Jacques Bazille – 1735-1809

Temps de lecture: 5 minutes

C’est en travaillant sur le contrat de mariage de Catherine Bazille et Pierre Alnet, contrat auquel j’avais consacré un article, que j’ai fait la connaissance de Jacques Bazille, son cousin germain, qui en 1779 était chanoine de Sainte-Croix. Et c’est en cherchant des informations sur Catherine, sur le site d’Alberic Verdon, que j’ai découvert que Jacques était un personnage particulièrement intéressant, qui mérite qu’on se souvienne de lui.

Arbre descendant partiel de Pierre Bazille et Marie Madeleine Reil – Graphisme Heredis

 

Jacques Bazille vient au monde à Parthenay le 14 octobre 1735, et la naissance doit être compliquée pour l’enfant et probablement pour la mère, puisqu’il est ondoyé sur place au domicile de ses parents, Jacques Bazille et Marie Caillon, par Jean Caillon, son grand père maternel. Le lendemain, le curé de l’église Saint-Jean confirme le baptême et l’inscrit dans le registre paroissial.

Le quinze octobre mil sept cent trente cinq j’ay suppléé les cérémonies du baptême à jacques fils légitime de Jacques Bazille et de Marie Caillon, et qui a été baptisé par Jean Caillon à la maison à cause du danger de mort. Son parrain a été le dit Jean Caillon et sa maraine Marie Roulon qui a déclaré ne sçavoir signer
Signé Jean Caillon
BMS Parthenay Saint Jean 1720-1737 – vue 141/163

Il est l’ainé d’une fratrie nombreuse, puisque Marie Renée, sa mère, met au monde au moins 9 enfants.
Son père, Jacques Bazille, comme ses ancêtres avant lui, est maçon, entrepreneur et habite paroisse Saint-Jean. Il occupe une place probablement importante dans la communauté. Il est pendant plusieurs années collecteur des taxes, puis il est fermier de l’octroi de Parthenay, c’est à dire qu’il a obtenu par adjudication le droit de collecter les impôts indirects payés par les marchands lors de l’entrée de produits dans la ville, pour le compte de la ville, en se gardant au passage un pourcentage sur l’argent qu’il fait entrer dans les caisses. C’est une source non négligeable de revenus, et la famille de Jacques Bazille n’est clairement pas nécessiteuse.

Quand Jacques le  père décède le 15 février 1756, Jacques le fils ainé a 21 ans. On pourrait s’attendre à ce qu’il reprenne les activités de son père, puisqu’il est le fils ainé : entrepreneur de maçonnerie, fermier de l’octroi … Pourtant c’est un autre destin que sa mère va lui proposer.

Marie Renée Caillon conserve pour elle après le décès de son mari la perception des droits d’entrée de Parthenay, puis elle achète pour son fils un office clérical. Elle fait entrer son fils ainé dans le clergé, mais en lui offrant une entrée par la grande porte, et pas par une petite cure de campagne.

Jacques Bazille va accumuler les postes cléricaux à Parthenay et autour de Parthenay jusqu’à la révolution, comme on peut le lire dans l’énoncé qu’en fait Albéric Verdon, à partir des sources qu’il a compilées.

[…] fils de Jacques et de Marie Caillon, cette dernière lui fait dresser un titre clérical le 25 janvier 1757. Vicaire de Saint-Jean en 1759. Obtient ses lettres de provision pour être chanoine de Sainte-Croix en novembre 1763, même place en 1787. Curé de Châtillon/Thouet et prévôt de Sainte-Croix, 1763. Titulaire de la chapelle de Saint-Mamert en l’église Notre-Dame de Mirebeau, 1778. Titulaire de la maison des Giroittes qui dépend d’un canonicat de Sainte-Croix, 1770. Prêtre, chanoine de Sainte-Croix, 1766-1787. Titulaire de la chapelle des Revaux, 1771-1787. L’un des administrateurs de l’hôpital, 1767. […] il prend possession de la cure de Saint-Jacques le 18 juillet 1787. […] garde des sceaux et archives hospitalières, aumônier. Prêtre de Saint-Laurent[…].
Histoire de la Gâtine Poitevine et de Parthenay

En résumé, entre 1757 et 1789, Jacques Bazille occupe à peu près toutes les fonctions cléricales possibles à Parthenay, il y est à peu près incontournable.

