En passant par Tourouzelle

Temps de lecture: 6 minutes

Certains de mes ancêtres proches continuent à échapper à mes recherches. C’est par exemple le cas de mon arrière grand-père, Jean-Joseph Billard, dont je perds la trace après le décès de sa seconde épouse Caroline Paulin.

Caroline décède à Béziers, le 27 décembre 1934. Son fils Georges décède le 12 février 1944 à Charlieu dans la Loire. D’après une des filles de Georges, il est plus tard inhumé à Béziers. Mais où et quand? Et qu’en est-il de Jean-Joseph ? Après le décès de Caroline, je n’arrive plus à trouver sa trace. Pourrait-il avoir été inhumé à Tourouzelle, dans le caveau de famille ?

Sophie Boudarel, de la Gazette des Ancêtres, devait faire un déplacement dans l’Aude, et a gentiment accepté de s’arrêter en chemin au cimetière de Tourouzelle, pour y trouver le caveau de famille et m’en rapporter des photos.

Quel mausolée impressionnant ….

Quand à la vue qu’on a depuis le caveau, directement sur l’église du village, elle me laisse songeuse. Clairement, Paul Moustelon, mon arrière arrière arrière grand-père, et son gendre Firmin Billard, mon arrière arrière grand père, tous deux propriétaires l’un après l’autre du moulin de Tourouzelle, avaient une haute opinion de leur position dans la hiérarchie sociale du lieu …

Malheureusement, aucune inscription, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du mausolée n’est suffisamment lisible pour savoir avec certitude qui est inhumé ici. La mairie de Tourouzelle, contactée par téléphone, n’a pas semble t’il de registre des inhumations et ne sait pas qui est enterré dans chacune des concessions du cimetière. La seule information obtenue à la mairie est que la concession, perpétuelle, a été prise le 20 août 1875 par Paul Moustelon.

Avant que je commence vraiment mes recherches généalogiques, je croyais, parce que c’était ce que papa disait, que la famille de son père, avant Béziers, venait de Tourouzelle.

Tourouzelle, c’était un lieu que je ne savais pas vraiment situer sur une carte, mais c’était pour moi le village d’origine de ma lignée patronymique.

Carte Geoportail des environs de Tourouzelle –

Quelques années de généalogie plus tard, je sais que Tourouzelle, ce petit village dans lequel un imposant mausolée regroupe probablement trois générations de mes ancêtres, n’a été qu’un lieu de passage dans l’histoire de la famille.

Aucun des adultes de mon ascendance n’y a vécu toute sa vie, de la naissance à la mort. Aucun. Et pourtant c’est là que jusqu’en 1948 les dépouilles de certains d’entre eux , morts à Lyon, ont été ramenées, rassemblées ici dans ce monument funéraire.

Reprenons les données généalogiques pour savoir qui est inhumé à Tourouzelle.


Paul Moustelon propriétaire du moulin de Tourouzelle, a 58 ans en août 1875, quand il achète cette concession dans le cimetière. Paul est né à Vieussan, dans l’Hérault, au moulin de Grais, et son épouse Marie Elisa Frances, âgée de 55 ans, est née à Oupia, à quelques kilomètres au nord de Tourouzelle.

Trois des quatre filles du couple sont nées et mortes en très bas âge bien avant cette acquisition, à Tourouzelle.

  • Marguerite Eliza, née le 25 février 1845, mais qui n’apparaît pas sur le recensement de 1846 – ni les suivants – , et dont je n’ai pas retrouvé l’acte de décès
  • Marie Eliza, née le 9 mars 1847, morte 7 mois plus tard, le 14 octobre 1847
  • Marie Marguerite Séraphie, née le 22 octobre 1850, morte à 13 mois le 6 décembre 1851.

Des années plus tard, une des filles de Firmin Billard et Marie Thérézine Moustelon, Hélène Marthe Françoise Virginie Billard, née le 7 février 1883 et morte le 15 janvier 1887, va également passer toute sa vie à Tourouzelle.

