C’était en 1918 – Daniel Karcher et Jeanne Dabzat

Temps de lecture: 5 minutes

Guillaume Chaix et l’équipe du Rendez Vous Ancestral ont proposé aux généalogistes blogueurs de consacrer le mois de février 2018 au souvenir de nos ancêtres il y a 100 ans maintenant, sous le mot clef #Racontemoinosancêtres. J’ai choisi de voir où se trouvait chacun des couples d’arrières grands parents de mes enfants lors de l’armistice de 1918, ce que leur famille vivait cette année là, et de revenir sur ce que la guerre a signifié pour chacun d’eux. Cette semaine, je vais vous parler des grands parents maternels de mon mari, Daniel Karcher et Jeanne Dabzat.


Après le Poitou et la Russie, c’est à Paris que je vous invite cette semaine à me rejoindre, en compagnie de Daniel Karcher et de Marguerite Jeanne Dabzat.

En novembre 1918, Daniel Karcher a 43 ans. Même s’il a des racines françaises, même s’il vit à Paris depuis 1895, il est de nationalité suisse et n’a donc pas pris part à la guerre.

En revanche son frère ainé Christian, né en 1872, avait récupéré la nationalité française en 1908. Il avait été intégré dans la classe 1908, et en août 1914, il a été incorporé au 237e régiment d’infanterie, et a disparu au combat le 8 juin 1915 à Souchez. C’est Daniel qui fait la demande de recherche de soldat disparu auprès du CICR.

Mais c’est l’épouse divorcée de Christian, Marie Bachrich, qui publie l’annonce de son décès dans les journaux parisiens … et qui touche l’héritage, une assurance-vie conséquente que son ex-mari avait laissé au nom de son ex-femme …. une histoire dont la grand-mère de mon mari, Marguerite, parlait encore à son petit-fils dans les années 1980 …

Christian était la seule famille proche que Daniel avait encore, du moins officiellement. En effet, depuis la fin de l’année 1910, il a rencontré Marguerite Jeanne Dabzat, jeune lingère, qui n’a pas non plus de famille sur Paris et n’est pas en relation suivie avec sa famille installée maintenant en Ariège. Ensemble, ils ont eu en juillet 1911 une petite fille, Denise, que Daniel n’a toujours pas reconnue en 1918. Pourtant, ils vivent ensemble, et quand Daniel au début de la guerre a dû se rendre à Londres pour ses affaires, il s’est fait du souci pour Marguerite restée à Paris, alors que les Allemands approchaient. La lettre que Daniel avait envoyée à Marguerite le 10 septembre 1914, et que j’avais partagée avec vous était claire sur les sentiments que le couple, non officiel, partage.

Mais au printemps de l’année 1918, ce sont les bombardements sur Paris qui occupent les esprits. Depuis le 23 mars, deux canons hors norme, auquel les Français donneront bientôt le surnom de “Grosse Bertha”, bombardent régulièrement la ville. Dès le 24 mars, contrairement aux consignes de se mettre aux abris lors des bombardements par avion, le gouvernement français décide que la vie continuera à Paris, rythmée par une sonnerie de début d’alerte, une sonnerie de fin d’alerte. Le 29 mars, à 16h30, un obus tombe sur l’église Saint-Gervais, près de l’Hotel de Ville, pendant la messe du Vendredi Saint. Le bilan est lourd, et forcément la ville vit dans l’angoisse.

Daniel Karcher et Marguerite Dabzat habitent au 79 rue d’Amsterdam, à quelques pas de la Place Clichy. Sur cette carte des impacts, j’ai matérialisé l’adresse de leur domicile. Sont-ils restés chez eux pendant les bombardements, ou ont-ils quitté ce quartier de Paris pour se réfugier chez leur ami l’architecte Charles Stoullig, qui sera témoin à leur mariage et habite dans le 16e arrondissement, rue de la Faisanderie ?

Pendant que Paris se préoccupe des bombardements, une menace plus conséquente se répand parmi les régiments. La grippe dite “espagnole” est arrivée en France. La première phase de la grippe, d’avril à fin juin 1918, très contagieuse, ne touche pour l’instant que les armées et n’est que rarement mortelle. Elle fait visiblement moins peur que le typhus ou le choléra, et les journaux n’en parlent pas beaucoup.

Pourtant en juillet les journaux commencent à évoquer la grippe, parce qu’elle sévit en Angleterre et en Allemagne. A l’étranger, mais pas en France … Le syndrome Tchernobyl avant l’heure ….

Ce n’est que fin août que l’épidémie, qui s’est aggravé dans le Sud de la France, commence à être mentionnée plus régulièrement dans les journaux français. A partir d’octobre, l’épidémie est partout dans les journaux, et partout dans les populations militaires et civiles, partout en France. Le nombre des victimes est important fin octobre. A Paris dans la semaine du 20 au 26 octobre 1918, sur 2556 décès constatés dans la capitale, 1778 sont directement imputables à la grippe.

Gallica – Le Matin – 30 octobre 1918

C’est à cette époque que Marguerite tombe malade, très malade. Elle passe très près de la mort, mais elle survit, affaiblie et fatiguée. Pour Daniel et Marguerite, cette grippe espagnole est clairement l’épisode le plus important de cette année 1918, celui où leur couple a failli être détruit, où la mort aurait pu les séparer.

Pour aider Marguerite à reprendre des forces, la famille quitte Paris et s’installe quelques mois à Saint-Cloud, où l’air est bien meilleur ….

Est-ce parce qu’il a failli perdre Marguerite que Daniel Karcher se décide enfin à l’épouser, deux ans plus tard ?

Le 4 novembre 1920, à dix heures trente, Daniel Karcher, 45 ans, épouse Jeanne Dabzat, 32 ans, fille de parents décédés selon l’acte de mariage. Ce n’est qu’après des années de recherche que j’apprendrai que Marie Sinsous, la mère de Jeanne, vivait encore en 1926 à Niaux, en Ariège. Pourquoi Marguerite Jeanne avait elle ainsi rompu les ponts avec sa famille ?

En avril 1926, une petite Lucie Christiane nait de l’union de Daniel et Jeanne, à la maternité Port-Royal. Moins de deux ans plus tard, le 13 février 1928, Jean Jacques Louis Daniel Karcher meurt à l’hôpital Necker, à l’âge de 52 ans. Marguerite Marie Jeanne Dabzat, son épouse, lui survit jusqu’en 1985, à l’âge de 96 ans, quand elle meurt le 7 février 1985 à l’hôpital de Versailles.

Sources et liens

 

 

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2 commentaires sur “C’était en 1918 – Daniel Karcher et Jeanne Dabzat

  1. Après avoir lu les billets de Marie (aka Briqueloup) et le tien, je me fais la réflexion que cette époque a vraiment cumulé les désastres. En plus d’une guerre terriblement meurtrière, un froid sibérien comme on n’en avait rarement connu, et pour finir la grippe espagnole ! Pauvres gens !

  2. Ton article nous fait plonger dans les malheurs de la guerre, comme cet exemple de la mort de femmes et d’enfants dans une église. C’est terrifiant. On se rend compte alors du quotidien de Daniel Karcher et de Marguerite Dabzat. Malheureusement, dans ces moments terribles, la grippe espagnole s’est invitée pour provoquer également une hécatombe. Je comprends que finalement, pour certaines familles, cette année 1918 fut surtout marquée par cette maladie !

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