant, mais pas toujours simple de savoir où chercher ce qu’on veut. Mais les archivistes en salle d’inventaires sont vraiment agréables et serviables. Alors bonne visite

  3. says

    Bonjour,
    Merci de faire partager le cheminement vers le résultat.
    ça m’intéresse d’autant plus que je dois faire la même chose pour le frère d’un ancêtre qui serait aller en Crimée dans les années 1830/1850 de mémoire.
    Je suis à Paris et je dois en profiter pour aller à Vincennes.
    Merci beaucoup pour ces articles toujours aussi intéressants.
    Benoît

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