Dans toute la lignée Moustelon-Billard, seules ces quatre petites filles sont nées et mortes dans le village. Pour tous les autres, qu’ils partagent ou non ce caveau commun, Tourouzelle n’a été qu’un point de passage, un lieu de décès alors qu’on était né ailleurs, un lieu de naissance qu’on a ensuite quitté pour mourir loin de là. Le moulin de Tourouzelle, point d’ancrage de la famille, a appartenu aux Moustelon entre 1825 et 1893, mais un seul mariage a été célébré dans l’église du village, celui de Firmin Billard et Marie Thérézine Moustelon. Les Moustelon et les Billard n’ont fait que passer à Tourouzelle, et pourtant pour une partie d’entre eux, c’est là qu’ils ont choisi de reposer pour l’éternité.

En août 1875, quand Paul achète la concession, puis sans doute fait construire le mausolée, c’est probablement parce que sa belle mère, Marianne Frances, qui vivait avec toute la famille, quatre générations, dans le moulin de Tourouzelle, est décédée à l’entrée de l’hiver précédent, le 23 novembre 1874. Sans doute la famille souhaite t’elle désormais avoir une demeure éternelle à sa mesure.

Pourtant, en octobre 1875, quelques courts mois après l’acquisition de la concession, c’est Marie Elisa Frances, l’épouse de Paul Moustelon, née en 1819 à Oupia, mariée en 1842 à Oupia, qui décède, le 19 octobre, et est inhumée dans le caveau de famille. Les corps des petites filles y ont-ils été déjà transférés? Et celui de Marianne Frances ?

Le 15 janvier 1887, comme je l’ai écrit ci-dessus, la cinquième enfant de Firmin Billard et Marie Thérézine décède, et est probablement inhumée dans le caveau de famille.

En août 1893, Firmin Billard, presque ruiné par les conséquences du phyloxera – et probablement par quelques placement top ambitieux – quitte Tourouzelle pour Béziers, avec toute sa famille. Le moulin est vendu, sauf un appartement qui reste à la disposition de Paul Moustelon, qui finit ses jours quasiment seul dans ce moulin qu’il occupe depuis 1842. Il y meurt le 1er juillet 1894, et très certainement son corps est inhumé dans le caveau de famille. Paul Moustelon est le dernier de la lignée à mourir à Tourouzelle. Pourtant après lui d’autres membres de la famille vont être inhumés dans le caveau.

La famille de Firmin Billard – sauf Jean Joseph, mon arrière grand père – part s’installer à Lyon. C’est dans cette ville que décède Michel Firmin Billard, à l’âge de 80 ans, le 30 novembre 1917. Dans un premier temps, le 1er décembre 1917, il est inhumé au cimetière de Loyasse, après une messe à l’église Saint-Jean le matin. Puis le 19 janvier 1923, sa dépouille est inhumée et transférée au cimetière de Tourouzelle.

Marie Thérézine Moustelon, l’épouse de Firmin Billard, meurt à 85 ans le 24 février 1929, dans le domicile familial du 27 rue du boeuf, à Lyon. Inhumée le 26 février 1929 au cimetière de Loyasse, sa dépouille va ensuite être exhumée, à une date que je n’ai pas su lire, pour être transportée elle aussi à Tourouzelle.

Leur fils ainé Paul Billard meurt à Lyon, le 16 décembre 1941, dans son domicile du 157 rue Cuvier. Il a 73 ans. Il est inhumé le 16 décembre 1941 au cimetière de la Guillotière. Le 18 novembre 1948, sa dépouille est exhumée à destination de Tourouzelle.

Le transfert du corps de Paul en 1948 est pour l’instant le dernier événement que j’ai trouvé dans les archives concernant la concession Moustelon-Billard du cimetière de Tourouzelle.

Si je résume, je pense qu’y sont inhumées les personnes suivantes :

  • Marguerite Eliza Moustelon, 1 an au plus
  • Maria Eliza Moustelon, 7 mois
  • Marie Marguerite Séraphie Moustelon, 13 mois
  • Marianne Frances, 81 ans
  • Marie Elisa Frances, 56 ans
  • Hélène Marthe Françoise Virginie Billard, 4 ans
  • Paul Moustelon, 76 ans
  • Michel Firmin Billard, 80 ans
  • Marie Thérézine Moustelon, 85 ans
  • Paul Billard, 73 ans

5 de mes ancêtres directs – ceux dont les noms sont indiqués en gras – sont donc inhumés dans ce mausolée. Mais y sont ils seuls ? Où est Jean Joseph ?

