I comme Inhumations

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Pour cette nouvelle participation du blog au Challenge AZ initié par Sophie Boudarel, de la Gazette des ancêtres, je vous emmène sur les terres ancestrales de ma mère, dans le village de Latillé en Poitou.


Le registre des baptêmes, mariages et décès de la paroisse de Saint-Cybard, l’église de Latillé, commence de façon très classique. Des baptêmes, dont pour certains le curé de Latillé, Berault, a inscrit le décès les jours suivants dans la marge, des inhumations, des mariages, quelques abjurations, des actes qui sont assez souvent signés par quelques témoins. Une année plutôt normale dans une paroisse poitevine de l’époque.

Arrive l’automne, le mois de novembre, et soudain les événements tragiques se succèdent dans la famille Martin, les meuniers du moulin de la Chèze.

Le 9 novembre 1685, il y a 333 ans, ce mois ci, François Martin 53 ans environ, assiste à l’inhumation dans le cimetière de Latillé de son épouse Perrine Demon, 42 ans. Il est accompagné de deux de leurs fils, Jacques, 20 ans environ, et Michel, dont je ne sais pas grand chose.

Les trois filles du couple dont je suis sûre qu’elles sont vivantes en ce mois de novembre, Françoise, 15 ans, Marie, 13 ans et la petite Perrine, 3 ans, ne sont pas mentionnées dans l’acte. Perrine est morte en bonne chrétienne, munie des sacrements de l’église. Etait-elle malade ?

AD86 – Latillé BMS 1675-1685 – vue 132/134

enterrement de perrine demon aagée de 42 ans
Le neuf novembre 1685 le corps de Perrine
Demon femme de françois martin meusnier de la
chese a esté inhumé dans le cymettiere de ce lieu
ayant esté munie de tous les sacrement de l’église
donné les marques d’une bonne chretienne en presence de
françois martin son mari de jacque et michel
martin ses enfans. requiescat in pace
Signature Bertault pretre curé de la Tillé

Dès l’acte suivant sur le registre, il devient clair que Perrine est morte de maladie, puisqu’il s’agit de l’acte de sépulture de François Martin, le meunier du moulin de la Chèze, âgé d’environ 53 ans, que messire Berault rédige, le 16 novembre 1685, une semaine après celui de l’épouse.

AD86 – BMS Latillé 1675-1685 – vue 132/134

enterrement de francois martin
le seize novembre 1685 le corps de françois
martin meusnier de la chese aagé de cinquante
trois ans ou environ a esté inhumé dans le
cymettiere de ce lieu ayant reccu tous les
sacrements de l eglise et donné les marques
d’un bon chretien, en presence de jacques, michel
pierre, jean, philippe martin, ses enfants
et ses frères qui ont desclaré ne scavoir signer hors
les soussignés requiescat in pace
Signature Bertault pretre curé de latillé

Les fils de Perrine et François, Jacques et Michel, sont présents une fois de plus à l’inhumation de leur père, eux qui viennent d’enterrer leur mère une semaine plus tôt, et près d’eux Pierre, Jean et Philippe Martin, leurs oncles paternels. 

De quoi les parents sont-ils morts ? Probablement une de ces fièvres fréquentes de l’époque.

Mais le drame ne s’arrête pas là.

Le vingt et un novembre, la grande faucheuse frappe encore la famille Martin, en emportant Mathurin Martin, 60 ans, et Marie Martin, 58 ans, frère et soeur de François, qui sont accompagnés au cimetière par leurs trois frères Pierre, Jean et Philippe.

AD86 – BMS Latillé 1675-1685 – vue 133/134

enterremens de mathurin et de marie martin
Le vingt un novembre 1685 les corps de
mathurin et de marie martin frere et soeur
ledit mathurin meusnier aagé de soixante ans,
ladite marie de cinquante huit ans, femme _
vivante de pierre seguin maréschal, ont esté
inhumés dans le cymettiere de ce lieu apres
avoir reccu les sacrements de l eglise et donné
les marques de bons chretiens, en presence de pierre
jean, philippe martin et de pierre seguin
qui ont desclaré ne scavoir signer hors les
sousignes requiescat in pace
Signature Bertault pretre curé de latillé

Les trois actes de sépultures se suivent dans le registre, trois actes qui racontent le décès de quatre personnes d’une même famille, deux hommes et deux femmes entre 45 et 60 ans, avec des enfants encore en bas âge. Trois actes qui montrent les frères et le reste de la famille unie au moment de l’inhumation.

On dit souvent que pour la population du XVIIe siècle, la mort faisait partie de la vie. Malgré tout, je ne peux pas croire que cette succession rapide de décès n’a pas touché et meurtri la famille. Quatre décès en deux semaines, dans une seule famille, je trouve ça étrange. Maladie, intoxication? Mais alors, pourquoi les enfants ne sont-ils pas touchés? 

Le registre paroissial mentionne encore sur cette fin d’année 1685 les décès de Jean Sapin, laboureur à Gachet, 60 ans environ, Pierre Catelineau, journalier, 60 ans, Jacques Gendron, 45 ans, trois hommes qui ne sont pas liés à la famille Martin. 

Que diable s’est-il donc passé chez les Martin en ce funeste mois de novembre 1685 ? S’il s’agit d’une épidémie de fièvre, sudette ou autre, pourquoi les enfants n’ont ils pas été touchés? Pourquoi la fièvre ne s’est-elle pas répandue ailleurs dans Latillé? S’il s’agit d’une intoxication alimentaire, pourquoi une fois encore les enfants n’ont ils pas été touchés? Autant de questions qui resteront probablement sans réponse.

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2 commentaires sur “I comme Inhumations

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