Parrallèlement, à partir de 1780, il gère le comté de Secondigny pour le compte de Julie-Catherine Darrot de la Boutrochère, épouse d’Antoine Ricouart d’Hérouville, qui vit à Paris.

Extrait du site d’Alberic Verdon – Châtellenie de Secondigny – Blasons et Armoiries connus des familles du canton

En 1788, il est membre fondateur de la loge maçonnique de la Constance Couronnée à Parthenay. Les idées du siècle des lumières ont apparemment une forte influence sur cet homme, qui a embrassé la carrière cléricale bien plus par opportunisme que par conviction religieuse.

Membre fondateur de la loge maçonnique de la Constance Couronnée en 1788, élu des quinze, […] verse 150 £ pour la contribution patriotique de 1790. Élu maire le 26 juin 1791, il refuse la place à cause de ses fonctions ecclésiastiques qu’il juge incompatibles avec celles de maire. Commissaire pour surveiller l’élection des prud’hommes en juin 1791, puis président de la section administrative du Palais en novembre 1791. Trésorier de la société populaire de Parthenay, assesseur et juge de paix, 1792. En janvier 1793, sa cure étant supprimée, il demande à être vicaire de Saint-Laurent. Nommé notable pour s’occuper des actes d’état civil le 14 décembre 1793, il est démis de ses fonctions le 5 janvier suivant pour respecter les directives d’une loi interdisant cette fonction aux prêtres. […] Juge de paix, 1794-1796. Ex-juge de paix, fin 1796. En 1794, à plusieurs reprises, il est dit installé à Poitiers, mais il est à Parthenay en juillet 1795 lorsqu’il demande à être remplacé. On le retrouve à Poitiers en août 1795, lorsqu’il réclame pour la 4e fois à être remplacé. […] Ex-prêtre. Prestation de serment comme juge de paix, 26 floréal an 2.
Histoire de la Gâtine Poitevine et de Parthenay

Dans le clergé, partisan de la Révolution, vous imaginez bien qu’il ne va pas rester prêtre longtemps.

Et il franchit l’étape suivante le 23 floréal an II, quand il épouse à l’âge de 58 ans Elisabeth Marie Renée Darrot, 58 ans comme lui, “autant recommandable par sa piété que par sa naissance, pour lui sauver la vie, l’un de ses frères étant gouverneur de la Martinique, l’autre capitaine de dragons, tous deux émigrés.”

Il quitte ses fonctions vers 1795, et quitte Parthenay pour s’installer avec sa femme à Poitiers.

C’est là qu’il meurt, au 637 de la rue des Capucins, paroisse Saint Hilaire à Poitiers, le 28 novembre 1809, à l’âge de 74 ans, sans héritier en ligne directe. Son épouse Elisabeth Darrot meurt aussi dans leur maison, le 21 mars 1813.

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Grâce au travail colossal d’Albéric Verdon, j’ai dans ma liste de recherches à faire un jour une longue liste de documents concernant tous les événements que je vous ai racontés. La vie de Jacques Bazille, le cousin germain de Catherine Bazille, est très documentée. D’après les actes que j’ai trouvés concernant la famille Bazille, il a été jusqu’à la Révolution très présent lors des événements familiaux concernant ses soeurs et ses cousins et cousines. Je ne sais pas si un de ses frères a survécu jusqu’à l’âge adulte et a eu une postérité. Je ne sais pas non plus si son souvenir est resté dans la famille au-delà de la période de la Révolution.

Jacques Bazille est en tout cas à l’heure actuelle le seul prêtre défroqué que je trouve dans ma parenté au moment de la révolution, et ce que j’ai trouvé sur sa vie méritait bien ces quelques lignes pour qu’on se souvienne brièvement de lui.

Sources et liens

 

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2 commentaires sur “Jacques Bazille – 1735-1809

  1. Encore une vie passionnante pour un de tes ancêtres. Ils ont de la chance de t’avoir comme descendante. Tu leur rend honneur avec tes recherches approfondies et la qualité de tes écrits.

    1. Merci Sophie
      En fait c’est un cousin de mon ancêtre, ca m’aurait trop amusée de descendre d’un prêtre défroqué, mais je cousine juste avec lui, ce qui est déjà pas mal 🙂

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