La visite de Sophie au cimetière ne m’a pas permis de résoudre le mystère du décès de mon arrière grand père. Mais les découvertes qu’elle a faites ne s’arrêtent pas là.

En se promenant dans le village, Sophie a remarqué une étonnante sculpture à la gloire de la République. Et cette sculpture a un lien avec la vie de Firmin Billard.

La IIIe République, après le 2nd Empire, peine à s’installer de façon stable. Les monarchistes restent présents, et les républicains sont divisés. Les tensions sont vives entre conservateurs et radicaux, aussi bien à l’Assemblée nationale que dans les petits villages, à Tourouzelle comme ailleurs.

Firmin Billard, tout comme le grand père de sa femme, Pierre Moustelon, est un républicain anti-clérical pur et dur. Lors du scrutin municipal de 1884, c’est l’équipe des conservateurs qui est élu à la tête de la commune.

A la suite de la sécheresse des années précédentes, les fontaines du village avaient plusieurs fois étaient dépourvues d’eau. La municipalité conservatrice décide de faire conduire des fouilles pour trouver de l’eau, et un devis pour 6000 francs est accepté. Le financement est assuré par un prêt accordé par deux propriétaires du village. Lors de sa séance du 31 août 1886, le conseil municipal valide ce prêt, et décide du remboursement par les habitants de Tourouzelle.

Mais les travaux trainent. Les citoyens remboursent le prêt, mais aucune utilisation n’est faite des fonds mis de côté.

Lors des élections de 1889, l’équipe républicaine, parmi laquelle se trouve Firmin Billard, reprend les rênes de la commune et de son budget. Elle siège pour la première fois le 19 mai 1889. C’est Justin Couget qui est élu maire de la commune, pendant que Firmin Billard appartient à la commission des finances.

On commence par étudier attentivement les livres de compte de l’équipe précédente. On constate l’existence du fonds de réserve pour la construction du puits, inutilisée. Il s’avère que l’équipe en place estime que ce puits n’a pas d’utilité et elle demande à son autorité de tutelle de pouvoir utiliser 1500 francs de ce fonds pour ériger un “monument sur la place publique destiné à rappeler au peuple les bienfaits de la République”.

AD11 – Délibérations municipales Tourouzelle – vue 50/209

Ce monument, fondu dans la Marne par Louis Gasné, a semble t’il été érigé lors des fêtes des 5 et 12 mai 1889, soit quelques jours avant la décision de le financer par prélèvement sur des réserves monétaires prévues pour un autre projet.

En 1893, Firmin Billard disparait brusquement des comptes rendus du conseil municipal. En mars, il est encore là, en mai, il n’est plus mentionné. La famille a quitté Tourouzelle, et n’y reviendra plus, sauf pour peut-être honorer ses morts

Sources et liens

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3 commentaires sur “En passant par Tourouzelle

  1. Les mairies détiennent une fiche de concession qui mentionne les personnes inhumées dans cette chapelle..le cimetière dont je m’occupe (1862)..4000 tombes..me donne même des inhumations qui remontent au début du 19 siècle…la mère de Guillaume apollinaire y est enterrée…il y a obligatoirement des archives

    1. En théorie, il y a des archives, mais les petites mairies savent elles ce qu’elles ont ? Dans un autre coin de France que je connais bien, à Latillé, j’ai demandé à la secretaire de mairie le plan du cimetière et les concessions – je cherche mes arrières grands parents, morts juste après la 1ere guerre mondiale – et j’ai toujours eu la meme réponse : Avant 1932, on ne sait pas … Donc à part trouver quelqu’un qui peut aller aux archives sur place, je doute d’avoir une réponse en passant par la secrétaire de mairie. Pour info, à Béziers, je cherche le demi frère de mon grand père, et la mairie ne le trouve pas, il faudra aller consulter les listes au cimetière ….
      En tout cas, vous avez raison, il ne faut pas que je jette l’éponge
      Brigitte

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